2018, une année très « genrée »

A Star is Born avec Bradley Cooper et Lady Gaga.

De juillet à décembre 2018, que nous réservera le calendrier des films qui sortiront en salle? En y allant par genres cinématographiques, voici un petit aperçu ludique de ce qui nous attend, une pléthore de longs métrages alléchants!

La comédie musicale : Il y a en aura quelques-unes dont Mary Poppins, mais celle qui se démarque, c’est assurément A Star Is Born avec Lady Gaga et Bradley Cooper. Il s’agit de la quatrième version de cette histoire qui lors de celle sortie en 1976 mettait en scène Barbra Streisand et Kris Kristofferson. Sortie prévue en octobre.

Le documentaire : Même si on attend avec impatience au début de l’automne un film sur la carrière de l’enfant terrible du cinéma québécois André Forcier, allons-y avec celui sur Whitney Houston qui semble très prometteur. Ce long métrage simplement intitulé Whitney retracera le parcours musical de la chanteuse, mais aussi sa lutte contre ses démons intérieurs et ses dépendances. Sortie prévue en juillet.

Le film d’horreur : Si Slender Man pique notre curiosité à cause du mythe, le remake de Suspiria de Dario Argento signé par Luca Guadagnino avec Tilda Swinton et Dakota Johnson est à mettre en tête de liste. Sortie prévue à l’automne.

Le remake : Les nouvelles versions de films à succès seront nombreuses au fil des prochains mois dont Suspiria et A Star Is Born citées plus haut. Celle de Papillon, un classique de l’évasion qui mettait en vedette Steve McQueen et Dustin Hoffman est prometteuse. Charlie Hunnam, bien connu des fans de la série Sons of Anarchy, y tiendra le rôle-titre. Sortie prévue en août.

Le film nostalgique : Allons-y ici avec un autre film québécois, soit la deuxième réalisation du collectif RKSS qui nous avait donné Turbo Kid. Avec Summer of 84, le trio de réalisateurs nous revient en nous faisant revivre les années 80 sur fond de tueries à la Vendredi 13. Sortie prévue en août.

1991 de Ricardo Trogi

La suite : Sans être chauvin, le troisième et dernier volet de la trilogie de Ricardo Trogi, 1991, est un choix facile dans cette catégorie. Sans rien enlever aux autres acteurs, on a vraiment hâte d’assister au pétage de coche habituel de Sandrine Bisson qui interprète merveilleusement bien la mère de Ricardo. Sortie prévue en juillet.

L’adaptation littéraire : Tout comme les remakes, les adaptations seront légion. Si on ne sait toujours pas quand sortiront en salle L’Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam et Il pleuvait des oiseaux de Louise Archambault, notre choix s’arrête sur The Darkest Minds, premier titre tiré de la série de livres dystopiques d’Alexandra Brocken qui pourrait séduire les amateurs de Hunger Games. Sortie prévue en août.

Rami Malek en Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody

– Le drame biographique : Définitivement Bohemian Rhapsodie qui retrace la vie du chanteur Freddie Mercury du groupe Queen. Une vie d’excès, un parcours tragique et magique à la fois. Sortie prévue en novembre.

La comédie : Réalisé par Gilles Lellouche, Le Grand Bain racontera les péripéties d’une équipe de nage synchronisée formée uniquement d’hommes, une dream team composée de Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Philippe Katerine, Jean-Hugues Anglade et Mathieu Amalric. Qui dit mieux? Sortie prévue à l’automne.

L’inévitable film de super-héros : On déroge un peu ici en nommant Venom, un film de super-vilain associé à l’univers de Spider-Man. Tom Hardy enfilera le costume de circonstance. Sortie prévue en octobre.

Le film d’anticipation : Dans la brume réalisé par Daniel Roby à Paris avec Romain Duris dans le rôle d’un père de famille prêt à tout pour sauver sa fille d’une brume maléfique qui envahit la Ville lumière est un candidat de choix. Sortie prévue à l’automne.

Le drame historique : Le réalisateur de La La Land, Damien Chazelle, nous offrira First Man sur l’alunissage d’Apollo 11. Ryan Gosling y jouera l’astronaute Neil Armstrong, premier homme à avoir fouler le sol lunaire. Sortie prévue en octobre.

Le polar : The Girl in the Spider’s Web, c’est le deuxième volet (mais passant directement au  tome 4) des adaptations américaines des romans du défunt Stieg Larsson devenant le candidat tout désigné du côté du film noir d’enquête de l’automne. Claire Foy (The Crown) prend la relève de Rooney Mara en tant que Lisbeth Salandar et Fede Alvarez (un spécialiste de l’horreur) succède à David Fincher derrière la caméra. Sortie prévue en octobre.

La Disparition des lucioles avec Karelle Tremblay et Pierre-Luc Brillant.

Le film québécois : Avec deux longs métrages au compteur, Sébastien Pilote a une feuille de route parfaite. Le Vendeur et Le Démantèlement sont deux des plus beaux films québécois des dernières années. La Disparition des lucioles, un coming of age avec Karelle Tremblay dans le premier rôle, suscite donc de grandes attentes. Sortie prévue à l’automne.

Le drame fantastique : The House with a Clock in Its Walls. Cate Blanchett et Jack Black aident un jeune orphelin à retrouver une horloge maléfique. Thriller familial aussi coloré qu’inquiétant. Sortie prévue en septembre.

Le film d’animation : Alexandre Astier et Louis Clichy refont équipe après Le Domaine des dieux pour Astérix : le secret de la potion magique. Dans ce film, Panoramix cherche un jeune druide à qui donner la recette de sa mythique potion. Sortie prévue en décembre.

Le drame politique : Shock and Awe relate l’enquête journalistique entourant l’invasion de l’Irak par les Américains en 2003 alors que le gouvernement de George W. Bush tablait sur le complot des armes de destruction massive. Rob Reiner réalise pendant qu’on retrouve Jessica Biel, Woody Harrelson et James Marsden devant la caméra. Sortie prévue en juillet.

– Le film le plus étrange : The Favourite de Yorgos Lanthimos est définitivement l’ovni à surveiller connaissant les antécédents narratologiques du cinéaste. Rachel Weisz et Emma Stone se partagent la vedette dans ce drame à saveur victorienne. Sortie prévue à l’automne.

The Death and Life of John F. Donovan de Xavier Dolan.

Le film dont on ne sait plus quoi penser : The Death and Life of John F. Donovan. Exit Jessica Chastain. Exit Cannes. Que reste-t-il de nos espoirs envers ce film en éternelle postproduction et qui donne des boutons à Xavier Dolan sinon la crainte d’une œuvre qui pourrait se retrouver dans la même catégorie que les plus récents et décevants films de Terrence Malick. Évidemment et malgré tout, on ne désire qu’être agréablement surpris. Sortie prévue, euh, mystère.

La catastrophe anticipée : Aquaman avec Jason Momoa. Sérieusement, on aurait dû dès le départ en faire une parodie. Sortie prévue en décembre.

Jason Momoa en bellâtre aquatique !

 

 

Mai 2018 en dix films

Le Redoutable, film réalisé par Michel Hazanavicius

Mai fait son apparition, le beau temps également. Au fil des prochaines semaines, plusieurs productions fort intéressantes atterriront sur les écrans dont de nombreux films présentés dans le cadre du Mois du documentaire au Clap. On espère aussi avoir la chance de voir Leaning into the Wind, film portant sur l’artiste de land art Andy Goldsworthy, How to Talk to Girls at Parties avec Nicole Kidman et Revenge, un troublant film de genre français (dont les sorties sont prévues à Montréal). Ce qui est sûr, c’est que les dix titres suivants sortiront en salle à Québec.

Le Redoutable : Avec un bel humour, le film porte sur la relation amoureuse du réalisateur Jean-Luc Godard (joué par l’épatant Louis Garrel) avec l’actrice et romancière en devenir, Anne Wiazemsky, lors des événements de Mai 68. Un coup de cœur pour les nostalgiques de la Nouvelle Vague française.

Qu’importe la gravité : Un documentaire québécois fascinant. Christian, malvoyant de 63 ans, et Bruce, bipolaire de 71 ans, sont liés par une étrange amitié. L’un veut voler, l’autre tente de le suivre dans son rêve, mais supporte difficilement ses angoisses personnelles au quotidien. Cette réalisation de Matthieu Brouillard, aux images fortes et poétiques, est tout simplement inoubliable!

La Ch’tite famille : Si on a aimé le premier, on aimera cette fausse suite un peu moins burlesque que Bienvenue chez les Ch’tis et davantage portée sur les valeurs familiales et le combat des classes sociales. Aux côtés de Dany Boon, Laurence Arné est la révélation du film.

Solo :  Star Wars Story (Solo : Une histoire de Star Wars) : Ah! que dire de plus sinon qu’après Avengers: Infinity War, voici le deuxième méga-blockbuster de l’été. Ça passe ou ça casse pour ce long métrage racontant la jeunesse d’Han Solo.

The Rider (Le Cowboy) : Production américaine indépendante, à mi-chemin entre le drame intimiste et le documentaire, The Rider relate l’histoire d’une étoile du rodéo qui se remet d’un tragique accident.

Show Dogs (Chiens sous enquête) : Le film pour toute la famille du mois de mai. Ici, les chiens sont l’égal de l’homme. La bande-annonce laisse présager plusieurs fort bons moments dans cette comédie d’enquête canine.

La Maison des Syriens : La communauté de Saint-Ubalde, située entre la Mauricie et Portneuf, décide d’accueillir une famille de Syriens désirant immigrer au Canada pour fuir la guerre qui sévit dans leur pays. Un documentaire qui devrait casser bien des préjugés.

Après la guerre (Dopo la Guerra) : Un ex-militant italien exilé en France voit son passé le rattraper et décide de prendre la fuite avec son adolescente. Une œuvre touchante, sobrement mise en scène autour de personnages aux prises avec de nombreux dilemmes moraux. À voir!

Deadpool 2 : Vulgarité et humour acide sont de nouveau au rendez-vous pour cette suite toujours centrée sur le plus irrévérencieux des superhéros de l’univers Marvel.

Numéro une : Emmanuelle Devos est une fois de plus formidable dans ce drame qui explique l’ascension douloureuse d’une femme d’affaires dans un milieu machiste où les couteaux volent bas. Suzanne Clément, Richard Berry, Sami Frey et Benjamin Biolay complètent l’éclatante distribution de ce long-métrage mis en scène par Tonie Marshall.

Manifestes sur la violence

Une vie violente, film réalisé par Thierry de Peretti

Deux drames sociaux poignants sur fond de revendications politiques et culturelles prennent l’affiche au Clap presque simultanément. Ces deux films de fiction portent sur les actions violentes commises voilà des années par de jeunes membres de groupes politisés et radicaux. L’un, Après la guerre, est une coproduction franco-italienne qui relate les déboires d’un ex-terroriste italien, terré depuis vint ans en France où il a élevé sa fille. Son passé le rattrape, il craint maintenant d’être extradé puis jugé. Il décide alors de prendre le large à nouveau, forçant son adolescente à le suivre. Signé Annarita Zambrano, Après la guerre est un film touchant et sobrement mis en scène autour de personnages qui ont tout à perdre face aux événements auxquels ils sont confrontés.

Le second s’intitule Une vie violente. Chose rarissime, le film est d’origine corse comme son réalisateur, Thierry de Peretti, qui était récemment de passage au Québec à des fins de promotion. Son long métrage décrit le parcours de Stéphane, un ex-militant corse nationaliste exilé à Paris. Il reviendra sur l’île pour les funérailles d’un ancien compagnon d’armes, se remémorant du même coup ses années au sein d’un groupuscule révolutionnaire pour lequel il menait des actions qui lui vaudront les représailles de la mafia locale.

En entrevue, Thierry de Peretti confirme lui aussi mener une lutte, celle pour que le cinéma corse existe. Un combat qu’il mène plus sagement que ses personnages en compagnie d’une bande d’amis au cœur d’une coopérative de cinéma située en Corse bien sûr. Son cinéma puise au thème du territoire, chose encore trop rare dans le cinéma français. Corse d’origine, c’est sa propre culture qu’il espère faire connaître avec ses œuvres. « Je fais des films pour répondre à des questions que je me pose, pour saisir une époque et un lieu, faire des films d’archives en fiction pour en finir avec toutes ses idées reçues et un certain folklore associé à la Corse », précisera-t-il.

Thierry de Peretti, réalisateur corse.

Fier de ses origines, le cinéaste, qui était déjà passé par le TNM voilà plus de 10 ans à titre de metteur en scène, confirme que le cinéma italien engagé des années 70 fait partie de ses références tout comme celui de Fassbinder. Il avait à cœur d’empoigner politiquement les choses comme le faisait le cinéma de Francesco Rosi à cette époque ou encore Pasolini, mais de façon plus poétique évidemment. En Corse, de Peretti bénéficie de l’aide d’artisans aussi passionnés que lui, mais aussi de la population locale qui lui facilite la vie lors des tournages. L’entraide est au centre de cette micro-industrie locale qui s’inspire beaucoup, dira-t-il, de celle de la danse en Flandre : petite, audacieuse et étonnamment créative.

Une vie violente et Après la guerre sont des longs métrages où la violence sert de décor à des histoires tragiques, des parcours de jeunes idéalistes qui ne peuvent que mal se terminer. Cela dit, ces films sont aussi des œuvres utiles, car ils portent en eux deux messages nécessaires : celui de l’inutilité de la lutte armée et celui de ne pas tomber dans le combat identitaire. À titre d’exemple, le réalisateur corse affirme craindre les mouvements nationalistes et identitaires de droite du nord de l’Italie et de la Catalogne. « Il faut résister culturellement, mais pour de bonnes raisons », de conclure celui qui prépare à la fois une série télé et un long métrage autour du trafic international de drogues avec un ancrage corse, bien entendu.

 

Les comédies d’Aurore

La comédie à succès De père en flic

L’émission Infoman à Radio-Canada a comme tradition annuelle de « récompenser » les pires films et performances du cinéma québécois. Jeudi prochain, le 26 avril, avec humour évidemment, un comité formé de cinq critiques (de Radio-Canada, de La Presse, de The Gazette et du Devoir) nous fera part de ses choix pour l’année 2017 dans le cadre d’un concept, les Prix Aurore, qui s’inspire grandement des Razzies américains.

Le Trip à 3

Encore cette année, on constate dans les choix des critiques d’Infoman que c’est le cinéma populaire québécois qui est ciblé dans ce qu’il y a de plus mauvais au grand écran. Les nominations dans la catégorie Meilleur pire film de l’année sont De père en flic 2, Goon 2, Innocent et Le Trip à trois. Quatre comédies, aucun drame. Bon Cop Bad Cop 2 a sûrement évité de justesse le palmarès, on lui a préféré le Slap Shot des Canadiens anglais. Il faut justement s’interroger sur l’absence de drames parmi les nommés, et ce, même si l’idée de départ est d’interpeller les téléspectateurs avec des œuvres qu’ils connaissent un minimum, sachant qu’un paquet de longs métrages québécois (dont certains pas toujours réussis) passent sous le radar chaque année faute de budget marketing adéquat.

Mais le constat demeure, il y a un fossé énorme entre la perception qu’a le grand public de nos films et celle que le milieu du cinéma (producteurs, artisans et critiques) peut avoir. Nos drames sont vus comme des œuvres d’auteurs ternes à souhait et les films populaires comme des événements rassembleurs. Le 29 mai prochain, au Gala Québec Cinéma, les sept films finalistes qui batailleront pour le prix du Meilleur long métrage de fiction de 2017 sont des drames. On peut mettre Les Rois mongols dans la catégorie comédie dramatique à la limite, reste qu’aucune comédie n’a réussi à se glisser dans le lot. Avec raison peut-être, De père en flic 2, à titre d’exemple, n’est pas à la hauteur du premier et les réalisations de Robin Aubert et Robert Morin, elles, sont de fort calibre.

Mais au bout du compte, lors d’une sortie cinéma, le public québécois va encore systématiquement voir nos films d’humour plutôt que nos drames plébiscités par les médias pour leurs grandes qualités. Nos comédies sont presque toujours championnes au box-office. Et la situation ne risque pas de changer sauf si un effort est fait pour donner du tonus aux scénarios humoristiques qui franchissent l’étape du financement pour aller en production. Il faut aussi éviter de toujours tabler sur les suites et le vedettariat comme têtes d’affiche et miser sur l’audace, sur une histoire « punchée » et un récit original. Avec les succès qu’obtiendront en 2018 La Chute de l’empire américainLa Bolduc et 1991, le portrait changera légèrement l’an prochain. Mais il reste beaucoup de travail à faire afin d’équilibrer les genres, autant aux Aurores qu’au Gala Québec Cinéma.

La Chute de l’empire américain de Denys Arcand.

Indian horse, un film essentiel

Stephen S. Campanelli, réalisateur.

N’étant pas doté d’un grand budget de promotion, Indian Horse risque de passer un peu sous le radar. Pourtant, sa sortie en salle, le 13 avril, se doit d’être soulignée, car l’histoire touchante qui y est illustrée pourrait plaire à un très large public. Le réalisateur du film, Stephen S. Campanelli, est très fier de sa seconde réalisation, lui qui a grandi dans le quartier NDG de Montréal et qui poursuit depuis des années une belle carrière à Hollywood comme opérateur de caméra spécialisé en steady cam.

Le cinéaste ne cache d’ailleurs pas son enthousiasme en parlant d’Indian Horse (Cheval indien en version française), appelé ainsi à cause du nom d’origine du personnage principal, rebaptisé Saul par les religieux qui l’élèveront contre son gré dans un pensionnant comme des milliers d’autres jeunes Amérindiens déracinés durant les années 50 et 60, au Canada. À la suggestion du producteur Roger Frappier, Campanelli est tombé sur le livre signé par Richard Wagamese relatant la vie de Saul. Il a été happé par le parcours de ce jeune Amérindien passionné de hockey et a aussitôt démontré fortement son intérêt pour en réaliser l’adaptation, et ce, même si cet univers social était très différent de son premier long métrage, Momentum, étant un film d’action.

La production du film ne fut cependant pas facile. Il fallait trouver les bons acteurs (autochtones) pour interpréter Saul à trois âges différents (lorsqu’il est enfant, adolescent et adulte). Le tournage, lui, impliquait des prises de vue dans de nombreux lieux extérieurs, en hiver dans le nord de l’Ontario, avec un froid qui atteignait souvent les moins 17 degrés selon le réalisateur. La mise en images des scènes de hockey représentait un autre défi. Il fallait rendre les séquences fluides et rythmées. Mais fort heureusement, l’ensemble est fort réussi, les acteurs jouant tous avec justesse et les parties de hockey étant rondement menées.

Client Eastwood et Stephen S. Campanelli

Stephen S. Campanelli ajoute que le propos de son film est des plus universels. Ce qui est arrivé aux enfants des Premières Nations durant cette époque au Canada s’est aussi produit ailleurs dans le monde, ce qui rend le film exportable. Le fait d’avoir Clint Eastwood comme producteur exécutif devrait aussi aider Indian Horse à être distribué à l’étranger, de préciser celui qui a été caméraman sur presque tous les films du légendaire réalisateur américain depuis vingt ans, son préféré demeurant jusqu’à ce jour Mystic River. Jusqu’ici, l’accueil fait à Indian Horse par les spectateurs d’origine autochtone est formidable, de conclure Campanelli qui affirme que ceux-ci ont été touchés par l’histoire et fiers de voir une vérité qui les concerne se retrouver au grand écran afin d’éviter qu’un tel drame ne se reproduise.

Dix titres pour avril 2018

Isle of Dogs de Wes Anderson

Avril est un mois où on lance de toutes sortes de films. Les Américains, notamment, en profitent pour sortir des longs métrages dont le potentiel est difficile à évaluer, et ce, avant l’arrivée des gros canons estivaux. Lors des quatre prochaines semaines, on devra surveiller le dynamique Rampage avec Dwayne Johnson, La Promesse de l’aube pour les fans de Romain Gary, la nouvelle réalisation de Kim Nguyen Eye on Juliet et les documentaires Grand cru qui nous donnera soif et Esprit de cantine qui, à l’inverse, nous mettra en appétit. Mais bref, voici les dix titres qui se démarquent en avril.

NDLR : Une vie violente, Tully, Après la guerre, Jusqu’à la garde et Final Portrait verraient leurs sorties reportées en mai à Québec.

  • Isle of Dogs (L’Île aux chiens) : Sorti fin mars à Montréal, le nouveau long métrage d’animation de Wes Anderson prendra enfin l’affiche ici à la mi-avril. La horde de fans du cinéaste passionné de symétrie visuelle bavent d’impatience. Ceux qui sont tombés sous le charme de Fantastic Mr. Fox encore plus.
  • Indian Horse (Cheval indien) : En cure de désintoxication, Saul se remémore sa passion pour le hockey et ses années d’horreur vécues dans un pensionnat destiné aux jeunes autochtones du nord de l’Ontario. Une chronique historique émotive et troublante.
  • L’Apparition: Vincent Lindon se transforme en journaliste d’enquête dans ce drame religieux qui tente de faire la lumière sur une adolescente à qui serait apparue la Vierge Marie. Réalisé par Xavier

    Galatea Bellugi dans L’apparition.

    Giannoli, le film contient plusieurs scènes marquantes et propose une réflexion brillante sur ce qui entoure ces phénomènes.

  • Avengers: Infinity War (Avengers : la guerre de l’infini) : Une orgie de super-héros au cœur d’une orgie d’effets spéciaux. Voilà, tout est dit sur le film qui cassera la baraque au box-office avant l’arrivée du nouveau Star Wars fin mai.
  • La Bolduc : François Bouvier accouche d’une fresque historique extrêmement bien mise en scène et articulée autour d’un personnage marquant de l’histoire du Québec au temps de la Grande Dépression. En résulte un drame touchant et un devoir de mémoire essentiel.
  • L’Atelier : Laurent Cantet (Entre les murs) met de nouveau en scène une bande d’adolescents qui, ici, suivent un cours de création littéraire à la Ciotat dans le sud de la France. Avec La Villa, un des films français les plus touchants de l’année.
  • A Quiet Place (Un coin tranquille) : Réalisé, scénarisé et joué par John Krasinski, ce film d’horreur se concentre sur une présence surnaturelle maléfique attirée par toute forme de bruit. Évitez de faire du bruit dans la salle.
  • Origami : Les commentaires des festivaliers sont élogieux envers cette nouvelle réalisation de Patrick Demers mettant en vedette François Arnaud dans le rôle d’un homme qui possède le pouvoir de se mouvoir sur sa propre ligne de temps. On est très curieux!
  • Vers la lumière : Ce film japonais relate la relation singulière entre une jeune femme dont le métier est de faire de l’audiodescription et un photographe devenant aveugle. La rumeur est plus que favorable pour cette réalisation de Naomi Kawase (Les Délices de Tokyo).
  • You Were Never Here (Tu n’as jamais été là) : Réalisé par Lynn Ramsay (Il faut qu’on parle de Kevin) et mettant en vedette Joaquin Phoenix, ce violent drame psychologique a été accueilli par de formidables critiques depuis sa présentation à Cannes en 2017. La bande-annonce est prenante au possible. La voici!

 

Des films d’ici à la pelletée

Chien de garde de Sophie Dupuis.

À un moment donné, au mois de mars, neuf longs métrages québécois étaient projetés simultanément au Clap. Du rarement sinon du jamais vu. Si on peut se réjouir d’une aussi florissante production locale, les résultats au guichet de ces longs métrages ne peuvent évidemment égaler ceux des films américains à grand déploiement comme Black Panther et Tomb Raider, surtout que le budget de promotion des longs métrages québécois est presque toujours famélique. Là où on peut se réjouir cependant, c’est de constater que plusieurs de ces œuvres  ciblaient, par leur contenu, leur récit, leur distribution, une clientèle difficile à joindre ces dernières années, soit les jeunes de quatorze à vingt ans. Charlotte a du fun, Ailleurs, Les Faux Tatouages et même Chien de garde leur étaient en grande partie destinés. Les plus vieux pouvaient, de leur côté, se rabattre sur Pour vivre ici de Bernard Émond et sur Hochelaga : terre des âmes de François Girard pendant que le très jeune public avait de son côté Nelly et Simon : mission yéti pour se sustenter.

Bref, l’offre était plus que variée et il faut s’en enorgueillir. Mais le nerf de la guerre demeure encore et toujours la capacité du distributeur et du diffuseur à faire connaître la sortie de tous ces longs métrages, à informer le grand public qu’un film ou deux dans le lot leur est minimalement directement destiné. Le bouche à oreille peut aider, mais les moyens financiers du côté du marketing sont fort limités. Au final, une question majeure demeure : pourquoi sortir autant de films québécois en même temps? Ce phénomène donne l’impression qu’un titre en cannibalise inévitablement un autre alors qu’en avril et en mai, selon les prévisions de sorties, seulement quatre ou cinq fictions d’ici devraient atterrir sur les écrans. Bref, on assiste à un calendrier de sorties débalancé dont on peine à comprendre la logique.

Notons enfin, pour l’anecdote, une autre statistique « chauvine » des plus intéressantes soit que trois films ayant été réalisés ici à Québec (le documentaire Bras de fer, Ailleurs, et Nelly et Simon : mission yéti) faisaient partie du contingent québécois de mars.

Le réalisateur Laurent Bouhnik

Je termine ce texte de blogue avec une histoire singulière concernant le cinéma français. La plus récente cérémonie des Césars a été diffusée deux jours avant les Oscars. Elle est donc passée un peu inaperçue au Québec. Pourtant, plusieurs films nommés ont pris récemment l’affiche avec succès sur nos écrans (Le Sens de la fête, Au revoir là-haut) ou s’apprêtent à sortir sur nos écrans dans les prochaines semaines. Aux Césars comme aux Oscars, les votants dans les différentes catégories sont issus du milieu du cinéma. L’un des votants français, Laurent Bouhnik, un réalisateur qui nous a donné Zonzon, mais qui peine aujourd’hui à réaliser ses projets filmiques, s’est amusé publiquement sur Facebook à parler de son travail comme membre votant. Il a reçu un coffret de DVD comprenant 150 films soumis aux différentes catégories. Chaque jour, le cinéaste s’est amusé avec un humour féroce, sur le réseau social, à commenter chacun des longs métrages. Son ton, virulent, moqueur, voire même condescendant, n’a évidemment pas fait l’unanimité. Juger publiquement le travail de ses pairs est un exercice périlleux et qu’on imagine difficilement au Québec. On peut saluer l’audace ou une certaine franchise de la part de Bouhnik mais il reste qu’il s’est assurément mis à dos une industrie entière avec ce genre d’exercice. Bref, son aventure césarienne est accessible à tous sur son compte Facebook.

Théodore Pellerin, trois fois plutôt qu’une

Théodore Pellerin dans Chien de garde de Sophie Dupuis

C’est possiblement du jamais vu! Un acteur québécois se retrouve au générique de trois films à l’affiche simultanément. C’est le cas de Théodore Pellerin, jeune comédien âgé d’un peu plus de 20 ans que nous avons entrevu dans Juste la fin du monde de Xavier Dolan et dans Les Démons de Philippe Lesage. En mars, Pellerin sera donc au générique de trois premiers longs métrages, celui de Jeanne Leblanc, Isla Blanca, celui de Sophie Dupuis, Chien de garde, et enfin celui de Samuel Matteau, Ailleurs, fiction tourné à Québec.

Joint au téléphone alors qu’il revenait tout juste de Los Angeles où il travaillait, voici ce que le comédien avait à dire sur la sortie de ces trois productions dont surtout Chien de garde qui vient de prendre l’affiche au Clap.

Éditions Le Clap : C’est pour le moins étonnant d’être à l’affiche de trois films québécois qui arrivent en salle en même temps?

Théodore Pellerin: Tout à fait. Évidemment, les films n’ont pas été tournés en même temps et je ne pouvais me douter de leurs dates de sortie. Ce qui fait qu’en ce moment, avec les tournées de promotion pour ces films, c’est un mois de retrouvailles pour moi. Ça me permet de revoir des gens avec qui j’ai aimé travailler.

ÉLC : Vous jouez tour à tour Émile dans Isla Blanca, un frère aigri mais très doux, Samu dans Ailleurs, un ados perdu, et Vincent, un grand slack hyperactif et imprévisible dans Chien de garde. Vous vous comptez chanceux qu’on vous propose des rôles aussi différents les uns des autres?

Isla Blanca de Jeanne Leblanc

TP : Absolument. Ce que j’aime comme acteur, c’est d’explorer des univers différents. C’est nourrissant pour moi. Jeanne Leblanc, m’a proposé le rôle d’Émile après m’avoir fait travailler sur l’un de ses courts métrages. Samuel Matteau m’a choisi en audition pour jouer Samu et dans Chien de garde, étonnamment, j’auditionnais au départ pour le rôle de JP, le frère aîné. Mais je tenais aussi à m’essayer pour le rôle de Vincent. Sophie la réalisatrice et moi, on a vite constaté que ça fonctionnait, on voyait vraiment le personnage de la même façon.

ÉLC : Vincent est omniprésent dans Chien de garde. Il a une énergie qu’il canalise difficilement. Il en devient presque terrifiant.

TP : On a travaillé beaucoup là-dessus avant de tourner. On a improvisé et parlé de sa présence, de sa place au cœur de sa famille. Il ne fallait pas qu’on le perçoive uniquement comme un personnage qui terrorise tout le monde. Il fallait l’amener ailleurs. Vincent, c’est un grand petit garçon. Il aime profondément sa famille, mais il a grandi dans un climat de violence à cause de son oncle. Il est complexe et vulnérable à la fois.

Théodore Pellerin et Maude Guérin dans Chien de garde

ÉLC : Êtes-vous sorti épuisé d’avoir joué un tel rôle d’électron libre survitaminé?

TP : Non, car c’était tellement un beau tournage, de beaux personnages dans l’ensemble et de bons acteurs qui m’entouraient. Même si le rôle était demandant, j’en suis sorti totalement énergisé. C’est ce que j’aime le plus de mon métier.

Théodore garde aussi de beaux souvenirs du tournage à Québec du film Ailleurs, un conte urbain initiatique. Entouré d’une bandes de jeunes acteurs, il s’est amusé à arpenter les rues de la capitale, et ce, même s’ils ont eu à tourner en extérieur lors de plusieurs nuits froides qui coïncidaient avec l’arrivée de l’hiver. Ce film, il le voit comme une lettre d’amour offerte à la ville de Québec.

Théodore Pellerin et Noah Parker dans Ailleurs.

On reverra bientôt Théodore Pellerin dans plusieurs productions dont Genèse de Philippe Lesage, puis dans Boys Erased, aux côtés de Xavier Dolan et Nicole Kidman, et enfin dans la seconde saison de The OA, la série télé de Netflix qu’il tourne actuellement. En attendant, on peut le voir dans Isla Blanca et dans l’excellent Chien de garde de Sophie Dupuis dont voici plus bas la bande-annonce. Et dès  le 16 mars, il sera à l’affiche d’Ailleurs de Samuel Matteau.

Un formidable mois de mars 2018

Rose-Marie Perreault et Anthony Therrien dans Les Faux Tatouages de Pascal Plante

Mars sera un mois qui fera saliver tous les publics. Le Festival de cinéma en famille de Québec battra son plein, l’adaptation de la fort drôle bande dessinée La Mort de Staline prendra l’affiche tout comme la nouvelle version de Tomb Raider (Lara Croft) et le film de science-fiction de Steven Spielberg Ready Player One. De beaux films internationaux seront aussi lancés comme Une famille syrienne et Le Brio avec Daniel Auteuil. Bref, nous aurons l’embarras du choix surtout du côté des longs métrages québécois. Les découvrir est selon moi une priorité en mars!

Les Faux Tatouages : Réalisé par un cinéaste originaire de Québec, Pascal Plante, ce film est des plus touchants. Les ingrédients au menu : une romance en forme de cul-de-sac le temps d’un été, une chanson de Daniel Bélanger et deux acteurs formidables (Anthony Therrien et Rose-Marie Perreault). Coup de cœur  assuré!

Faute d’amour : Du réalisateur russe qui nous avait donné Léviathan, Faute d’amour est un récit dur autour d’un couple séparé, amer, et qui en plus verra son enfant disparaître sans raison. Troublant.

Chien de garde : Sophie Dupuis accouche d’un film brut, boosté aux drames familiaux et dans lequel Théodore Pellerin campe une jeune tête brûlée inquiétante et hyperactive au cœur d’une fratrie dysfonctionnelle flirtant avec le milieu de la petite pègre de quartier.

Charlotte a du fun de Sophie Lorain

Charlotte a du fun : Sur un scénario de Catherine Léger, Sophie Lorain accouche d’une comédie dramatique hyper-charmante où plus d’une douzaine de jeunes actrices et acteurs se donnent la réplique avec entrain en parlant de sexualité sans aucun tabou. Un divertissement réaliste, drôle et touchant. Un film générationnel s’il en est un.

Ailleurs : On ne peut passer à côté du premier long métrage de Samuel Matteau, réalisateur de Québec, qui, avec son film, nous montre la ville, de nuit, comme jamais on ne l’avait filmée auparavant avec en son cœur une  histoire d’ados de banlieue en fugue qui découvriront la dureté de la loi de la rue.

Jennifer Lawrence dans Le Moineau rouge

Le Moineau rouge  (Red Sparrow) : Ce drame d’action donne l’occasion à Jennifer Lawrence d’incarner une ex-danseuse de ballet russe devenue espionne. En mission en Hongrie, elle devra faire face à un agent de la CIA. L’actrice semble comme un poisson dans l’eau dans cet univers de casse et de trahisons.

Bras de fer : Ce documentaire des frères Seaborn relate le combat citoyen de Véronique Lalande face au port de Québec et sa poussière rouge, lutte qui a pris naissance dans le quartier Limoilou. Un film utile qui démontre toute l’énergie déployée par une poignée de résidants d’un quartier dans une cause environnementale qui n’est toujours pas gagnée.

La Villa : Robert Guédiguian nous offre son plus beau film en carrière avec La Villa. Dans la calanque de Méjean, dans le sud de la France, deux frères et leur sœur se réunissent au chevet de leur père mourant. C’est le temps des confidences, des bilans de vie sur fond de lègue familial, d’immigration dans une France qui change peu à peu de portrait.

Téhéran tabou : Conçu graphiquement comme Valse avec Bachir, ce dessin animé nous plonge dans la vie de quelques habitants de Téhéran, nous montrant le quotidien de gens aux prises avec des règles morales strictes et une justice très coercitive. Un film essentiel au vu de ce qui se passe actuellement en Iran.

L’Île aux chiens (Isle of dogs) : Wes Anderson lance son deuxième film d’animation après l’excellent Fantastic Mr. Fox. Le récit se déroule au Japon où une bande de chiens aidera un jeune garçon à retrouver le sien. Visuellement, la bande annonce est un pur délice.

Buffet surréaliste à Cuba

 

Ian Lagarde lance ce mois-ci un premier long métrage de fiction. Son film intitulé All you Can Eat Bouddha détonne dans le panorama actuel du cinéma québécois. Le récit est centré sur Mike, un touriste bourru qui débarque dans un hôtel des Caraïbes. Sur place, il profite du buffet à volonté pour se goinfrer. Son séjour sera bizarrement prolongé et prendra une drôle de tournure.

Joint à Paris où il est présentement en résidence d’écriture pour le scénario de son prochain film, le réalisateur nous a donné des détails sur ce long métrage à saveur surréaliste qui aborde avec humour la situation des États totalitaires, le tourisme de masse et la surconsommation.

Éditions Le Clap : Ian, avant de passer à la réalisation, vous avez fait l’acteur?

Ian Lagarde : Oui, quand j’étais très jeune, j’ai joué dans Le Club des 100 watts, dans Au nom du père et du fils. Mais j’ai grandi beaucoup physiquement à l’adolescence et à partir de ce moment-

Ian Lagarde, réalisateur, crédit photo Y. Grandmont.

là, hormis quelques pubs, je me suis dirigé instinctivement vers la caméra et la réalisation.

ÉLC : Vous êtes aussi directeur photo (Blue Moon, Vic et Flo ont vu un ours) et vous avez réalisé plusieurs courts métrages. Pour ce premier long métrage, qu’aviez-vous envie de faire?

IL : J’ai grandi avec Alejandro Jodorowsky. Ses films comme La Montagne sacrée et ses BD comme la série L’Incal m’ont fortement marqué. Bunuel, Antonioni et Pasolini sont parmi mes influences les plus fortes. En faisant All you Can Eat Bouddha, c’était évident que tout ça allait transparaître. Mon film est très investi de l’énergie des années 60/70. On a eu un budget d’un million pour faire ce film qui n’était pas évident à vendre aux institutions de par son genre un peu étrange. Mais j’y croyais dès le début et heureusement, plusieurs personnes ont embarqué avec moi dans l’aventure.

ÉLC : Pourquoi s’intéresser à Cuba et aux formules tout inclus ?

IL : Je n’ai pas beaucoup voyagé dans ma jeunesse et ce phénomène, que je ne connaissais pas personnellement, me fascinait et m’horripilait en même temps. Le kitsch fabriqué pour les touristes, je n’en revenais pas. Cuba s’est imposé pour le tournage, car c’est une île qui regorge de complexes touristiques parce que c’est un lieu qui semble encore imprégné des années 50. Et les Cubains ont une culture artistique différente de celle du Mexique et de la République dominicaine. L’esthétique soviético-ludique me plaisait beaucoup. Pendant qu’on y tournait, il y avait non loin l’équipe de The Fast and Furious 8 qui filmait quelques scènes d’action. C’était un peu étrange. Cela dit, le professionnalisme des Cubains côté cinéma est surprenant.

ÉLC : Pourquoi être allé chercher Ludovic Berthillot en France pour interpréter Mike, un touriste qui prolonge un peu contre son gré son séjour à l’hôtel?

IL : Au départ, le film a failli être une coproduction et, du côté de la France, je suis tombé sur Ludovic avec son air de vieux gangster russe. Je l’ai rencontré et il me paraissait parfait pour le rôle. C’est par la suite que j’ai vu sa performance inoubliable dans Le Roi de l’évasion d’Alain Guiraudie. Bref, ça a été un coup de foudre entre nous. Ludo a accepté d’emblée de jouer le personnage principal.

ÉLC : Votre film, vous nous le vendez comment en une phrase?

IL : Je dirais qu’il faut le voir pour ce qu’il est, une œuvre vraiment différente de ce qu’on voit habituellement en salle. Et pour voir les tropiques autrement. Vous verrez un film québécois un peu surréaliste, chose qui est assez rare finalement.