Les premiers vertiges de l’amour

Philippe Lesage, réalisateur de Genèse. Crédit photo Valerian Mazataud.

Après le fort beau et troublant drame Les Démons, Philippe Lesage propose dès le 15 mars Genèse, film qui s’intéresse aux amours adolescentes. Un peu à la manière d’un film choral, son long métrage raconte l’histoire de Guillaume (Théodore Pellerin), un beau parleur charismatique qui verra son amitié avec un compagnon de classe se transformer peu à peu en quelque chose de plus ambigu. Puis, on s’intéressera au destin de Charlotte (Noée Abita), qui, écartelée entre deux relations insatisfaisantes, peine à trouver celui qui s’intéressera à elle pour de bonnes raisons. Enfin, dans un camp d’été,  Félix et Béatrice découvrent tous deux le sentiment amoureux. En promotion pour son nouveau long métrage qui s’apprête aussi à prendre l’affiche en France, Philippe Lesage nous a donné quelques détails sur la réalisation de Genèse.

Pierre Blais : Après Les Démons où les rôles d’adolescents étaient nombreux, pourquoi aviez-vous à nouveau envie d’explorer cette période avec Genèse?

Philippe Lesage : Je voulais surtout me pencher sur la fin de l’enfance et le début de la vie d’adulte, un âge où tout va très vite. Ma vision est bien sûr basée sur des souvenirs de ce que j’ai vécu à cet âge, mais je crois que les jeunes d’aujourd’hui vont se retrouver à travers ce que vivent mes personnages. Mon film, je crois, évite le piège habituel de la nostalgie et donc les réactions de mes personnages sont intemporelles. On vit l’amour et ce qui tourne autour de la même façon aujourd’hui qu’hier.

PB : Philippe, vous avez étudié le cinéma au Danemark et là-bas, les films s’attardent souvent aux situations sociales et aux émotions qui font mal. C’est une influence certaine?

Noée Abita

PL : Oui, du moins avec Lars von Trier qui aime toujours mettre un caillou dans le soulier même si je ne vais pas dans la manipulation comme il aime bien le faire. Pour moi, le cinéma doit refléter la vie telle qu’elle est, c’est ce que je m’attarde à faire. Par exemple, il y a une scène très dure dans Genèse avec le personnage joué par Noée Abita et si elle s’y trouve c’est qu’autour de moi, la plupart des femmes avaient déjà vécu, plus jeunes, une menace sexuelle, une forme ambiguë de la banalité du mal si je puis dire.

PB : Votre film met en vedette la crème des jeunes acteurs québécois actuels dont plusieurs avaient joué dans Les Démons, je pense à Rose-Marie Perreault, Pier-Luc Funk, Émilie Bierre, Théodore Pellerin pour ne nommer qu’eux. C’est facile de les diriger sur un plateau?

PL : Oui, car je les trouve hyper-talentueux et à leur âge, ils comprennent exactement ce que veut dire le jeu naturel devant une caméra. À la télé, les comédiens d’expérience ont souvent un ton plus dramatique et affecté qui ne me plaît pas vraiment, surtout que moi, je recherche toujours un jeu naturaliste chez mes acteurs. Les jeunes acteurs de Genèse, heureusement, comprennent très bien cela.

PB : La Française Noée Abita était formidable dans Ava, est-ce pour ça qu’elle a eu le rôle de Charlotte?

PL : Je l’ai effectivement trouvé incroyable dans Ava, mais c’est aussi un concours de circonstances. J’ai perdu une comédienne à une semaine du tournage et on a dû trouver très rapidement une autre actrice. À ce moment-là, il y avait une belle rumeur autour de la performance de Noée dans Ava qui venait d’être présenté à Cannes. J’ai vu le film, je lui ai envoyé le scénario et rapidement, elle a foncé. Elle avait envie de jouer ce rôle et avait naturellement cette force et cette fragilité qui émanent du personnage de Charlotte.

PB : Paul Ahmarani joue un enseignant qu’on aime détester, un être fascinant, érudit, qui intimide ses étudiants. Ça vient de vos souvenirs du collège privé?

Théodore Pellerin

PL : C’est un mélange de plusieurs profs que j’ai connus et aussi du talent de Paul pour donner une couleur à son personnage, un côté charismatique et cassant, voire imprévisible. Le jeu de pouvoir entre lui et Guillaume joué par Théodore Pellerin est très intéressant.

PB : Y a-t-il une scène que vous préférez dans Genèse?

PL : La dernière partie au camp de vacances et sa fin ouverte. J’aime qu’on se pose des questions en voyant mon film et cette scène est interrogative. On vient y prendre les éléments qu’on aime, mais à la fin, le spectateur interprète le tout à sa façon. C’est vraiment ce que je recherche.

Grand écran et jeune public

Charlotte a du fun réalisé par Sophie Lorain.

Alors que le Festival de cinéma en famille de Québec bat son plein durant la semaine de relâche mise au calendrier par une majorité d’écoles primaires et secondaires de la région, on se doit de remarquer deux phénomènes concernant le cinéma québécois et ce qu’on appelle la clientèle « jeune public ».

Félix et le trésor de Morgäa (Productions 10e Ave)

Bien sûr, les films jeunesse québécois sont encore trop rares dans nos cinémas à part les films d’animation comme La Course des tuques, sorti récemment, et ceux conçus par les Productions 10e avenue (La Légende de Sarila, Nelly et Simon : mission yéti). L’époque glorieuse des Contes pour tous semble bien lointaine et pourtant il n’est jamais trop tard pour changer la donne. Certains pays l’ont bien compris. Par exemple, au Danemark, une part fixe annuelle de 25 % de l’ensemble des subventions offertes à la production de films locaux est consacrée à la réalisation d’œuvres destinées aux enfants. L’idée derrière cette politique est d’habituer très tôt les jeunes spectateurs à voir des films qui leur ressemblent, des longs métrages reflétant leur culture plutôt que de les laisser se nourrir uniquement de productions Disney. L’idée est louable, alors pourquoi ne pas développer davantage ce créneau chez nous? Nos institutions comme la SODEC et Téléfilm Canada n’ont qu’à emboîter le pas.

Enfin, le second phénomène que l’on peut constater présentement dans nos salles, un peu l’inverse du premier, c’est l’abondance de longs métrages québécois mettant en scène des adolescents. Même si ces films peinent à attirer la clientèle visée dans les salles, il y a lieu de remarquer une forte tendance depuis au moins deux ans alors que sont débarqués sur nos écrans 1:54, La Chute de Sparte, Les Faux Tatouages, Charlotte a du fun, Avant qu’on explose, Ailleurs, Wolfe, La Disparition des lucioles, 1991, Une colonie et bientôt, à l’affiche en mars, Dérive et Genèse. Il reste encore à briser certains tabous chez une clientèle cible qui s’abreuve beaucoup à Netflix et qui est plus qu’habituée aux effets spéciaux démesurés des films hollywoodiens pour se divertir. Il faut absolument attiser leur curiosité pour des œuvres qui dépeignent, par le drame et l’humour, leur quotidien, leur réalité québécoise comme on peut le faire dans le réseau scolaire avec nos romans. La qualité de nos films cités plus haut étant au rendez-vous, autant du côté de la réalisation que du côté du talent de nos jeunes acteurs et actrices, il y a lieu d’être optimiste. Soutenir le cinéma de divertissement oui, mais aussi celui qui prend la forme d’un miroir de notre société et de notre jeunesse. Voilà une belle matière à réflexion.

Bande annonce de Mia et le lion blanc, film de clôture du FCEQ.

Mars 2019 en 10 films

Gloria Bell avec Julianne Moore, réalisé par Sebastian Lelio.

Mars est un gros, gros mois de cinéma. Plusieurs productions québécoises débarqueront sur les écrans dont Dérive de David Uloth et Chloé Cinq-Mars, Ca$h Nexus de François Delisle, The Hummingbird Project de Kim Nguyen et Nous sommes Gold d’Éric Morin. Pour toute la famille, il y aura Wonder Park, pour les amateurs de science-fiction Captive State, pour ceux qui veulent rire, Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu? et pour un détour en Espagne, il vous faudra voir Tout le monde le sait. Mais bref, voici les dix titres à voir ce mois-ci.

1-Gloria Bell : Voici une nouvelle version de ce très beau drame chilien que réalise le cinéaste Sebastian Lelio. La magnifique Julianne Moore est Gloria, une femme mature, indépendante et qui flirte à qui mieux mieux dans les bars de Los Angeles. John Turturro et Michael Cera complètent la distribution.

2- Dumbo : Tim Burton revisite ce classique de Disney avec son imagination débordante et une distribution (Eva Green, Colin Farrell, Michael Keaton) enjouée donnant la réplique à un éléphanteau, qui je le rappelle, possède de grandes oreilles qui lui permettent de voler.

3- Sauver ou périr : Pierre Niney incarne avec beaucoup de justesse un père de famille, pompier de carrière, victime d’un violent incendie qui a fait de lui un grand brûlé. Il doit alors se reconstruire physiquement et psychologiquement. Dans le rôle de la conjointe, Anaïs Demoustier est des plus touchantes!

4-Climax : Chaque film de Gaspar Noé est un événement en soi. Loin d’être destinés au grand public, ses films n’en demeurent pas moins des expériences fascinantes et dérangeantes. Ici, sous nos yeux, une troupe de danse vivra intensément une soirée trop arrosée. Musique, délires extatiques et déhanchements au menu. Pour mieux saisir son nouvel univers, il faut le voir et le vivre devant le plus grand écran possible.

5- Les Éternels : Cette saga chinoise (du réalisateur de A Touch of Sin) suit une jeune femme amoureuse d’un gangster et dont la vie tourne entièrement autour du milieu de la petite pègre chinoise. Histoire d’amour sur fond de criminalité avec comme décors la Chine profonde, ce film est aussi étonnant que dépaysant.

6- Captain Marvel (Capitaine Marvel) : Le blockbuster du mois est bien évidemment un autre film de superhéros. On n’y échappe pas. Au moins, après Wonder Woman, on a droit à une autre franchise avec à sa tête une superhéroïne, jouée ici par l’excellente Brie Larson.

7- Avant qu’on explose : Premier long métrage de Rémi St-Michel (originaire de Beauport) qui sous la forme d’une comédie coming of age nous raconte l’anxiété vécu par un adolescent de Baie-Saint-Paul qui craint de mourir puceau alors que la menace d’une Troisième Guerre mondiale pointe à l’horizon. Étienne Galloy joue celui qui tente de perdre sa virginité à tout prix.

8-Genèse : Après Les Démons, Philippe Lesage s’intéresse à nouveau à l’adolescence avec ce drame porté par une ribambelle de jeunes acteurs talentueux comme Théodore Pellerin, Noée Abita, Émilie Bierre et Pier-Luc Funk. En deux heures, le temps d’un été, nous sommes plongés dans le quotidien de personnages découvrant les douloureux premiers sentiments amoureux. GENÈSE est un polaroïd impressionniste qu’il faut voir absolument.

9-Greta : Suspense réalisé par Neil Jordan. Dans GRETA, Chloë Grace Moretz joue le rôle d’une jeune femme qui se lie d’amitié avec une prof de piano attachante et mystérieuse. Isabelle Huppert interprète de façon inquiétante cette dernière avec tout le talent qu’on lui connaît.

10-Us (Nous) : Après Get out, voici le nouveau suspense de Jordan Peele, une histoire de famille en vacances où chacun des membres découvrira son double maléfique. Frissons garantis.

Coralie fait son nid

Revenge, réalisé par Coralie Fargeat.

En voyage à Paris récemment pour une série d’entrevues promotionnelles consacrées aux  films français qui prendront l’affiche ici dans les prochains mois, j’ai eu l’occasion de croiser les cinéastes membres du jury de MyFrenchFilmFestival 2019 dont faisaient partie entre autres le Québécois Kim Nguyen (Rebelle) et le Belge Jaco Van Dormael (Toto le Héros). Au sein du jury se trouvait également Coralie Fargeat, réalisatrice et scénariste âgée de 42 ans qui s’est fait remarquer en 2018 avec la sortie de son premier long métrage, une œuvre féministe sanglante et glaçante titrée Revenge. Son film (sorti en salle à Montréal en 2018) a surpris bien des gens et s’est retrouvé dans la plupart des palmarès de fin d’année consacrés aux longs métrages d’horreur et fantastiques. La cinéaste détonne présentement dans le cinéma de genre, véritable chasse gardée masculine. Voici un résumé de ma rencontre avec une artiste aussi passionnée qu’affirmée et dont il faudra surveiller les prochains projets.

Le Clap : Les films de genre, voire d’horreur français, sont assez rares et ceux réalisés par des femmes le sont encore plus. Il y a eu Grave de Julia Ducournau voilà deux ans et maintenant Revenge que vous venez de signer, deux œuvres très gores. C’est difficile d’arriver à concrétiser ce genre de projets marginaux.

Grave réalisé par Julia Ducournau.

Coralie Fargeat : Oui, effectivement, car l’industrie a une drôle de relation avec ce genre. Les portes ne s’ouvrent pas facilement. Mais là, je sens qu’on surfe sur une belle vague. Le film de genre connaît du succès et ça a été le cas de Revenge et de Grave qui ont tous deux très bien marché à l’international. J’ai profité de l’élan donné par le film de Julie et je sens qu’en France, l’envie de faire ce genre de cinéma, comme aussi La Nuit a dévoré le monde, est réel. Le CNC, l’organisme qui finance nos films, a récemment mis en place une aide financière pour soutenir le genre, ce qui est très bien. Mais encore faut-il que l’institution comprenne cet univers. Ils aiment qu’il y ait une signature d’auteur rattachée à une œuvre. Je comprends l’idée même si, moi, j’aime bien les films moins intellectuels comme ceux de John Carpenter. C’est dans cette lignée que ça devient délicat pour obtenir de l’aide financière. L’arrivée des nouvelles plateformes nous donne aussi un bon coup de main, car les films de genre sont très recherchés dans ce milieu.

LC : L’avenir d’œuvres singulières, violentes, cathartiques, fantastiques, passe-t-il justement par la cohabitation entre les salles de cinéma d’auteur et les plateformes numériques plus nichées?

Coralie Fargeat, réalisatrice.

CF : Absolument. Revenge est sorti en salle, mais dans l’ensemble, les propriétaires de salles sont frileux face à ce type d’histoires. Aux États-Unis, on a battu des records pour les locations en vidéo sur demande, c’est dire qu’il y a un marché pour ça. Ça augmente la durée de vie de notre film.  Mais une sortie uniquement aux plateformes ce n’est pas l’idéal, car ça coupe les rencontres avec la presse lors d’un festival, ça coupe toute l’interaction avec le public regroupé pour voir un film en même temps dans un même lieu. Pour moi, les projections en salle sont encore vitales sinon le film est vite digéré et vite oublié parmi une marre de longs métrages produits en série. Je prône une réelle cohabitation entre la sortie en salle et la sortie numérique et pour les films de genre, c’est d’autant plus vrai et qu’essentiel.

LC : Avez-vous senti qu’en tant que femme qui flirte avec l’horreur, sans pudeur, vous étiez un peu vu comme une intruse?

Near Dark de Kathryn Bigelow.

CF : Oui. On le remarque, car c’est encore inhabituel. Ça l’est encore dans le milieu du cinéma en général hélas. L’horreur lui, est un genre historiquement plus masculin. Hormis Kathryn Bigelow (Near Dark), je n’avais pas vraiment de modèles, mais en même temps, ça m’a permis de me faire remarquer, de me distinguer. Cela dit, regardons les Oscars et on voit encore une fois cette année que les choses évoluent très, très lentement pour les femmes.

LC : Revenge vous a fait connaître et là, inévitablement, on va s’attendre à un autre film du même type de votre part. Ça crée une pression pour votre prochaine réalisation?

CF : C’est une bonne question. Vers où dois-je aller pour mon deuxième film? C’est très difficile, car il y a des attentes et on y réfléchit beaucoup. La seule règle que je me donne, c’est de suivre mes envies profondes. Revenge est un film avec des qualités et des défauts, mais c’est aussi un long métrage vivant, énergique, avec une âme. C’est ça que j’ai encore envie de faire, avec le même élan et possiblement toujours tourné vers l’horreur et le fantastique.

Revenge est présentement disponible ici en DVD ou en VSD.

Une colonie, la nôtre

Une colonie réalisé par Geneviève Dulude-Decelles. Crédit photo Lena Mill-Reuillard & Etienne Roussy

Après plusieurs courts métrages et un documentaire, Bienvenue à F.L. qui se déroulait dans une école secondaire, Geneviève Dulude-De Celles nous raconte avec Une colonie l’histoire de Mylia (jouée par l’excellente Émilie Bierre), une jeune fille de douze ans qui fait son entrée à la polyvalente de sa région. Taciturne, elle anticipe avec une certaine anxiété la rentrée scolaire et sa rencontre avec des jeunes qu’elle ne connaît pas. Ce drame intimiste et touchant, arrive au Cinéma Le Clap le 1er février. Voici ce que sa réalisatrice avait à dire au sujet de son fort beau premier long métrage de fiction.

Pierre Blais : Votre documentaire portait sur la vie des jeunes au secondaire, Une colonie aussi. Il y a un lien évident à faire?

Geneviève Dulude-De Celles : Oui, car j’ai écrit Une colonie en parallèle du tournage de Bienvenue à F.L., donc j’avais en tête cet univers et mes propres expériences vécues à cette époque de ma vie. Tous les jeunes que j’ai rencontrés et mes réflexions sont venus nourrir mon écriture. Je voulais vraiment me rapprocher de quelque chose qui, à l’écran, allait être le plus authentique possible.

PB : L’adolescence des jeunes d’aujourd’hui est-elle similaire à la vôtre?

Émilie Pierre et Geneviève Dulude-Decelles réalisatrice. Crédit photo Julie Caron

GDD : Il y a beaucoup de similitudes entre ce que vivent mes jeunes personnages et ce que j’ai vécu. Même les gens plus vieux que moi se reconnaissent dans la dynamique sociale d’une grande école et dans les cours qu’on y donne. J’ai 32 ans, je suis loin de ce temps-là, et pourtant je sais qu’il y a beaucoup de choses qui sont intemporels. Dans la facture visuelle du film, je voulais justement qu’Une colonie ait une allure intemporelle, sans mette les téléphones cellulaires à l’avant-plan.

PB : La particularité de votre film, c’est aussi qu’on est loin des écoles du centre de Montréal, on est au cœur d’une région rurale.

GDD : Tout à fait, ça se déroule à Pierreville, près de Nicolet et pas tellement loin de Sorel-Tracy, l’endroit où j’ai grandi. C’est un coin où l’on retrouve la communauté des Abénaquis et j’ai donc voulu aussi y faire référence. Les jeunes des villages du coin voyagent en autobus scolaire, font de longs trajets pour se rendre à la polyvalente. Je n’aime pas qu’on idéalise la vie à la campagne, comme si c’était toujours bucolique. Chaque région a ses particularités et je voulais qu’on ressente les grands rangs bordés de maïs, que l’on voit ces villages où les jeunes se retrouvent devant le dépanneur. J’ai fait beaucoup de casting sauvage pour trouver mes jeunes acteurs afin de favoriser le sentiment que mes personnages viennent du coin. Je désirais, de cette façon, aller chercher la couleur locale, l’accent, le style vestimentaire des ados du coin.

Irlande Côté, Émilie Pierre, Jacob Whiteduck-Lavoie. Crédit photo Julie Caron

PB : Comment avez-vous trouvé le titre, quelle signification lui donnez-vous?

GDD : J’y trouve un double sens. Oui, c’est l’histoire d’une jeune fille qui tente de trouver ses repères, mais c’est aussi un reflet de société et de notre ouverture envers l’autre. J’aimais que le titre réfère à un clan, à un groupe et à une colonie de vacances mais aussi à la colonisation et à notre rapport aux Premières Nations.

PB : Le film sort en salle le 1er février. À quoi ressembleront les prochaines semaines pour vous et votre équipe?

GDD : On est très heureux de partir le 7 février pour Berlin, car mon film sera présenté dans la section Generation Kplus du festival, une section consacrée aux longs métrages sur la jeunesse. L’an passé, Les Faux Tatouages de Pascal Plante avait été présenté dans la même section. Ensuite, ce qu’on veut, c’est que le film soit vu par le plus de gens possible, des jeunes surtout. On peut, et je le crois sincèrement, se retrouver facilement dans le parcours de mon héroïne. On tente actuellement d’accompagner le plus possible la diffusion du film un peu partout, car il sera lancé dans des villes comme Joliette, Sorel, Drummondville et Sherbrooke et pas uniquement à Montréal et Québec. On veut aller à la rencontre du public en espérant qu’il soit au rendez-vous.

L’équipe du film sera au Cinéma Le Clap de Sainte-Foy, le dimanche 3 février, pour discuter avec les spectateurs lors la séance prévue à 14 h 10.

Février 2019 en dix titres

Capharnaum de Nadine Libaki.

En ce mois le plus court de l’année et celui de la tenue des Oscars, on sera aussi curieux de voir du Québec Mon ami Walid, Troisième Noces du Belge David Lambert (en coproduction) et Les Routes en février de Katherine Jerkovic ainsi que de France, Edmond, une comédie sur la création de Cyrano au théâtre. Mais bref, voici les dix films principaux dont il faudra surveiller la sortie :

1- Capharnaüm : La Libanaise Nadine Labaki (Caramel) nous offre une nouvelle réalisation troublante sur un enfant qui, ayant rejeté ses parents, doit se débrouiller seul dans les rues de Beyrouth, s’occupant ensuite de subvenir aux besoins d’un bébé en l’absence de sa mère. Ovationné à Cannes où il a reçu en 2018 le Prix du jury, Capharnaüm risque de provoquer un flot de larmes comme Lion l’an passé.

2- Pupille : Ce film signé Jeanne Herry (fille de Miou-Miou et de Julien Clerc) relate toutes les étapes menant à l’adoption d’un jeune enfant en faisant le portrait de tous ceux qui sont impliqués dans le processus : mère biologique, mère adoptive, intervenants des services sociaux, etc. Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche et Élodie Bouchez sont au générique.

3- Avec un sourire, la révolution! : Ce documentaire d’Alexandre Chartrand, qui fait suite au Peuple interdit, met en lumière les efforts des Catalans pour valider leur droit à un référendum sur l’indépendance de leur nation, et ce, face à un gouvernement espagnol intransigeant.

4- Répertoire des villes disparues : On ne sait jamais trop à quoi s’attendre d’un film de Denis Coté. Ici, pour le mieux, il plante sa caméra en milieu rural pour nous raconter une histoire de deuil douloureux qui se transforme en étrange récit de fantômes. Une proposition audacieuse à ne pas rater.

5- 5 Films d’ animation : Difficile d’en choisir un seul car de Miraï, ma petite soeur, en passant par  Astérix : le secret de la potion magique, Alita : Battle Angel, Lego Movie 2 et How To Train Your Dragon 3, les films d’animation destinés à toute la famille seront nombreux ce mois-ci à envahir les écrans. Ça sent la semaine de relâche.

6- Doubles vies : Vincent Macaigne joue un auteur d’autofiction, Juliette Binoche une actrice célèbre et Guillaume Canet un éditeur réfractaire au numérique. Dans cette comédie d’Olivier Assayas, les personnages livrent des dialogues savoureux par l’entremise de scènes drôles et malaisantes. Bref, Tchekhov rencontre Woody Allen dans un univers qui rappelle aussi celui du Déclin de l’empire américain.

7- La Saveur des ramen : Jeune chef réputé au Japon, Masato décide d’aller à Singapour, là où ses parents se sont connus, afin d’en apprendre plus sur ses origines et sur la cuisine locale. Un film aux images gastronomiques qui font saliver à souhait.

8-Fighting With My Family (Lutte en famille): Cette comédie sur une famille de lutteurs met rn vedette Dwayne Johnson. L’intérêt vient de son réalisateur, le Britannique Stephen Merchant, longtemps compère télévisuel de Ricky Gervais misant sur l’humour malaisant.

9- Miss Balle (Miss Bala) : Ce remake d’un polar mexicain fort efficace, sorti en 2011, met en lumière le monde interlope de Tijuana à travers le destin de Gloria qui, une fois sur place, recherche sa meilleure amie récemment disparue. Catherine Hardwicke est aux commandes du long métrage.

10- Une colonie : Ce drame québécois touchant mise sur des acteurs adolescents au grand naturel devant l’écran. Réalisé par Geneviève Dulude-De Celles, Une colonie raconte l’arrivée au secondaire de Mylia dans une polyvalente située en plein cœur d’une région rurale. Un coming of age movie beau et sensible, une vraie belle surprise en ce début d’année.

Plonger dans La Grande Noirceur

La Grande Noirceur, film réalisé par Maxime Giroux.

La Grande Noirceur, c’est le titre du quatrième long métrage de Maxime Giroux. Un film qui prend l’affiche le 25 janvier et qui fait suite au beau succès obtenu avec son précédent, Félix et Meira, drame doux et amer portant sur une romance compliquée entre un Québécois pure laine et une Juive hassidique. Malgré le succès critique de ce dernier, film qui avait fait le tour du monde dans les différents festivals de cinéma, le réalisateur s’est vu refuser par la SODEC le financement de son prochain long métrage. En compagnie de Simon Lavoie et d’Alexandre Laferrière, Maxime s’est alors lancé dans l’écriture d’un nouveau projet qu’il allait réaliser dans l’urgence, portant le titre de La Grande Noirceur. 

Voici ce que le cinéaste avait à nous dire au sujet de sa nouvelle production au propos sombre et aux images lumineuses d’une Amérique en perte de repères.

Le Clap : Votre film, qui met à nouveau en vedette Martin Dubreuil dans le rôle principal (aux côtés de Romain Duris et Reda Kateb), est le résultat direct du refus de la SODEC de financer un autre projet de film, non?

Maxime Giroux, cinéaste.

Maxime Giroux : Tout à fait. Je ne suis ni le premier ni le dernier à essuyer un refus de la SODEC mais oui, ça m’a poussé à faire La Grande Noirceur avec une énergie nouvelle, un très petit budget et une petite équipe pour m’appuyer. On désirait le tourner rapidement, car après les trois refus de financement de l’institution, je ne voulais pas retourner dans un processus de deux, trois, voire quatre ans pour lancer un autre projet de film. Félix et Meira  a gagné plein de prix. J’avais envie qu’on me fasse confiance, mais ce n’est pas arrivé, alors tant pis. Comme cinéaste, j’aime tourner et j’ai eu la chance d’avoir l’appui de Téléfilm Canada. Tout s’est emboîté très rapidement par la suite pour concrétiser le tournage.

Le Clap : En centrant l’histoire sur le personnage de Philippe, un déserteur qui fuit la conscription en participant à un concours d’imitateurs de Charlie Chaplin dans le fin fond des États-Unis que vouliez-vous dire?

Martin Dubreuil dans La Grande Noirceur.

MG : Je voulais établir un parallèle avec l’ère Trump. On voulait faire un film déstabilisant, ancré dans l’actualité malgré le contexte historique du récit. Ça commence avec un discours de Charlie Chaplin pour The Great Dictator et l’intolérance qu’il dénonçait jadis, bien on est encore dedans aujourd’hui, comme si presque rien n’avait changé. On pense à fermer les frontières, c’est un constat d’échec à l’échelle mondiale. L’humain semble avoir besoin du pouvoir et de la violence qui s’incarnent dans mon film par les personnages étranges que Philippe croise sur sa route. Notre scénario est le résultat d’une pensée critique face à l’ère dans laquelle l’Amérique et le monde occidental semblent plongés actuellement.

Le Clap : Votre film est assez glauque dans son ensemble et ça peut déstabiliser plus d’un, non?

La Grande Noirceur de Maxime Giroux, avec Martin Dubreuil.

MG : Effectivement et je l’assume. Il est fataliste et pas très porteur d’espoir. Le seul qui rêve, c’est le vendeur qui mise que sur le capitalisme, c’est dire. Le Québec a longtemps échappé à un système porté vers le capitalisme sauvage qui lui provient du modèle anglo-saxon. Et là, ça nous rattrape littéralement. On joue cette game. Le Québéc inc., pour moi, c’est une dérive et ça nous fait perdre notre identité profonde. L’imitation de Chaplin, c’est notre perte d’identité culturelle, le tout filmé dans des décors naturels de la Californie et du Nevada. On n’a rien changé. Ce qu’on voit dans le film, c’est l’Amérique d’hier, mais qui est encore là aujourd’hui. On a filmé une ville décrépie qui a déjà été la plus riche au monde lors de la ruée vers l’or.

Le Clap : Quelles sont vos attentes avec La Grande Noirceur?

MG : Je suis conscient que mon film peut faire un peu chier le public et qu’il n’est pas très vendeur dans son ton. Mais j’avais envie de brasser les spectateurs. Le cinéma, indépendant du moins, c’est le dernier endroit où on peut se permettre d’être encore audacieux. Ceux qui voient mon film l’aiment ou le détestent. Il a le mérite de ne laisser personne indifférent et j’en suis très content. C’est important de faire des œuvres avec une signature forte et éviter de toujours réconforter le spectateur.

Le prochain long métrage de Maxime Giroux est en demande de financement, une fois de plus, et racontera l’histoire du scandale financier de Norbourg et de Vincent Lacroix. Le film sera à vocation plus commerciale, à plus gros budget, et mettra en vedette Alexandre Landry et Vincent-Guillaume Otis.

Janvier 2019 en dix films

Border réalisé par Ali Abbasi

Janvier, premier mois de l’année, mois qui nous donne du temps pour les films qu’on n’a pas eu le temps de voir avec la multitude de titres ayant pris l’affiche durant le temps des Fêtes. Mais plusieurs nouveautés pas piquées des vers seront aussi lancées durant ce mois. Alors, voici les dix titres à surveiller en priorité pour janvier 2019.

– Border : Cette coproduction entre le Danemark et la Suède est l’une des plus belles et des plus étranges réalisations des derniers mois. Ali Abbasi a concocté un film touchant et angoissant, alliant les belles qualités du thriller et du drame fantastique. On est encore sous le choc.

La Grande Noirceur : Martin Dubreuil joue un imitateur de Charlie Chaplin fuyant la conscription et qui rencontre au fin fond des États-Unis deux Français (joués par Romain Duris et Reda Kateb) peu catholiques. Ce film de Maxime Giroux à l’atmosphère étrange est un exercice de style aussi beau qu’audacieux.

If Beale Street Coud Talk (Si Beale Street pouvait parler) : Après Moonlight, Barry Jenkins accouche d’un film revendicateur, humaniste et romantique à la fois, tiré de l’œuvre de James Baldwin. À voir!

Glass (Verre) : M. Night Shyamalan mélange ici les anti-héros de deux de ses films, Unbreakable et Split. Ainsi, Samuel L. Jackson, Bruce Willis et James McAvoy vont s’affronter dans ce film fantastique que plusieurs attendent avec impatience.

Malek : Guy Édoin lance son quatrième long métrage, adaptant le roman Le Cafard de Rawi Hage portant sur le malaise d’un Libanais qui, après un hiver à Montréal, tente de sortir de sa dépression avec l’aide d’une amoureuse et d’une psychologue. On est curieux de voir le résultat de ce film qui se fait attendre depuis un an.

Destroyer : Ce mois-ci, Nicole Kidman jouera dans Upsideremake d’Intouchables et aussi dans Destroyer, un thriller où sa performance serait incroyable. Transformée physiquement, elle y incarne une agente spéciale qui doit faire face au gang californien qu’elle avait infiltré des années plus tôt.

Des histoires inventées : Signé Jean-Marc E. Roy, ce documentaire, comme on en voit rarement, rend hommage à son sujet avec une immense inventivité. Et le sujet ici, c’est le réalisateur André Forcier, l’homme à la filmographie la plus singulière du cinéma québécois.

Stan & Ollie : Une biographie sur le duo le plus drôle de l’histoire du cinéma, il était temps. Steve Coogan et John C. Reilly incarnent Laurel et Hardy. Et on a hâte de voir le résultat sur grand écran.

On the Basis of Sex (Une femme d’exception) : Long métrage biographique qui raconte le combat de l’avocate Ruth Bader Ginsburg contre la discrimination faite aux femmes. Felicity Jones et Armie Hammer se donnent la réplique dans cette réalisation de Mimi Leder (Girlfight).

Cold War (La Guerre froide) : Pawel Pawlikoski, le réalisateur polonais derrière Ida, est de retour avec un autre long métrage tourné en noir et blanc. Son film raconte la sombre histoire d’amour entre un musicien et sa muse dans les années 50, deux Polonais qui tentent de fuir le communisme pendant une tournée.

2018 en dix titres

Comme à chaque fin d’année, il est amusant de faire le palmarès de nos coups de cœur. 2018 n’a pas été une année meilleure ni moins bonne que les autres. Elle a été parsemée de productions diversifiées, d’origines diverses et de films québécois étonnants en ce qui me concerne. Je vous rappelle qu’environ 400 nouveaux longs métrages se retrouvent dans nos salles de cinéma bon an, mal an. Dans le désordre, voici donc les 10 titres qui m’ont le plus marqué au cours des 12 derniers mois.

1- Phantom Thread : Paul Thomas Anderson a réalisé plusieurs très bons films. Celui-ci est définitivement mon préféré de sa déjà fort belle filmographie. Chaque scène de Phantom Thread démontre tout le doigté du cinéaste. Son talent est palpable dans chaque plan, dans chaque geste des personnages. Dans le rôle principal du tailleur, Daniel Day-Lewis termine sa carrière sur une très, très haute note!

2- À tous ceux qui ne me lisent pas : Yan Giroux réalise un premier long métrage touchant, qui réussit à parler de poésie avec beaucoup d’adresse. Martin Dubreuil y trouve le rôle de sa vie. Un film qui nous habite longtemps.

Chien de garde réalisé par Sophie Dupuis.

3- Chien de garde : Personne ne s’attendait à ce que Sophie Dupuis, avec ce premier long métrage, accouche d’un film intense comme celui-ci. Théodore Pellerin et Maude Guérin sont stupéfiants dans ce drame que l’on peut considérer comme le moment fort du cinéma québécois de 2018.

4- The Disaster Artist : Définitivement la comédie la plus drôle de 2018. Œuvre très référencée puisque pastichant (à peine) le tournage du cultissime navet The Room, ce film de James Franco est un petit bijou dans le genre.

5- Border : Sorti uniquement à Montréal en novembre, prévu au Clap en janvier, cette coproduction entre le Danemark et la Suède est l’une des plus belles et des plus étranges réalisations des derniers mois. Ali Abbasi a concocté un film touchant, épeurant, qui allie les belles qualités du thriller et du drame fantastique. On est encore sous le choc.

6- Le Redoutable : La relation douce et toxique entre Anne Wiazemsky et Jean-Luc Godard mise en scène dans un film aux couleurs de la Nouvelle Vague. Drôle et beau ! Réalisation : Michel Hazanavicius.

7- Qu’importe la gravité : Ce documentaire québécois est passé rapidement à Québec, mais c’est assurément mon coup de cœur dans cette catégorie en 2018. Deux Québécois dans la soixantaine entretiennent une relation particulière et entendent réaliser ensemble le rêve de l’un d’eux, soit de voler. Réalisation : Matthieu Brouillard.

8- Vice : Ce biopic sur Dick Cheney est jouissif. La réalisation est inventive à souhait et les acteurs, transformés, s’en donnent à cœur joie. Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell et Sam Rockwell sont tout simplement formidables. Réalisation : Adam McKay.

9- BlacKkKlansman : Le grand retour de Spike Lee. Un film d’actualité, prenant, revendicateur et aussi fort divertissant. John David Washington et Adam Driver se complètent à merveille dans les deux premiers rôles d’enquêteurs infiltrateurs du Ku Klux Klan.

10- First Reformed : Paul Schrader a réalisé une œuvre puissante sur la foi, la culpabilité et le sentiment que l’humanité touche à sa fin. Ethan Hawke est remarquable dans le rôle d’un prêtre hanté par son passé, dépassé par les événements et qui tente de garder la foi.

First Reformed de Paul Schrader avec Ethan Hawke.

Dans mon top 20, ces titres auraient trouvé leur place : L’Atelier, First Man, Suspiria, Une femme fantastique, L’Insulte, A Quiet Place, Isle of Dogs, You Were Never Really Here, The Rider et Mandy.

Cinq films à rattraper : Sorry to Bother you, A Star is Born, Three Identical Etrangers, Green Book, If Beale Street Could Talk (qui sortira à Québec début janvier).

Michel Ocelot anime le Paris d’antan

Michel Ocelot est un nom trop peu connu des amateurs de films pour enfants malgré son expérience et son expertise dans le domaine. Pourtant, quel parent le moindrement curieux n’a pas emmené un enfant voir l’un de ses trois longs métrages mettant en scène le personnage de Kirikou ou encore n’est pas tombé sur la diffusion de ses œuvres à la télé durant la période des Fêtes? Le réalisateur français, aujourd’hui âgé de 75 ans, était de passage au Québec récemment pour faire la promotion de son nouveau long métrage d’animation, Dilili à Paris (en salle dès le 21 décembre). Voici ce qu’il avait à dire sur cette histoire d’une jeune immigrante à Paris au début du XXe siècle qui mènera, aux côtés d’Orel son compagnon se déplaçant en triporteur, une enquête sur des fillettes qui ont disparu mystérieusement.

Q : D’où vient le prénom de votre jeune héroïne, Dilili, aussi singulier et exotique que Kirikou?

Michel Ocelot, réalisateur

R: Je cherchais un prénom avec des syllabes qui auraient une belle consonance. C’est un exercice très difficile d’en trouver un qui n’existe pas encore. Il fallait de plus qu’on puisse l’associer à la culture kanake de la Nouvelle-Calédonie puisque ce sont les origines de Dilili.

Q : Votre film met en scène des personnages animés évoluant dans des décors qui sont en réalité des photos de Paris. Le tout donne un côté réaliste et nostalgique à votre film. Était-ce un défi technique plus grand?

R : On me pose souvent la question et j’étonne tout le monde en disant qu’au contraire, l’intégration des photos que j’ai moi-même prises de Paris a facilité la production. Ça allégeait la confection au final. L’idée derrière tout ça, c’était aussi de bien balancer cet univers sombre d’enlèvements avec un décor plus lumineux, plus inspirant. Je voulais faire un beau film qui parle de choses graves, car je crois toujours en l’humanité.

Q : Vous semblez prendre un malin plaisir à intégrer au récit de nombreuses figures populaires de l’époque (Marie Curie, Colette, Toulouse-Lautrec, Camille Claudel, Erik Satie). Qu’est-ce qui vous charmait dans cette idée?

R : Quand on explore cette période, on se rend compte qu’il y avait des génies à tous les coins de rue. Tout était à inventer, c’était une époque très florissante en arts, en littérature, en peinture, en sciences. Les célébrités qui se retrouvent dans mon film, je les aime. C’était très motivant de faire leurs portraits. Et ce qui est pratique, ils sont tous morts, donc personne n’a refusé d’apparaître dans mon film (rire).

Q : C’est seulement votre cinquième long métrage alors que Claude Chabrol, lui, par exemple, en réalisait cinq par année et…

R : Je vous interromps car là, vous retournez le fer dans la plaie, je vous promets que le prochain, je vais le faire très vite (rire).

Q : Le cinéma d’animation en Europe nous apparaît original, brillant et très vivant avec vos films, mais aussi avec des productions comme La Tortue rouge et Ma vie de Courgette. Est-ce quand même encore difficile de faire aboutir de tels films en 2018?

R : Il ne faut pas trop pavoiser, car le financement est toujours difficile à trouver. Le public est volage et dressé à aller voir les films américains. Mais c’est vrai, il y a de très beaux longs métrages d’animation européens qui ont été réalisés ces dernières années. Mais l’idée, c’est d’en faire le plus possible pour acquérir une expertise et toujours de meilleurs pour gagner le public.