L’automne 2019 à saveur de fictions québécoises

Les Fleurs oubliées d’André Forcier.

La saison d’automne arrive à grands pas et avec elle, la plus grande part des films de fiction québécois appelés à prendre l’affiche cette année. Voici en résumé les titres qui débarqueront au grand écran de septembre à décembre. N.B. Ce calendrier est sujet à changements.

1- Il pleuvait des oiseaux (septembre) : Louise Archambault a tourné une partie de son film (adapté du roman de Jocelyne Saucier) au nord de Québec. Gilbert Sicotte, Andrée Lachapelle et Rémy Girard s’y donnent la réplique.

2- Vivre à 100 milles à l’heure (septembre) : La nouveauté de Louis Bélanger sera présentée au FCVQ avant de prendre l’affiche ensuite dans nos salles. Bélanger revisite son adolescence, mêlant ses souvenirs d’enfance à la fiction autour d’une bande de jeunes de Québec faisant les 400 coups.

Matthias et Maxime de Xavier Dolan.

3- Matthias et Maxime (octobre) : À la suite d’un baiser pour les besoins d’un tournage, deux amis voient leurs sentiments bousculés. Le plus récent long métrage de Xavier Dolan promet de brasser nos émotions en s’intéressant à l’orientation sexuelle et aux amitiés de jeunesse.

4- Les Fleurs oubliées (octobre) : André Forcier renouvelle sa poésie filmique autour du thème de la lutte contre les OGM. Il va au combat accompagné de Roy Dupuis en apiculteur idéaliste et Yves Jacques en frère Marie-Victorin revenu d’entre les morts.

5- Kuessipan (octobre): Myriam Verreault, qui avait coréalisé À l’ouest de Pluton, adapte le roman de Naomi Fontaine, illustrant en images la vie de deux adolescentes innues inséparables mais qui verront leurs destinées s’éloigner peu à peu. Sans mièvrerie, ce récit sur le passage vers l’âge adulte possède une belle authenticité qui charmera à coup sûr.

6- Apapacho – une caresse pour l’âme (octobre) : Un film sur le deuil, sur la façon bien particulière d’entrevoir la mort et le décès de ses proches chez les Mexicains en mettant en relief la douleur de deux Québécoises qui viennent de perdre leur sœur. Fanny Mallette et Laurence Lebœuf sont les têtes d’affiche.

Les Barbares de la Malbaie de Vincent Biron.

7- Jouliks (novembre) : Mariloup Wolfe nous entraîne dans ce récit  tendre et poétique centré sur la vie de Yanna, une jeune fille de sept ans. Adaptation de la pièce de théâtre de Marie-Christine Lê-Huu.

8- Les Barbares de La Malbaie (novembre) : Comédie dramatique de Vincent Biron, qui met en vedette Philippe-Audrey Larrue St-Jacques et prend la forme d’un road trip allant de La Malbaie jusqu’à Thunder Bay avec en toile de fond le hockey.

9- Antigone (novembre) : Cette relecture moderne du classique de Sophocle, signée Sophie Deraspe, nous raconte l’histoire d’une adolescente qui lutte contre les autorités qui ont incarcéré son frère.

10- Le Vingtième siècle (décembre) : Matthew Rankin nous propose un premier long métrage fort attendu portant sur le premier ministre Mackenzie King qui, dans sa jeunesse à Toronto, voit son coeur balancer entre une infirmière québécoise et une soldate britannique, tout en entretenant une liaison secrète avec… une chaussure.

11- The Song of Names (décembre) : François Girard examine le destin de deux enfants juifs ayant grandi ensemble durant la Seconde Guerre mondiale et qui verront leurs destins liés à jamais. Clive Owen et Tim Roth sont au générique.

12- Wilcox : Tourné rapidement, sans son, avec un budget famélique mais porté par l’imaginaire toujours très fertile de Denis Côté, WILCOX porte sur un homme dont on ne sait rien, qui erre sur les routes du Québec. Guillaume Tremblay joue le loup solitaire.

13-1 4 jours, 14 nuits : Anne Dorval joue une océanographe qui s’envole au Vietnam sur les traces des origines de Clara, sa fille adoptive. Jean-Philippe Duval réalise ce drame exotique sur l’identité.

14- La Rivière sans repos : Marie-Hélène Cousineau s’intéresse à nouveau dans cette fiction à la culture inuite avec ce film dont le scénario est basé sur le roman éponyme de Gabrielle Roy.

15- Blood Quantum : Une réserve autochtone micmaque lutte contre une horde de zombies. Voilà la trame du second long métrage de Jeff Barnaby. Les films de genre, il y en a trop peu. On a drôlement hâte à celui-ci.

Et pour l’hiver 2020, on verra apparaître à l’agenda L.A. Tea Time, C’est ça le paradis, Une manière de vivreLa Déesse des mouches à feu, Mafia inc., Live StoryLes Nôtres, Tu te souviendras de moi, Merci pour tout, On ment toujours à ceux qu’on aiment, L’État sauvage, Sympathie pour le diable, Réservoir, Gut Instinct, Le Rire, Cimes, Slaxx et My Salinger Year. À suivre!

Août 2019 en dix titres

Kit Harington en vedette dans The Death and Life of John F. Donovan de Xavier Dolan.

Août sera un mois qui proposera de nombreuses productions pour enfants, de Dora l’exploratrice à Royal Corgi, en passant par Angry Birds 2. Ce sera aussi un mois qui accueillera le neuvième film, oui le neuvième, de la série des Fast & Furious. Mais attardons-nous sur dix autres titres piquant davantage notre curiosité et qui prendront tous l’affiche avant la rentrée de septembre.

The Death and Life of John F. Donovan (Ma vie avec John F. Donovan) : Plusieurs films québécois seront à l’affiche en août dont Jeune Juliette d’Anne Émond et Le Coupable d’Onur Karaman. Mais celui signé Xavier Dolan, attendu depuis presque un an, est définitivement à mettre en haut de la liste. Malgré une rumeur tiède le concernant, le long métrage mettant en vedette Kit Harington et Natalie Portman a de quoi intriguer.

Blinded by the Light : Fin des années 80, en Angleterre, un adolescent d’origine pakistanaise gagne en confiance en découvrant les chansons de Bruce Springsteen. Un long métrage musical qui paraît aussi amusant que charmant, parfait pour la fin des vacances.

Where’d you Go, Bernadette (Bernadette a disparu) : Dans sa nouvelle comédie dramatique, le cinéaste Richard Linklater (Boyhood) met en scène une adolescente qui tente de comprendre pourquoi sa mère est subitement partie sans laisser de trace. Cate Blanchett joue la disparue.

L’Heure de la sortie : Thriller surprenant et fort efficace autour d’un groupe d’adolescents qui, à l’ombre d’une centrale nucléaire, forme un clan mystérieux. Laurent Lafitte joue leur enseignant dépassé par les événements.

Nos vies formidables : Une jeune femme se retrouve dans un centre de désintoxication en pleine campagne française. Sur place, l’adaptation sera ardue, mais elle trouvera des alliés qui, comme elle, ont tous des démons intérieurs à combattre. Un film dur, mais rempli d’humanisme.

Scary Stories to Tell in the Dark (Histoires effrayantes à raconter dans le noir) : Des histoires à faire frissonner, il y en aura ce mois-ci avec ce film et aussi avec la suite de 47 Meters Down et Ready or Not. Scary Stories to Tell in the Dark est l’adaptation d’une série de romans de peur mettant en scène des enfants qui veulent sauver leur petite ville des forces du mal.

Cuba merci gracias

Cuba merci gracias : Voici un film québécois situé à mi-chemin entre  fiction et documentaire. Durant quelques jours, on suivra deux amies dans la vingtaine, parties en voyage à la découverte de Cuba. Rien de plus, rien de moins, sinon qu’une amitié intime épiée par la caméra et soutenue par le charme et le naturel de ses deux interprètes, Alexa-Jeanne Dubé et Emmanuelle Boileau.

After The Wedding (Après la noce) : Remake du fort beau long métrage de la Danoise Susanne Bier, cette version a comme têtes d’affiche Michelle Williams et Julianne Moore. Avec deux des meilleures actrices américaines du moment, difficile de passer à côté.

Pauvre Georges! : Monia Chokri connaît définitivement une grosse année 2019. Dans cette coproduction Canada-Belgique explorant à la campagne le drame que vit un ado, elle joue aux côtés de l’excellent Grégory Gadebois.

Fabuleuses : Avec intelligence et humour, le milieu superficiel des influenceuses est ici scruté de belle façon par Mélanie Charbonneau qui nous offre son premier long métrage. Noémie O’Farrell, Mounia Zahzam et Juliette Gosselin forment à l’écran un trio énergique et dépareillé.

Les 10 films à voir en juillet 2019

Brad Pitt, Margot Robbie et Leonardo DiCaprio dans Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino.

Il n’y aura pas de surenchère de sorties en juillet, mais les titres inscrits à l’agenda ce mois-ci sont diversifiés et devraient contenter les cinéphiles en tous genres. Voici les dix films qu’il ne faut pas manquer en plein cœur de l’été.

1- Once Upon a Time in… Hollywood (Il était une fois à… Hollywood) : Oh que nous l’attendons avec impatience ce nouvel opus de Tarantino se déroulant à Los Angeles, fin des années 60, alors que l’actrice Sharon Tate s’apprête à devenir la victime du sinistre gourou Charles Manson. Avec Pitt et DiCaprio au générique, et Quentin aux commandes, difficile de se tromper.

2- Menteur : Difficile d’ignorer ce titre dans la liste de juillet au vu de récents commentaires médiatiques concernant la grisaille qui caractériserait la majorité des films québécois. Ici, avec cette comédie signée par le spécialiste du genre au Québec, Émile Gaudreault, on nage dans l’humour absurde, et ce, sans retenue. On a surtout hâte de voir les performances d’Antoine Bertrand et de Geneviève Schmidt qui entourent l’humoriste Louis-José Houde dans le rôle du menteur invétéré.

3- Marianne & Leonard: Words of Love : Ce documentaire nous présente celle qui a donné son nom à une célèbre chanson (So Long Marianne) de Leonard Cohen et qui lui en a inspiré plusieurs autres. Leur relation amoureuse, éphémère, puissante, triste et belle à la fois, est ici mise en lumière par l’entremise de témoignages et de lettres écrites par le poète à l’attention de sa muse durant plusieurs décennies.

4- Duelles : Un polar français très hitchcockien qui relate la relation toxique entre deux voisines dans une banlieue française en plein cœur des années 60. Un Desperate Housewives qui glace le sang. Sombre et divertissant à la fois.

5- Crawl (Terreur dans la tempête) : Oh! Voici le plaisir coupable estival par excellence pour suer d’effroi dans une salle de cinéma même climatisée. À la suite d’un ouragan, une femme coincée dans une maison doit lutter contre des alligators. Le scénario parfait pour laisser son cerveau au vestiaire et se faire une belle frousse. Le Français Alexandre Aja réalise le tout.

6- The Lion King (Le Roi Lion) : Cette nouvelle mouture en animation du célèbre dessin animé de 1994 tentera de rejoindre ceux qui ont été marqués par l’original, mais aussi les plus jeunes qui méconnaissent cet univers exotique et cruel du monde animal africain. La bande-annonce est franchement impressionnante.

7- Spider-Man: Far From Home (Loin des siens) : Tom Holland endosse à nouveau le costume de l’homme-araignée lors d’un voyage scolaire en Europe où il rencontrera Mysterio. Filmé à Prague, à Venise et à Londres, ce nouveau Marvel devrait nous en mettre plein la vue.

8- C’est ça l’amour : Ce joli drame familial met en relief l’amour d’un père pour ses deux filles au moment où il tente de se remettre émotivement du départ de sa femme également mère de sa progéniture. Bouli Lanners, dans le rôle principal, y trouve l’un de ses plus beaux rôles à l’écran.

9- The Art of Self-Defense : Jesse Eisenberg, qu’on aime d’amour, joue le rôle d’un Américain moyen qui se met à suivre des cours de kung-fu dans l’espoir de se débarrasser de l’anxiété maladive qui l’affecte depuis qu’il a été passé à tabac par une bande de motocyclistes. Un drame cynique dit-on sur les névroses de l’Amérique actuelle.

10- Midsommar : Le réalisateur de Hereditary signe ce film sur une bande d’Américains en vacances dans un petit village suédois pour assister à la fête du solstice d’été et qui les amènera à être témoins de rituels païens assez inquiétants. Les images de la bande-annonce donnent froid dans le dos.

Le drôle de parcours de Ken Scott

L’Extraordinaire Voyage du fakir de Ken Scott, avec Dhanush et Bérénice Bejo.

Ken Scott a toujours voulu faire du cinéma, comme réalisateur principalement. Connu au départ dans le milieu de l’humour quand il a fait partie du groupe Les Bizarroïdes, aux côtés notamment de Martin Petit, le cinéaste et scénariste s’est servi de ce tremplin pour mieux apprendre à faire rire le public ce qui allait le mener à scénariser et à réaliser des comédies au grand écran. De passage à Québec pour la promotion de sa plus récente réalisation, L’Extraordinaire Voyage du Fakir, il a bien voulu nous donner des détails sur la conception de son film, mais aussi sur sa situation actuelle, lui qui a l’air à cheval entre le Québec, la France et les États-Unis.

Le Clap : Votre film est une coproduction, mais le Québec n’est pas impliqué dans ce projet?

Ken Scott : Effectivement non. C’est plutôt une coproduction entre la France, l’Inde et l’Italie. Au départ, j’étais le seul Canadien sur mon film, mais j’ai réussi à inviter l’actrice Sarah-Jeanne Labrosse à en faire partie.

LC : C’est l’adaptation d’un roman populaire de Romain Puértolas intitulé L’Extraordinaire Voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea. Vous n’avez pas voulu conserver le titre dans son intégralité?

KS : Ha! Ha! Non. Le pire, c’est que je souhaitais garder le même titre, car je le trouve drôle. Mais ça ne rentrait pas sur une affiche. Le livre a été un best seller en France et il a été vendu et distribué dans 35 pays dans le monde. Je suis tombé amoureux de cette histoire qui a du cœur, qui est drôle, absurde, fantaisiste. Le récit se penche sur un Indien, fasciné par Ikea et son catalogue et qui partira sur les traces de ses origines paternelles en Europe. Là-bas, son voyage initiatique le fera rencontrer toutes sortes de personnages dont beaucoup d’immigrants.

LC : Justement, le thème de l’immigration est franchement d’actualité présentement. Ça tombe bien avec la sortie de votre film.

KS : Tout à fait. En même temps, ce n’est pas un long métrage pamphlétaire sur le sujet mais, telle une fable, il apporte une réflexion. Le message du film, c’est de considérer l’immigrant simplement comme une autre version de nous-même. On mise sur l’empathie que génère l’histoire qui amène le personnage principal à vivre des situations rocambolesques dans plusieurs pays.

Gérard Jugnot, Dhanush et Ken Scott.

LC : Votre acteur principal, Dhanush, c’est une vedette du cinéma en Inde, non?

KS : Absolument, c’est une star là-bas. Il a beaucoup tourné chez lui. L’intérêt, en travaillant avec lui, c’était de l’opposer à des personnages joués par des acteurs qui venaient d’un peu partout dans le monde. Ici, on va reconnaître les Français Gérard Jugnot et Bénénice Bejo. Les autres sont moins connus. Moi, ça m’a aussi permis de rencontrer des gens de partout qui m’ont appris plein de choses sur leur culture, notamment sur l’Afrique. Ça a rendu le tournage vraiment enrichissant, humainement et artistiquement.

LC : Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu de vos nouvelles, car vous étiez en Europe pour concocter ce film. Avant ça, vous avez fait un détour par les États-Unis pour y réaliser deux longs métrages. Mais Ken Scott, vous êtes où en fait?

KS : C’est vrai que mon parcours provoque une drôle d’impression. Ça fait neuf ans que je n’ai pas fait de films au Québec, depuis Starbuck, en fait. Ça a passé tellement vite toutes ces années, mais j’habite encore au Québec, je vous le confirme.

LC : Ce qui est aussi particulier dans votre carrière, c’est que vous êtes à l’origine de deux des plus grands succès du cinéma québécois, La Grande Séduction comme scénariste et justement Starbuck comme réalisateur, et en même temps, c’est facile de vous associer à des projets qui ont fait l’objet de remakes, car ça a été le cas pour ces deux titres.

KS : C’est vrai. Et les remakes, ce n’est pas toujours évident. Et pour La Grande Séduction et pour Starbuck, il y a eu trois remakes internationaux. J’ai d’ailleurs réalisé moi-même la version américaine de Starbuck (Delivery Man) et ce n’est pas plus facile comme concept, car il y a beaucoup de pièges. C’est la même histoire, mais la formule change. Et il y a une part d’alchimie dans la réalisation d’un film. Sinon, la recette du succès s’appliquerait avec facilité. Puis, le copier/coller, c’est dangereux, il ne faut pas tomber dans ce piège ou encore à l’inverse faire différent juste pour faire différent. Atteindre le juste milieu est tout un défi. C’est une drôle de sensation faire un remake, c’est comme mettre un costume de bain déjà mouillé. Ha! Ha!

L’Extraordinaire Voyage du fakir sort le 21 juin prochain, partout au Québec, mais aussi dans 160 pays à travers le monde.

Juin 2019 en dix titres

En juin, la quatrième mouture des Hommes en noir prendra l’affiche pendant qu’on assistera au retour de la poupée maléfique Chucky. Rien pour écrire à sa mère direz-vous, mais attention, voici dix longs métrages qui font saliver et qui prendront aussi l’affiche en juin.

1- Toy Story 4 (Histoire de jouets 4) : Que dire sinon que les trois premiers sont formidables et que le quatrième se doit de l’être tout autant!

2- La Femme de mon frère : Premier long métrage réalisé par Monia Chokri, le film relate la relation fusionnelle entre une sœur (Anne-Élisabeth Bossé) et son frère (Patrick Hivon) et le dérapage qui survient lorsque ce dernier tombe amoureux… d’une autre femme. La rumeur cannoise est très favorable concernant cette curieuse comédie.

3- X-Men: Dark Phoenix (X-Men : phénix noir) : Un cycle se termine avec cette nouvelle aventure des X-Men (tournée à Montréal) qui se concentre sur le pouvoir démentiel de Jean Grey. Avouons-le, cette équipe de superhéros mutants a un potentiel cinématographique fort grand, peut-être plus que celui des Avengers ou des Fantastic Four.

4- Les Drapeaux de papier : Un homme sort de prison et trouve refuge chez sa sœur. Il doit maintenant réapprendre à vivre en société, chose qui ne sera pas facile. Un film brut, émotif, réalisé par un jeune cinéaste de dix-neuf ans à peine et dans lequel Guillaume Gouix offre une performance inoubliable.

5- Mon garçon : Guillaume Canet joue le justicier prêt à tout pour sauver son jeune fils kidnappé. Le film a été tourné sans scénario et le résultat est franchement étonnant. Un suspense qui, malgré les clichés du genre, nous tient en haleine durant 85 minutes.

6- Nous finirons ensemble : La suite des Petits Mouchoirs connaît un succès monstre en France. Il fallait s’y attendre, le premier ayant cartonné tout autant. Cela dit, on parle ici d’un The Big Chill à la française, un plaisir coupable estival sur des bobos aussi touchants que détestables.

7- The Dead Don’t Die (Les Morts ne meurent pas) : Jim Jarmusch se lance dans la comédie d’horreur loufoque avec ce film de zombies à la distribution éclatée où Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton et même Iggy Pop semblent en faire des tonnes. On est vraiment très curieux de voir le résultat de tout ça.

Bill Murray, Adam Driver et Tilda Swinton dans The Dead Don’t Die.

8- Dogman : Matteo Garrone s’intéresse au destin d’un toiletteur pour chien qui flirte pour son plus grand malheur avec le milieu interlope au cœur d’une ville portuaire italienne malfamée. Du cinéma inspiré par les grands drames sociaux italiens des années 70.

9- Anna : Luc Besson retourne derrière la caméra pour ce drame tournant autour d’une super espionne mystérieuse et invincible. C’est l’occasion pour le réalisateur de démontrer tout son savoir-faire dans le film d’action lui qui, depuis quelques années déjà, a perdu de sa superbe en lançant de multiples productions génériques sans relief. Si avec Anna nous retrouvons le Besson de Nikita et de Léon, ce sera vraiment pour le mieux.

10- Yesterday : Dans cette réalisation signée Danny Boyle, un musicien, victime d’un coma, se réveille dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et s’il en profitait pour lancer à son compte leurs succès désormais méconnus de toute l’humanité? La prémisse est très amusante et Boyle est encore capable de nous divertir à souhait.

La direction photo made in Québec

         

Lors de la prochaine soirée du Gala Québec Cinéma qui récompensera avec ses prix Iris les meilleurs films québécois sortis lors des douze derniers mois ainsi que les artisans derrière ces productions, on rendra hommage au directeur photo Pierre Mignot. Cet hommage mérité doit être souligné, car trop souvent on tend à oublier le travail de ces hommes et de ces femmes derrières la caméra. Quand on met en lumière l’excellence d’une œuvre au cinéma, on parle avec raison des acteurs et actrices, du cinéaste, parfois du compositeur de la musique, mais rarement du directeur photo ou des autres spécialistes de plateaux comme les éclairagistes, les preneurs de son, les décorateurs et les maquilleurs.

Pierre Mignot, directeur photo.

Le fait de souligner le brio de Pierre Mignot tend à attirer notre attention sur l’un des métiers les plus importants du 7e art, celui qui sert à imager un film, à lui donner une signature visuelle. Pierre Mignot (50 ans de carrière, 130 productions signées) a travaillé avec de nombreux réalisateurs tels que Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y.), Denys Arcand et aussi Robert Lepage, Léa Pool et les défunts Robert Altman, Jean Beaudin et Gilles Carle. Tout récemment, Mignot travaillait avec Louis Bélanger pour son nouveau long métrage Vivre à cent à l’heure. Parmi les directeurs photo d’importance au Québec, citons les vétérans Michel Brault, Jean-Claude Labrecque, Guy Dufaux, Pierre Gill, Alain Dostie, Martin Leclerc, Robert Morin, Michel La Veaux et Yves Bélanger. Plus récemment, on a remarqué le travail formidable effectué par Sara Mishara, Nicolas Canniccioni, Jérôme Sabourin, André Turpin, Claudine Sauvé, Jessica Lee Gagné, François Gamache, Mathieu Laverdière et Nicolas Bolduc pour ne nommer qu’eux. Bref, c’est une fort belle initiative du milieu que de rendre hommage au talent d’un directeur photo très talentueux. Le gala sera télédiffusé à Radio-Canada le 2 juin prochain.

Toujours dans le domaine du cinéma québécois, le calendrier des sorties de films fait encore jaser. Ce printemps, les mois de mai et juin sont presque entièrement dépourvus de longs métrages québécois de fiction. La seule exception, La Femme de mon frère réalisé par l’actrice Monia Chokri. Pourtant, près de 40 productions locales sortent dans le courant de l’année. La question qui se pose : pourquoi se priver de cette période de l’année et sortir la majorité de nos fictions en février et mars puis en octobre et novembre. Cette année, quatre titres sont annoncés en juillet et août, ce qui est déjà mieux qu’au printemps. Les sorties prévues sont celles de MenteurCuba Merci GraciasFabuleuses et Jeune Juliette.

L’action reprendra en force à l’automne avec l’arrivée des festivals et des sorties prévues chaque semaine en octobre et novembre, créant une congestion inévitable et donnant l’impression que nos films se cannibalisent entre eux. Quand on scrute les raisons possibles qui poussent les distributeurs à créer un tel débalancement au calendrier, on cite la promotion entourant la sortie des blockbusters américains, l’attention portée aux films présentés à Cannes et les visées d’être sélectionné dans un festival d’importance comme Venise, Toronto, Telluride et le FNC. Avec le printemps pluvieux que nous connaissons, je crois qu’un film d’ici aurait très bien pu se faire une place dans nos salles. Mai devrait être un mois phare pour le cinéma d’ici et donner le ton à ceux qui veulent se mette autre chose sous la dent qu’un xième film de superhéros. Il y a une clientèle pour ça, il faudrait s’en préoccuper?

FABULEUSES bande-annonce from Go Films on Vimeo.

Ah! Cannes, y a de quoi rêver!

Le Festival de Cannes 2019 est lancé et on peut déjà saliver à l’idée de voir les nombreuses productions qui y sont présentées en primeur et qui prendront l’affiche ici dans les prochains mois. La compétition, de l’avis général, est très relevée cette année.

Matthias et Maxime de Xavier Dolan.

Évidemment, il y a les titres québécois comme Matthias et Maxime de Xavier Dolan, La Femme de mon frère de Monia Chokri (en salle au début du mois de juin) et It Must Be Heaven d’Elia Suleiman (en coproduction) qui se retrouveront bien sûr au Clap. Il y aussi le film d’ouverture, la comédie d’horreur de Jim Jarmusch, The Dead Don’t Die, qui sera à l’affiche ici à la mi-juin ou encore le Tarantino prévu à la fin du mois de juillet. On sait également qu’Alice et le maire avec Fabrice Luchini et Hors normes avec Vincent Cassel, film réalisé par le tandem derrière Intouchables, seront distribués sur notre territoire.

Nous pouvons avec confiance prévoir la sortie au Québec de Douleur et gloire, le nouveau Pedro Almodóvar, de Frankie avec Isabelle Huppert, de A Hidden Life de Terrence Malick, du Daim avec Jean Dujardin, du Jeune Ahmed des frères Dardenne et The Lighthouse, film d’horreur en noir et blanc avec Willem Dafoe et Robert Pattinson en marins aux mines patibulaires,

Mais, là où nous vivons d’espoir, c’est pour la seconde partie de la comédie musicale sur Jeanne d’Arc de Bruno Dumont,  le deuxième volet de Mektoub, my Love de Kechiche et pour le Claude Lelouch revisitant 50 ans plus tard Un homme et une femme avec Les Plus Belles Années d’une vie. Leurs sorties ne seront pas systématiques au Québec puisque les films précédents de ces cinéastes n’ont même pas été présentés dans nos cinémas.

Sur une note plus positive, on surveillera attentivement les œuvres qui causeront la surprise surtout dans les sections parallèles de la compétition (Un certain regard, la Semaine de la critique, la Quinzaine des réalisateurs) et qui seront achetées par nos distributeurs à l’affût de nouveaux talents. Ces films nous donneront un bel aperçu du 7e art mondial actuel et de la couleur que prendra 2019 d’un point de vue cinématographique.

Brad Pitt et Leonardo DiCaprio dans Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino.

Fluide comme Éric Falardeau

Éric Falardeau peut avoir l’air d’un cas à part dans le milieu du cinéma au Québec, lui qui navigue entre la réalisation, l’écriture et l’enseignement. La raison, sa curiosité maladive et son intérêt pointu pour les courants marginaux qui constituent aux yeux de plusieurs le côté plus scabreux de l’univers du septième art. La spécialité d’Éric Falardeau, c’est l’horreur, les effets spéciaux, l’érotisme, la porno et… les fluides. C’est d’ailleurs ce dernier élément qui pique aujourd’hui notre curiosité, car il est au cœur de son nouvel essai intitulé Le Corps souillé : gore, pornographie et fluides corporels, un livre paru récemment aux éditions L’instant même dans la collection « L’instant ciné ». Entrevue avec un passionné d’un cinéma de l’extrême.

Pierre Blais : Éric, comment vous présentez-vous?

Éric Falardeau : Eh bien, je suis avant tout un réalisateur. En 2013, j’ai réalisé un long métrage d’horreur québécois, Thanatomorphose, film qui a fait plusieurs festivals. Depuis, j’ai publié trois livres, l’un, collectif, sur le phénomène Bleu Nuit de TQS, un second sur l’histoire des effets spéciaux au Québec et récemment Le Corps souillé. Finalement, je suis aussi chargé de cours en cinéma, notamment à l’UQAM.

PB : Votre plus récent ouvrage provient d’un travail de recherche qui est devenu votre mémoire de maîtrise à l’Université de Montréal. L’idée principale qui gravite autour des fluides corporels au cinéma, comment vous est-elle venue?

ÉF : Je suis fan des films qui reposent sur l’utilisation de l’image et du son plutôt que sur les dialogues. J’aime donc beaucoup le cinéma d’horreur et le cinéma pornographique qui misent énormément là-dessus. On tend à oublier le pouvoir d’émerveillement de l’image en mouvement et dans l’horreur et le porno, on touche beaucoup à ça. Inévitablement, mon discours s’élabore autour du concept d’Éros et Thanatos. Ce sont les deux côtés d’une même médaille pour moi.

PB : On touche aux tabous quand on écrit sur l’horreur gore et la porno, sur le sang et le sperme, sur les fluides corporels qui éclaboussent dans ces films, non?

ÉF : Absolument, car on aborde des sujets qui touchent la morale. Avec ces genres cinématographiques, on se retrouve très loin de tout ce qui codifie l’industrie mainstream du grand écran. Le gore et la porno, ce sont des phénomènes qui paraissent irrationnels, car c’est du cinéma qui nous bouscule, qui provoque de fortes réactions chez le spectateur, qui nous met en contact avec nos pulsions les plus primaires et tout ça peut prendre une forme cathartique provoquée par la violence et le sexe et leur représentation à l’écran. Les fluides vus dans ces films, c’est ce qu’il y a de plus trivial dans notre rapport au corps humain et c’est ce qui me fascine.

Éric Falardeau, auteur, réalisateur, conférencier, enseignant.

PB : Le cinéma gore montre beaucoup du sang, d’entrailles et le porno, lui, utilise le sperme comme aboutissement d’une relation sexuelle explicite. On peut penser que c’est du cinéma qui montre beaucoup mais qui raconte peu, non?

ÉF : Oui, ce n’est pas le propre de ces productions de raconter une histoire ou du moins d’en faire une priorité. On veut nous montrer des corps qui se rencontrent et le parallèle est le gore et la porno dans leur mécanisme porte à réflexion. En apparence, on trouve tout ça très limité et pourtant quand on s’attarde aux codes du gore et du porno, on découvre des éléments captivants dont principalement l’importance de la mise en images des fluides corporels à l’écran. Le paradoxe vient aussi de la façon dont on regarde le cinéma porno et gore, on aime les voir comme des branches très marginales du cinéma en niant par la bande leur grande popularité.

PB : Votre livre souligne avec raison l’importance des films du cinéaste canadien David Cronenberg dans votre recherche. Les effets gore sont nombreux dans plusieurs de ses films et surtout, le corps est au cœur de plusieurs de ses œuvres.

James Woods dans Videodrome de David Cronenberg.

ÉF : Oui, le genre qualifié de body horror se définit grâce à son cinéma. Son importance est immense, pensons à Rabid, Videodrome, The Fly, Crash, eXistenZ. Cronenberg parle constamment de nos pulsions, des dérèglements du corps, de l’opposition entre sexualité et violence. Il est aussi très fort dans son approche psychanalytique, surtout dans ses derniers films. Ce qu’il nous montre, c’est très esthétique, c’est de l’entomologie. Il a une signature et une intelligence qui, au fil du temps, ont forgé une aura de légitimité autour de ses œuvres.

PB : Vous-même, Éric, trouve-t-on votre discours légitime ou tend-on à lever le nez sur vos travaux, votre discours sur le gore et la porno?

ÉF : Je pense que je réussis à susciter au moins la curiosité avec mes livres, mais on me demande encore souvent pourquoi je m’intéresse à ça. J’aimerais qu’on intègre mieux l’horreur et la porno dans les grands courants cinématographiques. Oui, le porno a ses mauvais côté, mais il est là pour rester, alors parlons-en! Heureusement, les choses changent petit à petit et ça nous permettra de mieux comprendre le phénomène, de discuter intelligemment sur ces genres dans les années à venir.

PB : Que doit-on retenir de votre ouvrage hormis l’analyse surprenante autour des fluides et les liens qui unissent le gore et la porno à travers des œuvres, des créateurs et des courants?

ÉF : Je dirais qu’il faut retenir que le gore et la porno, ce sont des phénomènes existentialistes. Ça nous amène à nous questionner sur ce qu’on aime ou non, c’est un miroir et parfois le reflet qu’il nous renvoie n’est pas rose, et cette réflexion est pour moi des plus intéressantes.

PB : Votre prochain livre, à quoi s’intéressera-t-il?

ÉF : Je suis en train de préparer avec deux amies un ouvrage sur le cinéma porno québécois. La porno légale made in Québec est arrivée en 1994 environ. Nous voulons réfléchir dans ce prochain essai à l’aspect identitaire du porno québécois. J’ai aussi un projet qui touche à la musique au cinéma. Niveau réalisation, je viens de tourner un vidéoclip et je suis en développement de mon 2e long métrage !  »

 

Mai 2019 en dix titres

Sur les toits Havane réalisé par Pedro Ruiz

Mai 2019, c’est un mois où on s’étonne tout d’abord de l’absence totale de fictions québécoises au calendrier. Sinon, dans l’agenda, on remarque la sortie de plusieurs comédies françaises : Mon bébé, Chamboultout, Jusqu’ici tout va bien. Puis, on prend un air suspicieux concernant certains titres comme Aladdin de Guy Ritchie, Rocketman sur la vie d’Elton John et le retour de Godzilla (en avons-nous vraiment besoin?). Enfin, et il faut aussi le souligner fort, c’est le Mois du documentaire au Clap. Sinon, voici les dix films à surveiller durant le mois de Marie.

1- Sur les toits Havane : Assurément le documentaire à ne pas manquer ce mois-ci, et ce, pour voir une autre perspective d’une des plus belles capitales au monde et pour découvrir les Cubains qui habitent dans les hauteurs de ses édifices. Cette réalisation du Québécois d’adoption Pedro Ruiz vaut vraiment le coup d’œil.

2- Noureev (The White Crow) : L’acteur Ralph Fiennes met en scène ce drame biographique sur le célèbre danseur de ballet russe, Rudolf Noureev. Le long métrage reconstitue le voyage à Paris du danseur en 1961, lui qui, surveillé de près par le KGB, tentera de passer à l’Ouest.

3- Monsieur : Cette coproduction indienne est un véritable petit bijou. Drame romantique et social à la fois, le film relate la relation difficile entre un bourgeois et sa servante. Le système des castes en Inde est ici critiqué à travers une histoire d’amour très touchante et pas kitsch pour deux sous.

4- Sofia : La femme qui donne son nom au film est enceinte d’un jeune homme qui ne l’aime pas. Mais au Maroc, les règles sont strictes. Un enfant doit être reconnu par ses géniteurs et un mariage arrangé peut alors à lui seul sauver l’honneur des deux familles impliquées. Un film dur et bouleversant.

5- Asako I & II : Ryusuke Hamaguchi nous offre une histoire d’amour intrigante, celle d’Asako, une jeune Japonaise qui tombera amoureuse tour à tour de deux garçons identiques. Un film mis en scène avec un savoir-faire épatant.

6- John Wick: Chapter 3 – Parabellum : John Wick, c’est le véritable plaisir coupable du mois de mai. Keanu Reeves est de retour pour une troisième fois dans la peau du tueur à gages le plus cool du grand écran.

7- Ad Astra : Un ingénieur se lance dans un voyage à travers le système solaire pour retrouver son père disparu voilà vingt ans lors d’une mission spatiale autour de Neptune. James Gray réalise, Brad Pitt et Tommy Lee Jones jouent le fils et le père en question.

8- Tolkien : On a hâte de voir cette biographie portant sur la jeunesse de J.R.R. Tolkien, et ce, même si la famille du défunt s’oppose au projet depuis son tout début. Nicholas Hoult joue le mythique romancier britannique lors de sa jeunesse et de ses premiers pas dans l’écriture.

9- Brightburn (Brightburn – L’enfant du mal) : Un long métrage d’horreur qui suscite bien des attentes, car il reprend la prémisse de l’arrivée de Superman sur Terre. Mais bref, les films de peur avec un enfant, c’est souvent gagnant. On achète.

10- Leto (L’Été) : Voilà une comédie musicale et romantique recréant la vie à Leningrad au début des années 80 et montrant l’ébullition du milieu rock soviétique de l’époque. La mise en scène du cinéaste Kirill Serebrennikov est réjouissante, imaginative, et rappelle celle de Hedwig and the Angry Inch. Elle nous donne en plus envie de chanter dans les lieux publics. Un incontournable du printemps.

Ça marche Pontiac!

Mad Dog Labine est le premier long métrage coréalisé par Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard. Prenant la forme d’une docufiction qui alterne entre les scènes du quotidien des résidants de la région du Pontiac et une intrigue amusante autour de deux jeunes filles qui ont sous la main un gratteux qui vaut de l’or, le film nous fait connaître une région méconnue de l’ensemble des Québécois, une contrée située entre l’Outaouais et l’Abitibi-Témiscamingue. Les deux cinéastes nous ont parlé de leur film qui, depuis sa sortie, suscite de fort belles réactions par sa spontanéité et sa liberté de ton.

Pierre Blais : Votre film semble sortir un peu de nulle part, non?

Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard : C’est vrai. En tournant à l’extérieur de Montréal, avec un tout petit budget et de façon un peu confidentielle, ça donne cette impression. C’est grâce au Festival du nouveau cinéma que l’effet s’est fait sentir, que notre film a fait parler de lui. Le public réagissait super bien. On y a même gagné un prix.

PB : Cette région du Pontiac m’apparaît comme très méconnue des Québécois. Est-ce pour cette raison que vous y avez tourné?

Renaud Lessard et Jonathan Beaulieu-Cyr, réalisateurs.

JBC et RL : Jonathan est originaire du Témiscamingue et moi d’Aylmer en Outaouais. On était fasciné par ce coin du Québec et en même temps très ignorants face à cette région. Une fois sur place pour tourner notre film, on a adopté une approche très collaborative avec les gens du coin, surtout les jeunes. L’accueil a été formidable. Les gens se sont mis en état de vulnérabilité et ont collaboré de façon étonnante à notre long métrage. On n’avait pas un gros budget, donc le climat d’entraide a été très apprécié.

PB : Parlez-moi de Pascal Beaulieu, le jeune de la chaloupe. Il est incroyable, c’est un personnage vrai et coloré qui donne le ton à votre film dès le départ.

JBC et RL : Nous l’avons rencontré lors d’un casting à son école secondaire qui regroupe les jeunes d’une vingtaine de villages du coin. Face à nous, il démontrait une grande lucidité, une belle franchise, et le tout avec un langage coloré. Il nous a charmés immédiatement. On ne pouvait pas aller dans la fiction avec lui, car il était plus grand que nature. Sa passion pour la pêche nous amenés à le filmer dans sa chaloupe. Tout ça, ça a été très naturel.

PB : Revenons aux réactions que votre film suscite. Quelles sont-elles?

JBC et RL : On revient de projections dans le Pontiac et c’était très positif. Les gens, en général, accrochent sur différentes choses dans notre film, mais surtout sur le territoire. Il y a comme une culpabilité de ne pas connaître ce coin-là. Le Pontiac a une identité culturelle unique. C’est très positif d’entendre ces commentaires. C’est important pour nous d’accompagner notre film, de créer des discussions, des événements et de pousser les jeunes à se déplacer pour voir notre film. On est conscient que la façon de consommer du cinéma est différente aujourd’hui, alors de créer des projections-événements, ça permet de rallier les jeunes qui sont curieux.

PB : Quels sont vos projets? Se feront-ils  encore à deux?

JBC et RL : On en a plusieurs, seul ou à deux, on se donne cette liberté. Mais déjà, nous avons un autre projet commun disponible. Il est en en ligne, c’est une Web série tournée juste après Mad Dog Labine. Ça s’appelle Cœur d’or. Jonathan scénarise et réalise la série et moi je m’occupe de la production. C’est disponible sur Unis TV.