Les films québécois à l’agenda

Genèse de Philippe Lesage.

Les médias relaient hebdomadairement les informations au grand public concernant la sortie en salle des longs métrages québécois par l’entremise de nombreuses critiques et entrevues. On nous parle aussi régulièrement des tournages et du financement des films appelés à prendre l’affiche dans les mois qui viennent. Dans ce maelström de productions, on finit quelquefois par s’y perdre. Pour débroussailler le tout, voici en résumé la liste des fictions québécoises qui prendront bientôt l’affiche ou dont le tournage est enclenché ou terminé. Il y en 50 au total, avec les titres les plus prometteurs mis en gras.

Touched (Karl R. Hearne), Pervers ordinaire (Roger Boire), Genèse (Philippe Lesage), Oscillations (Ky Nam Le Duc), Wolfe (Francis Bordereau), Les Salopes ou le sucre naturel de la peau (Renée Beaulieu), Emma Peeters (Nicole Palo)

L’Amour (Marc Bisaillon), À tous ceux qui ne me lisent pas (Yan Giroux), Ville Neuve (Félix Dufour-Laperrière), Une colonie (Geneviève Dulude-De Celles), La Course des tuques (François Brisson, Benoît Godbout), Dérive (David Uloth)

The Death and Live of John F. Donovan (Xavier Dolan), Everything Outside (David Findlay), Troisièmes Noces (David Lambert), Malek (Guy Édoin), Hummingbird Project (Kim Nguyen), La Grande Noirceur (Maxime Giroux)

La Grande Noirceur de Maxime Giroux.

Les Routes en février (Katherine Jerkovic), Tia et Piujuq (Lucy Tulugarjuk), Répertoires des villes disparues (Denis Côté), Cash Nexus (François Delisle), Avant qu’on explose (Rémi St-Michel), Jeune Juliette (Anne Émond)

Rustic Oracle (Sonia Bonspille Boileau), Fabuleuses (Mélanie Charbonneau), Réservoir (Kim St-Pierre), Mafia Inc. (Podz), 14 jours, 14 nuits (Jean-Philippe Duval), Gut Instinct (Daniel Roby), Happy Face (Alexandre Franchi)

Il pleuvait des oiseaux de Louise Archambault.

Antigone (Sophie Deraspe), Les Nôtres (Jeanne Leblanc), Mont Foster (Louis Godbout), Kuessipan (Myriam Verreault), Il pleuvait des oiseaux (Louise Archambault), La Beauté du monde (André Forcier)

Impetus (Jennifer Alleyn), Jouliks (Mariloup Wolfe), Le Rire (Martin Laroche), Blood Quantum (Jeff Barnaby), Matthias et Maxime (Xavier Dolan), Une manière de vivre (Micheline Lanctôt)

Pauvre Georges (Claire Devers), Tu te souviendras de moi (Éric Tessier), Mytho (Émile Gaudreault), Gold (Éric Morin), The 20th Century (Matthew Rankin), La Femme de mon frère (Monia Chokri)

En terminant, voici la bande annonce du film Avant qu’on explose, film qui sortira en salle en mars prochain.

Grosse distribution à faible distribution

À une certaine époque, la distribution de films était fort simple. Les longs métrages sortaient dans les salles de cinéma puis, un an ou deux plus tard, se retrouvaient à la télé. La télé payante est arrivée en force dans les années 80, les cassettes Betamax et VHS également, et là, le cheminement habituel de la distribution a connu des fluctuations importantes. Tellement, qu’après l’invention des téléfilms et Movie of the week diffusés en primeur au petit écran, on a vu arriver dans les années 90 les films distribués directement en VHS ou en DVD sans sortie préalable au grand écran. Bref, le modèle habituel se modifiait peu à peu.

L’ancien mode de distribution, à une époque pas si lointaine, faisait en sorte que les œuvres réalisées par les plus grands réalisateurs ou encore mettant en vedette les grands noms du cinéma mondial trouvaient toujours une place dans nos salles de cinéma. Dans les années 80 et 90, tous les films mettant en scène Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Robert De Niro ou Al Pacino prenaient  inévitablement l’affiche. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On peut prendre en exemple les sorties récentes, directement en Vidéo sur demande, de réalisations ayant au générique des acteurs considérés à une époque comme rentables ou « bankables » comme on dit en France. Voici quelques titres aux distributions éloquentes et qui ne sont jamais sortis en salle ici : Queen of the Desert de Werner Herzog avec Nicole Kidman et James Franco, Gotti avec John Travolta,  Acts of Violence avec Bruce Willis, Loving Pablo avec Penélope Cruz et Javier Bardem, True Crimes avec Jim Carrey, Mary Magdalene avec Rooney Mara et Joaquin Phoenix, The Upside avec Bryan Cranston et Nicole Kidman, etc.

Bryan Cranston et Nicole Kidman dans The Upside.

Si on tente une explication, on se dira qu’aujourd’hui les producteurs à l’échelle mondiale ciblent davantage les marchés où leurs films pourraient fonctionner sans être voués à l’échec. Donc, certains longs métrages ne sortiront que dans quatre ou cinq pays seulement. Les plateformes sont aussi plus nombreuses et puissantes dans leur façon de rejoindre leurs abonnés rapidement, le phénomène Netflix ayant eu un effet monstre sur la distribution en général. Il s’agit maintenant de planifier une stratégie qui convienne à un type de film pour un type de marché, le tout destiné à un type de public, et ce, pour une durée bien déterminée. Les choix sont nombreux, les erreurs courantes, et le nombre de films produits, lui, n’a jamais été aussi élevé, haussant du même coup la concurrence dans un marché plus compétitif et vorace que jamais.

Le cinéma, il faut le rappeler, dans son processus de création, est l’art le plus onéreux qui soit bien qu’il laisse encore espérer une grande rentabilité pour les mégaproductions. Ce dossier, qu’on peine à suivre tellement il évolue rapidement, n’en demeure pas moins étonnant, son évolution étant lié aux habitudes de consommation très fragmentées de l’ensemble des amateurs de 7e art.

 

La rentrée de septembre 2018 en dix films

La Disparition des lucioles de Sébastien Pilote

Ah! septembre, mois de la rentrée et qui ouvre le bal pour les sorties les plus importantes de l’année, celles qui donneront le ton aux différents galas célébrant le meilleur du cinéma. C’est aussi, ne l’oublions pas, le mois où se déroule le Festival de cinéma de la ville de Québec. En jetant un œil à l’agenda des quatre prochaines semaines, on peut se préparer à frissonner devant The Nun, on sera plus que perplexe devant la nouvelle mouture de The Predator, curieux de découvrir Burn out, le nouveau film de Michel Jetté, ému par le drame italien La Tendresse et tenté par le film d’animation Small Foot destiné aux plus jeunes. À travers ce calendrier bien garni, voici, selon moi, les dix titres qui prendront l’affiche en septembre qui se démarquent le plus.

 

1- La Disparition des lucioles : Après Le Vendeur et Le Démantèlement, Sébastien Pilote signe un troisième long métrage mettant cette fois-ci en vedette Karelle Tremblay et Pierre-Luc Brillant. Ce drame autour de l’émancipation d’une adolescente habitant en région a de quoi séduire.

2- Gueule d’ange : Marion Cotillard n’a pas le beau rôle dans ce drame où elle joue une mère qui abandonne sa jeune fille de huit ans pour mieux galérer avec son nouvel amant. Les rumeurs sur ce film, et ce, depuis Cannes, sont fort bonnes.

3- House With a Clock in its Walls  (Pendule d’Halloween) : La curiosité américaine du mois mettant en vedette Cate Blanchett, Jack Black et Kyle MacLachlan. Une histoire fantastique incluant un orphelin, un sorcier et une montre magique. Ces bons ingrédients feront-ils un bon film? On l’espère!

4- Place publique : Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui nous offrent leur nouvelle comédie caustique tournant autour de la célébrité par l’entremise d’un film qui se déroule durant une crémaillère toujours sur le point de dérailler. Les amateurs du tandem seront ravis.

5- Laissez bronzer les cadavres : Le duo formé d’Hélène Cattet et de Bruno Forzani  est de retour avec un autre film de genre où les coups de feu pleuvent, où les dialogues sont ténus et où s’affrontent des personnages aux mines patibulaires sur fond de soleil et de Méditerranée. Le film est l’adaptation du premier polar de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid.

6- L’amour à la plage: Les documentaires sur la vie des snowbirds québécois en Floride sont rares. Ce film s’attarde justement à eux et à leur espoir de trouver l’âme sœur là-bas, tout en sachant que les jours et les années de retraite passent trop rapidement.

7- Farenheit 11/09 : Ce nouveau documentaire de Michael Moore (à ne pas confondre avec Fahrenheit 09/11) s’attaque à l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis. Si le cinéaste a souvent été accusé d’utiliser à outrance la mise en scène dans ses films, ici, il faut avouer que le personnage en soi de Potus lui offre un terrain de jeu fort bien garni pour illustrer les dérives d’une Amérique plus polarisée que jamais.

8- Mandy : J’avais déjà mentionné sur ce blogue voilà quelques mois tout le bien que l’on disait sur ce drame vengeur mettant en vedette Nicolas Cage. Épique, violent et transcendant, ce sont des qualificatifs associés à Mandy, film signé par le singulier Panos Cosmatos. On se croise les doigts pour une sortie à Québec.

9- Assassination Nation (Nation destruction) : À Salem, quatre adolescentes deviennent la cible de résidants victimes d’un piratage des réseaux sociaux. Elles sont vues malgré elles comme des « sorcières numériques », témoins du chaos qui s’empare de leur petite localité.

10- Pauline Julien, intime et politique : Ce documentaire de l’ONF relate la vie de cette chanteuse québécoise qui n’a jamais été remplacée. On y trouve sa passion pour les mots, la poésie, la langue, son amour pour Godin, sa hargne pour défendre le fait français dans le Québec des années 60 et 70. Pascale Ferran a monté un film touchant, imprégné d’archives mémorables.

Sashinka et Kristina

Sashinka, un film de Kristina Wagenbauer.

Sans beaucoup de promotion, une petite production prend l’affiche le 24 août et s’avère, selon moi, l’une des plus belles surprises du cinéma québécois en 2018. Il s’agit de Sashinka, un premier long métrage signé par Kristina Wagenbauer.

L’histoire est simple et touchante. Au moment où Sasha, chanteuse et musicienne, se prépare pour un spectacle/vitrine, Elena, sa mère, d’origine russe, débarque chez elle à l’improviste. Cette dernière, avec sa personnalité excentrique, aura tôt fait de créer le chaos dans la vie de Sasha, une jeune musicienne sensible à la moue boudeuse, qui fait invariablement penser à Cœur de pirate. Voici le résumé d’un entretien réalisé récemment avec Kristina Wagenbauer, une jeune réalisatrice franchement talentueuse.

PB : Vous parlez très bien français Kristina, mais avec un accent prononcé. D’où venez-vous?

La réalisatrice, Kristina Wagenbauer, crédit photo Ève Dufaud, Facebook.

Kristina : Je suis d’origine russe, mais dès l’âge de huit ans, j’ai déménagé en Suisse, dans la partie italienne. C’est là que j’ai grandi. En 2010, je suis venue à Montréal pour participer à un cabaret Kino et je suis tombée amoureuse du Québec. Je me suis installée ici et je me suis inscrite à l’INIS. C’est là que j’ai rencontré ma coscénariste sur Sashinka, Marie-Geneviève Simard, avec laquelle j’ai fait précédemment plusieurs courts métrages.

PB : Comment le film a été amorcé?

Kristina : Sashinka s’inspire carrément de ma mère qui était venue me visiter. Elle arrivait de la Suisse et durant quelques semaines, elle a habité chez moi. Je l’ai observée longuement, car elle était aussi charmante qu’envahissante et extravagante. Elle me tapait sur les nerfs en fait. Ha! ha! J’ai fini par canaliser tout ça dans l’élaboration d’un scénario. Avec Marie-Geneviève, on a développé le tout autour de Sasha et Elena, une fille et sa mère en conflit perpétuel.

PB : La relation devient toxique par moments. Ça donne des scènes parfois intenses et quelquefois assez drôles heureusement. Il fallait trouver deux actrices qui se complètent à merveille pour jouer Sasha et sa mère. Comment ont-elles été choisies?

Kristina : Pour Sasha, Carla (Turcotte) est la première comédienne que j’ai vue en audition. Et elle était parfaite et musicienne en plus. Mais il fallait qu’elle soit complice avec celle qui allait jouer sa mère d’origine russe et ça, c’était très difficile à trouver à Montréal. Finalement, des amis français m’ont parlé de Natalia Dontcheva, une comédienne bulgare qui travaille à Paris. Je l’ai rencontrée et autant physiquement que par son accent, elle s’avérait parfaite. En plus, Natalia adorait notre scénario. Elle a saisi rapidement le type de personnalité qu’Elena devait avoir à l’écran et elle a plongé dans ce rôle en y mettant du sien, sans  forcer la caricature. On voulait que cette mère trop exubérante demeure sympathique aux yeux du public.

Kristina Wagenbauer a profité d’un micro-budget de 250 000 $ pour réaliser ce premier long métrage. Le résultat est des plus charmants. Sashinka, avec peu de moyens, deux actrices de talent et une thématique universelle, réussit à émouvoir. Il faut donc profiter de sa sortie en salle pour le voir. Le parcours de sa réalisatrice, lui, sera à suivre de près.

Le samedi 25 août, après la représentation de 19 h10, l’équipe du film sera au Cinéma Le clap pour rencontrer les spectateurs.

Août 2018 en 10 films

Vincent Cassel dans Fleuve noir

Août 2018 présentera une sélection fort séduisante de longs métrages, et ce, avant de laisser place au mois de septembre et aux films de la rentrée. Alors que plusieurs productions québécoises sortiront comme Un printemps d’ailleurs (coproduit avec la Chine) avec Émile Proulx-Cloutier et Summer of 84  du collectif RKSS, les spectateurs pourront aussi se divertir avec quelques films d’animation comme Les As de la jungle et  un film estival de requin meurtrier intitulé The Meg. Mais bref, voici selon moi les dix films à voir en priorité ce mois-ci.

Fleuve noir : Vincent Cassel, Sandrine Kiberlain et Romain Duris se donnent la réplique dans ce polar sombre qui raconte l’enquête d’un inspecteur de police (sorte de Columbo rongé par ses démons joué par un Cassel en grande forme) sur la disparition d’un jeune garçon. Ce film noir est réalisé avec précision par le trop rare Érick Zonca (La Vie rêvée des anges). À voir!

Alpha : Albert Hughes réalise ce long métrage ambitieux se déroulant voilà 20 000 ans, à l’ère paléolithique, et dans lequel un jeune guerrier doit retrouver sa tribu tout en apprivoisant un loup dont il vient de sauver la vie. Un drame familial spectaculaire si on se fie à la bande-annonce.

Nico, 1988 : Chanteuse sur le premier album du Velvet Underground, actrice chez Philippe Garrel, égérie des années 60, Nico est décédée en 1988 après une vie parsemée d’excès de toute sorte. Ce film relate les dernières années d’un parcours chaotique d’une artiste unique, incarnée ici par l’actrice danoise Trine Dyrholm, magistrale dans toutes ses scènes.

Dans la brume : Daniel Roby (Funkytown) s’est installé à Paris pour concevoir cette coproduction France/Québec qui montre les efforts de deux parents qui veulent sauver leur fillette gravement malade alors qu’une brume mortelle envahit Paname. Romain Duris y joue le père héroïque. Un film de genre à petit budget et au scénario accrocheur.

Papillon : Les plus vieux se souviendront de la première adaptation (datant de 1973) du roman d’Henri Charrière avec Steve McQueen et Dustin Hoffman dans les rôles principaux. Le remake de cette aventure carcérale et d’évasion sous les tropiques met en scène Charlie Hunnam (Sons of Anarchy) et Rami Malek (Mr. Robot). On est curieux de voir le résultat.

Gaspard va au mariage : Un zoo au fin fond de la France rurale, une famille dépareillée, une cérémonie en préparation et une invitée surprise, voilà ce qu’on retrouve dans cette comédie dramatique charmante et inusitée portée par deux acteurs au diapason, Félix Moati et Christa Theret, jouant un frère et une sœur unis par des sentiments forts mais à la limite malsains.

BlacKkKklansman (Opération infiltration) : Spike Lee a reçu beaucoup d’éloges à Cannes pour son plus récent long métrage qui relate l’infiltration dans le KKK d’un officier de police noir dans les années 70, en plein cœur d’une Amérique qui par moments digère mal les nouveaux droits civiques acquis par la communauté afro-américaine.

Le Nid : Dan ce drame mystérieux et intimiste, Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais, couple à la vie comme à l’écran, se retrouvent et participent à un jeu étrange. Dans une demeure isolée, l’homme obéit aux ordres de sa conjointe dans le cadre d’une expérience qui prend la forme d’une catharsis émotionnelle.

En guerre : Après La Loi du marché, Stéphane Brizé refait équipe avec Vincent Lindon pour illustrer le dur combat d’un groupe de travailleurs de l’automobile qui défend ses droits face à la prochaine délocalisation de leur usine et la perte inévitable de leurs emplois. Filmé comme un docufiction, le long métrage permet à Lindon, ici en chef syndical, de démontrer une fois de plus son immense talent.

Sashinka : La surprise de l’été du côté du cinéma d’auteur. Kristina Wagenbauer réalise un premier long métrage poignant qui dépeint la relation tourmentée entre une jeune chanteuse et musicienne de Montréal (qui fait penser fortement à Cœur de pirate) et sa mère d’origine russe, excentrique, envahissante et incontrôlable. À voir!!

Bilan de la mi-temps 2018

Phantom Thread de Paul Thomas Anderson

Plusieurs films se sont distingués par leurs qualités d’ensemble depuis le début de l’année. Le drolatique The Disaster Artist a pris l’affiche à Québec en début d’année après sa sortie restreinte à Montréal, Une femme fantastique était fort émouvant, I, Tonya comique et pathétique, et Call me by your Name d’une beauté remarquable. Ils ont tous failli faire partie de mon palmarès des dix meilleurs films des six premiers mois de 2018. Voici ceux qui, jusqu’ici, les ont devancés dans mon cœur de cinéphile et que je vous invite à voir en DVD, VSD ou autres.

N.B. : The Rider, First Reformed et Foxtrot, tous plébiscités, n’ont pas encore été visionnés par votre humble serviteur.

1- Phantom Thread : Pour moi, il s’agit possiblement du film le plus abouti de Paul Thomas Anderson qui en a déjà réalisé plusieurs assez remarquables. Ici, tout est filmé et mis en scène avec intelligence et doigté. Les acteurs, Daniel Day-Lewis en tête, y sont formidables et la direction artistique est épatante.

2- Qu’importe la gravité : Documentaire québécois s’attardant à la relation étrange de deux sexagénaires aux personnalités colorées, Bruce et Christian, et sur le rêve de ce dernier qui veut voler. Troublant, touchant, beau!

3- L’Atelier : Dans son film, Laurent Cantet dirige avec talent de jeunes acteurs sans expérience autour de Marina Foïs, abordant l’amour des mots, les classes sociales et la radicalisation.

Théodore Pellerin dans Chien de garde de Sophie Dupuis.

4- Chien de garde : Première réalisation haletante de Sophie Dupuis avec un Théodore Pellerin survolté dans le rôle du grand petit frère pour qui la famille est ce qu’il y a de plus important. Drame social sous tension sur fond de thriller mafieux de bas quartier.

5- Le Redoutable : Biographie sentimentale, parfois loufoque sur un personnage plus grand que nature, Jean-Luc Godard, interprété par un Louis Garrel au sommet de son art au cœur d’une mise en images recréant la Nouvelle Vague des années 60.

6- You Were Never Really Here : Joaquin Phoenix, encore une fois incroyable, traîne sa lourde carrure et son marteau taché design dans ce drame violent et onirique où son personnage de mercenaire accomplit ses missions sans remords.

7- A Quiet Place : Côté films de genre, on a eu droit à plusieurs longs métrages de superhéros dont Black Panther, à Annihilation et à Heriditary. Mon choix, dans le registre horreur/fantastique/science-fiction, se porte cependant sur A Quiet Place pour son originalité. On demeure sur le qui-vive durant plus de 90 minutes avec cette famille habituée au silence comme mode de survie.

8- L’Insulte : Au Liban, les différences religieuses et culturelles sont encore au cœur de nombreux conflits. Comme l’avait fait La Séparation, ce drame brillant relate un conflit vain entre un chrétien libanais et un réfugié palestinien. Un film d’une grande humanité.

9- La Villa : Peut-être le meilleur film de Robert Guédiguian, cinéaste du sud de la France, qui frappe fort avec cette nouvelle œuvre émouvante autour d’une famille qui voit le temps passer avec une certaine amertume.

10- Les Faux Tatouages : Un autre premier film, cette fois de Pascal Plante qui met en scène la relation amoureuse d’une fille lumineuse et d’un garçon ténébreux, hanté par son passé. Simple et émouvant, en phase avec l’ère du temps.

Les Faux Tatouages de Pascal Plante

Le bilan de mon top ten se résume ainsi : trois films québécois (dont un documentaire), trois longs métrages français, une coproduction libanaise, une réalisation britannique et deux productions américaines. Et le meilleur est à venir!

 

Le top 10 de juillet 2018

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot de Gus Van Sant avec Joaquin Phoenix et Jonah Hill.

Mois de l’année qui rime avec vacances, juillet sera forcément marqué par les suites hollywoodiennes de films à succès. Mais même s’il s’agit d’une période axée fortement sur le cinéma populaire, la diversité sera au rendez-vous. Voici les dix titres à surveiller au fil des quatre prochaines semaines.

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot (Pas de panique, il n’ira pas loin à pied)  : Joaquin Phoenix (aux côtés de Jack Black, Jonah Hill et Rooney Mara) interprète un alcoolique qui, après un grave accident, est confiné à un fauteuil roulant. Il entame finalement une cure qui le mènera à se passionner avec talent pour le dessin satirique. Histoire véridique, distribution haut de gamme, personnages colorés, le nouveau Gus Van Sant a tout pour séduire.

Le Retour du héros : Un peu comme George Clooney, Jean Dujardin, on l’aime! Dans les comédies, il est toujours à son aise, charmeur et bouffon à la fois. Ici, il endosse l’uniforme d’un don Juan fumiste sévissant à l’époque napoléonienne. Mélanie Laurent lui donne la réplique avec bonheur, prenant plaisir à tenter de remettre à sa place le personnage de fieffé menteur joué par l’acteur. Une comédie estivale amusante et sans prétention.

Ant-Man and the Wasp (Ant-Man et la Guêpe) : Cette suite donne l’occasion au micro-super-héros de s’adjoindre les services d’une compagne pour combattre le crime, découvrant du même coup qu’il peut aussi devenir Giant-Man. Effets spéciaux « nano et macro » au menu. Paul Rudd et Evangeline Lilly endossent les costumes en latex d’insectes héroïques.

Ciao Ciao : Ce drame chinois aux images bucoliques somptueuses met en scène une jeune femme qui retourne dans sa campagne natale pour rendre visite à ses parents. Sur place, elle deviendra l’objet de tous les désirs du fils du contrebandier local. Un film aussi éthéré qu’exotique .

1991 de Ricardo Trogi

1991 : Seule sortie québécoise du mois, ce toisième volet portant sur les souvenirs de jeunesse du réalisateur Ricardo Trogi nous emmène en Italie là où, à travers de fort beaux paysages, la malchance du jeune héros vient bouleverser un voyage destiné au départ à la romance d’une vie.

– En position six, sept et huit, allons-y à égalité pour un « trio combo » de films pour enfants, Teen Titans Go! The Movie, Hotel Transylvania 3: Summer Vacation et Raf, ma girafe. Les sorties familiales sont un point fort du cinéma estival. Ainsi, ces trois longs métrages devraient ainsi convenir aux parents cherchant des activités pour leurs jeunes lorsque la pluie se met de la partie. On aurait pu y ajouter en dessert Skyscraper avec Dwayne « The Rock » Johnson tellement son bassin de fans est en bas âge.

Salyut 7 : Non, malgré son titre, il ne s’agit pas de la suite de Salyut 6, mais bien d’un film historique russe, qui s’attarde au sauvetage d’une station spatiale orbitale par deux cosmonautes soviétiques. Cette curiosité filmique a très bonne réputation et devrait séduire tous les amateurs de la conquête spatiale.

Mission: Impossible – Fallout (Mission«: impossible – Répercussions) : Des suites en juillet, il y en aura. On pense à The Equalizer 2, Mamma Mia! 2 et surtout à Mission: impossible, sixième volet toujours avec Tom Cruise aux commandes dans le rôle de l’agent secret Ethan Hunt. Rendons à César ce qui appartient à César, tous les films de la série sont enlevants et divertissants. Du cinéma pop-corn à son meilleur.

Le soutien au support ?

Récemment, Robin Aubert a écrit un texte accessible à tous sur sa page Facebook qui revenait sur la belle victoire des Affamés au plus récent Gala Québec Cinéma (huit prix Iris gagnés au total dont celui du meilleur film) et aussi, en parallèle, sur l’absence de copie DVD/Blu-ray de son film au pays. Le distributeur, Les Films Séville (et Les Films Christal), n’avait pas jugé bon de sortir sur ces supports le long métrage, jugeant que les résultats moyens des Affamés en salle (20 000 spectateurs au total) ne justifiaient pas l’investissement. Depuis la sortie du réalisateur, un revirement de situation est survenu. Grâce à l’aide de Renaud-Bray et d’Archambault, la production sortira finalement en version physique dans notre province le 31 juillet prochain. Mais l’histoire ne s’arrête pas là ou du moins, elle a de quoi faire réfléchir.

Robin Aubert et Marc-André Grondin lors du tournage des Affamés.

Tout d’abord, soulignons qu’après son passage en salle dans les grands centres au Québec, Les Affamés a vu ses droits de distribution à l’international rachetés par Netflix au début de 2018. Le film se retrouve donc sur cette plateforme depuis le mois de mars, et ce, dans plusieurs pays, ce qui lui donne une fort belle visibilité à l’échelle mondiale surtout pour un long métrage de cinéma de genre. Au pays, la diffusion canadienne était déjà conclue et rattachée à certains gros joueurs locaux. On pouvait donc depuis peu le voir sur Itunes ou Illico. C’est en 2019 que Netflix récupèrera les droits pour le territoire canadien et pourra l’offrir à ses abonnés locaux. En marge de ces négociations, on apprenait aussi qu’un distributeur espagnol avait acheté les droits des Affamés pour le territoire hispanique, décidant du même coup de l’offrir en DVD/Blu-ray à la fin du mois d’avril.  Les Espagnols seraient-ils plus amateurs d’histoires de zombies que les Québécois ou encore davantage collectionneurs de films?

Financé principalement par Téléfilm Canada et la SODEC, Les Affamés a profité d’un budget (moyen pour un film québécois) de 3,7 millions. L’absence d’une sortie en DVD/Blu-ray était somme toute étonnante puisqu’un tel financement à la production devrait logiquement inclure une diffusion large et multiple (en vidéo sur demande et en format physique) une fois la vie du film en salle terminée. Mais en 2018, pour rentabiliser une production de DVD/Blu-ray, encore faut-il en vendre un minimum de copies. Depuis quelques années, les ventes sont en chute libre et les clubs vidéo se font rares. Il reste le marché des collectionneurs, quelques clubs vidéo qui font presque office de musées du cinéma et évidemment le réseau des bibliothèques scolaires et municipales. La tendance aux copies virtuelles, à la location en vidéo sur demande et au visionnement en ligne semble irréversible et inévitablement moins coûteuse pour un distributeur québécois.

On ne sait trop ce que l’avenir nous réserve tellement la technologie et les coutumes de consommation du cinéma et de la musique changent rapidement depuis dix ans. Cela dit, le pire serait de croire que tout ce phénomène est sans conséquence. Que l’on finance un long métrage au Québec pour 3, 4 ou 5 millions de dollars et que ce film, après sa sortie en salle, puisse disparaître sans laisser de trace a de quoi nous alarmer. Si Illico ou Super Écran ne s’y intéressent pas, ce n’est pas Netflix qui va sentir le besoin de voler au secours de petites productions québécoises en manque de visibilité et de plateformes. La plus grande des erreurs pour les milliers d’abonnés de Netflix est présentement de croire qu’ils ont accès à tout le cinéma du monde occidental. Le « catalogue Netflix » est au cinéma ce que les étalages de livres chez Costco sont à la littérature mondiale. Il se distribue au Québec près de 400 films annuellement dans nos salles : des œuvres du Québec (environ 60), des États-Unis (environ 250) et le reste provenant du reste de la planète, surtout de l’Europe. Combien de ces films peut-on voir sur Netflix une fois leur vie en salle terminée? Très peu!

Les questions fusent présentement et concernent autant les producteurs que les distributeurs, les diffuseurs et les subventionneurs. Le devoir d’offrir une sorte de pérennité aux longs métrages québécois, une accessibilité pour le public d’ici de voir ce qui se fait en cinéma québécois est primordial. Produire des dizaines de longs étages québécois, oui, bien sûr, mais les distribuer et les diffuser au plus grand nombre, les rendre accessibles, c’est capital. Le dossier est à suivre, et ce, peu importe le support.

Les sculptures apocalyptiques des Affamés.

 

Les dix films de juin 2018

Le drame d’horreur Heridatary

Avec un léger retard, voici les dix films à voir en  juin, et ce, en soulignant les nombreuses sorties de films québécois : Napoléon en apparte (tourné à Québec), La Chute de Sparte, Identités, L’Amour se creuse un trou.

Hereditary (Héréditaire) : Ce film d’horreur, dont la belle réputation ne cesse de grandir, présente des phénomènes paranormaux perturbant le quotidien d’une famille qui vient d’emménager dans la résidence de l’aïeule.

Normandie nue : Le toujours solide François Cluzet interprète un maire de village solidaire de ses agriculteurs dans cette comédie rurale sans prétention signée Philippe Le Guay.

Les Incroyable 2 (Incredibles 2) : On attendait avec impatience cette suite autour d’une famille dont tous les membres sont dotés de super-pouvoirs. Le premier est un classique de Pixar.

Anote’s Ark (L’Arche d’Anote) : Le photographe Matthieu Rytz a réalisé un documentaire étonnant sur un archipel du Pacifique menacé par la montée des eaux. À voir.

Ocean’s 8 (Debbie Ocean 8) : Un Ocean 11 à la sauce féminine. Une distribution éclatante avec Sandra Bullock, Anne Hathaway, Cate Blanchett et autres. On devrait être diverti par cette comédie centrée sur l’organisation entourant le vol d’un collier de diamants.

La Chute de l’empire américain : Que dire sinon que Denys Arcand est vraiment dû pour un film plus mémorable que Le Règne de la beauté. Grosse distribution pour cette comédie dramatique au cynisme assumé.

Jurassic World : Fallen Kingdom (Le Monde jurassique : le royaume déchu) : Le film bonbon de juin avec des effets spéciaux à la tonne.

Un beau soleil intérieur : Claire Denis est l’une des plus intéressantes réalisatrices de l’Hexagone. Dans ce long métrage, elle dirige Juliette Binoche qui interprète avec émotion une femme dont la vie amoureuse est bancale à souhait. Le chanteur Philippe Katerine y joue un petit rôle fort amusant.

Ôtez-moi d’un doute : François Damiens se révèle très touchant dans cette comédie dramatique où il incarne un homme qui découvre qu’il a un deuxième père. Sa quête l’amènera, sans qu’il s’en doute, à tomber amoureux de la fille de son véritable géniteur.

Sicario : Day of the Soldano (Sicario : le jour du soldat) : Stefano Colima prend la relève de Denis Villeneuve à la réalisation de cette suite qui, avec Josh Brolin et Benicia Del Toro, explore une fois de plus l’univers violent du trafic de drogues entre le Mexique et les États-Unis.

L’arche de Matthieu Rytz

Après un Mois du documentaire à la programmation fort relevée et qui se déroulait tout le mois de mai, voilà que juin s’entame avec la sortie de trois nouveaux documentaires au Clap, soit Metamorphosis, RBG et L’Arche d’Anote. Ce dernier, réalisé par Matthieu Rytz, s’attarde à la catastrophe anticipée qui menace un archipel entier situé en Micronésie et dont la survie ne tient qu’à un fil face à la montée des eaux du Pacifique. Joint au téléphone alors qu’il était à San Francisco, le réalisateur du film donne des détails sur Anote’s Ark, un documentaire aux images somptueuses et au propos alarmant.

Édition Le Clap : Matthieu, vous demeurez à Montréal depuis longtemps?

Matthieu Rytz, réalisateur et photographe

Matthieu Rytz : Je suis natif de Suisse et je suis arrivé à Montréal voilà plus de quinze ans. Depuis, j’ai gravité dans le milieu du storytelling, tout ce qui touche aux façons de raconter des histoires par l’image, en photo ou autres, peu importe. Je me suis aussi beaucoup occupé de l’organisation du World Press Photo à Montréal. J’ai un livre de photos également en préparation. Du même coup, j’ai travaillé durant quatre ans à la réalisation de L’Arche d’Anote.

ÉLC : Comment cette aventure a-t-elle commencé?

MR : J’ai rencontré le président des îles Kiribati, Anote Tong, et une jeune mère qui s’expatrie. Tous deux m’ont fasciné. L’histoire de cet archipel est passionnante du point de vue documentaire. Tourner là-bas n’a pas été chose facile. Heureusement, je me suis bien entouré, car ma spécialité, c’est avant tout la photographie. Mais un film, il faut aussi le préparer, le monter. Cela dit, mes études en anthropologie m’ont aidé à établir des contacts avec les gens sur place, à mieux cerner les enjeux de cette petite population.

ÉLC : Sur le terrain, avez-vous été surpris par l’ampleur de la situation?

MR : Au niveau concret de la montée des eaux, c’est un processus qui s’étale sur du long terme. Ce qui m’a fasciné, c’est plus subtil. Dans 50 ans, ce lieu n’existera plus. Ce qui est incroyable, c’est de constater qu’un peuple est sur le point d’être déraciné. Ils vont perdre leur terre natale. Ça, c’est une thématique très touchante pour moi. Ensuite, bien, tout ça se relie à l’actualité, aux changements climatiques qui frappent à différents endroits sur la planète.

ÉLC : Il y a une scène surréelle dans L’Arche d’Anote où une firme d’ingénierie japonaise nous montre la maquette d’une future ville sous-marine. Est-ce cela que nous réserve l’avenir à moyen terme?

MR : C’est fou et réaliste à la fois. C’est une des plus grosses compagnies d’ingénierie au monde qui travaille là-dessus, mais ce n’est pas pour tout de suite. Cela dit, déjà les îles flottantes sont en construction dans la baie de Tokyo et des nouvelles technologies sont  mises au point pour nous aider à nous adapter face aux changements climatiques et à tout ce que ça entraîne. Cette histoire de survie et d’adaptation dans sa globalité ne fait que commencer.

ÉLC : Et la vie du film une fois terminée, comment s’annonce-t-elle ?

MR : On a eu la chance de présenter le film à Sundance au début de l’année. L’accueil a été incroyable. Il n’y avait que douze documentaires sélectionnés cette année, dont notre long métrage. Donc, ça nous a donné une fort belle visibilité et là on continue de le présenter dans les festivals internationaux. J’arrive de Nouvelle-Zélande d’ailleurs. Le succès, relatif bien sûr pour un documentaire, est au rendez-vous et j’en suis très heureux.