Juin 2019 en dix titres

En juin, la quatrième mouture des Hommes en noir prendra l’affiche pendant qu’on assistera au retour de la poupée maléfique Chucky. Rien pour écrire à sa mère direz-vous, mais attention, voici dix longs métrages qui font saliver et qui prendront aussi l’affiche en juin.

1- Toy Story 4 (Histoire de jouets 4) : Que dire sinon que les trois premiers sont formidables et que le quatrième se doit de l’être tout autant!

2- La Femme de mon frère : Premier long métrage réalisé par Monia Chokri, le film relate la relation fusionnelle entre une sœur (Anne-Élisabeth Bossé) et son frère (Patrick Hivon) et le dérapage qui survient lorsque ce dernier tombe amoureux… d’une autre femme. La rumeur cannoise est très favorable concernant cette curieuse comédie.

3- X-Men: Dark Phoenix (X-Men : phénix noir) : Un cycle se termine avec cette nouvelle aventure des X-Men (tournée à Montréal) qui se concentre sur le pouvoir démentiel de Jean Grey. Avouons-le, cette équipe de superhéros mutants a un potentiel cinématographique fort grand, peut-être plus que celui des Avengers ou des Fantastic Four.

4- Les Drapeaux de papier : Un homme sort de prison et trouve refuge chez sa sœur. Il doit maintenant réapprendre à vivre en société, chose qui ne sera pas facile. Un film brut, émotif, réalisé par un jeune cinéaste de dix-neuf ans à peine et dans lequel Guillaume Gouix offre une performance inoubliable.

5- Mon garçon : Guillaume Canet joue le justicier prêt à tout pour sauver son jeune fils kidnappé. Le film a été tourné sans scénario et le résultat est franchement étonnant. Un suspense qui, malgré les clichés du genre, nous tient en haleine durant 85 minutes.

6- Nous finirons ensemble : La suite des Petits Mouchoirs connaît un succès monstre en France. Il fallait s’y attendre, le premier ayant cartonné tout autant. Cela dit, on parle ici d’un The Big Chill à la française, un plaisir coupable estival sur des bobos aussi touchants que détestables.

7- The Dead Don’t Die (Les Morts ne meurent pas) : Jim Jarmusch se lance dans la comédie d’horreur loufoque avec ce film de zombies à la distribution éclatée où Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton et même Iggy Pop semblent en faire des tonnes. On est vraiment très curieux de voir le résultat de tout ça.

Bill Murray, Adam Driver et Tilda Swinton dans The Dead Don’t Die.

8- Dogman : Matteo Garrone s’intéresse au destin d’un toiletteur pour chien qui flirte pour son plus grand malheur avec le milieu interlope au cœur d’une ville portuaire italienne malfamée. Du cinéma inspiré par les grands drames sociaux italiens des années 70.

9- Anna : Luc Besson retourne derrière la caméra pour ce drame tournant autour d’une super espionne mystérieuse et invincible. C’est l’occasion pour le réalisateur de démontrer tout son savoir-faire dans le film d’action lui qui, depuis quelques années déjà, a perdu de sa superbe en lançant de multiples productions génériques sans relief. Si avec Anna nous retrouvons le Besson de Nikita et de Léon, ce sera vraiment pour le mieux.

10- Yesterday : Dans cette réalisation signée Danny Boyle, un musicien, victime d’un coma, se réveille dans un monde où les Beatles n’ont jamais existé. Et s’il en profitait pour lancer à son compte leurs succès désormais méconnus de toute l’humanité? La prémisse est très amusante et Boyle est encore capable de nous divertir à souhait.

La direction photo made in Québec

         

Lors de la prochaine soirée du Gala Québec Cinéma qui récompensera avec ses prix Iris les meilleurs films québécois sortis lors des douze derniers mois ainsi que les artisans derrière ces productions, on rendra hommage au directeur photo Pierre Mignot. Cet hommage mérité doit être souligné, car trop souvent on tend à oublier le travail de ces hommes et de ces femmes derrières la caméra. Quand on met en lumière l’excellence d’une œuvre au cinéma, on parle avec raison des acteurs et actrices, du cinéaste, parfois du compositeur de la musique, mais rarement du directeur photo ou des autres spécialistes de plateaux comme les éclairagistes, les preneurs de son, les décorateurs et les maquilleurs.

Pierre Mignot, directeur photo.

Le fait de souligner le brio de Pierre Mignot tend à attirer notre attention sur l’un des métiers les plus importants du 7e art, celui qui sert à imager un film, à lui donner une signature visuelle. Pierre Mignot (50 ans de carrière, 130 productions signées) a travaillé avec de nombreux réalisateurs tels que Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y.), Denys Arcand et aussi Robert Lepage, Léa Pool et les défunts Robert Altman, Jean Beaudin et Gilles Carle. Tout récemment, Mignot travaillait avec Louis Bélanger pour son nouveau long métrage Vivre à cent à l’heure. Parmi les directeurs photo d’importance au Québec, citons les vétérans Michel Brault, Jean-Claude Labrecque, Guy Dufaux, Pierre Gill, Alain Dostie, Martin Leclerc, Robert Morin, Michel La Veaux et Yves Bélanger. Plus récemment, on a remarqué le travail formidable effectué par Sara Mishara, Nicolas Canniccioni, Jérôme Sabourin, André Turpin, Claudine Sauvé, Jessica Lee Gagné, François Gamache, Mathieu Laverdière et Nicolas Bolduc pour ne nommer qu’eux. Bref, c’est une fort belle initiative du milieu que de rendre hommage au talent d’un directeur photo très talentueux. Le gala sera télédiffusé à Radio-Canada le 2 juin prochain.

Toujours dans le domaine du cinéma québécois, le calendrier des sorties de films fait encore jaser. Ce printemps, les mois de mai et juin sont presque entièrement dépourvus de longs métrages québécois de fiction. La seule exception, La Femme de mon frère réalisé par l’actrice Monia Chokri. Pourtant, près de 40 productions locales sortent dans le courant de l’année. La question qui se pose : pourquoi se priver de cette période de l’année et sortir la majorité de nos fictions en février et mars puis en octobre et novembre. Cette année, quatre titres sont annoncés en juillet et août, ce qui est déjà mieux qu’au printemps. Les sorties prévues sont celles de MenteurCuba Merci GraciasFabuleuses et Jeune Juliette.

L’action reprendra en force à l’automne avec l’arrivée des festivals et des sorties prévues chaque semaine en octobre et novembre, créant une congestion inévitable et donnant l’impression que nos films se cannibalisent entre eux. Quand on scrute les raisons possibles qui poussent les distributeurs à créer un tel débalancement au calendrier, on cite la promotion entourant la sortie des blockbusters américains, l’attention portée aux films présentés à Cannes et les visées d’être sélectionné dans un festival d’importance comme Venise, Toronto, Telluride et le FNC. Avec le printemps pluvieux que nous connaissons, je crois qu’un film d’ici aurait très bien pu se faire une place dans nos salles. Mai devrait être un mois phare pour le cinéma d’ici et donner le ton à ceux qui veulent se mette autre chose sous la dent qu’un xième film de superhéros. Il y a une clientèle pour ça, il faudrait s’en préoccuper?

FABULEUSES bande-annonce from Go Films on Vimeo.

Ah! Cannes, y a de quoi rêver!

Le Festival de Cannes 2019 est lancé et on peut déjà saliver à l’idée de voir les nombreuses productions qui y sont présentées en primeur et qui prendront l’affiche ici dans les prochains mois. La compétition, de l’avis général, est très relevée cette année.

Matthias et Maxime de Xavier Dolan.

Évidemment, il y a les titres québécois comme Matthias et Maxime de Xavier Dolan, La Femme de mon frère de Monia Chokri (en salle au début du mois de juin) et It Must Be Heaven d’Elia Suleiman (en coproduction) qui se retrouveront bien sûr au Clap. Il y aussi le film d’ouverture, la comédie d’horreur de Jim Jarmusch, The Dead Don’t Die, qui sera à l’affiche ici à la mi-juin ou encore le Tarantino prévu à la fin du mois de juillet. On sait également qu’Alice et le maire avec Fabrice Luchini et Hors normes avec Vincent Cassel, film réalisé par le tandem derrière Intouchables, seront distribués sur notre territoire.

Nous pouvons avec confiance prévoir la sortie au Québec de Douleur et gloire, le nouveau Pedro Almodóvar, de Frankie avec Isabelle Huppert, de A Hidden Life de Terrence Malick, du Daim avec Jean Dujardin, du Jeune Ahmed des frères Dardenne et The Lighthouse, film d’horreur en noir et blanc avec Willem Dafoe et Robert Pattinson en marins aux mines patibulaires,

Mais, là où nous vivons d’espoir, c’est pour la seconde partie de la comédie musicale sur Jeanne d’Arc de Bruno Dumont,  le deuxième volet de Mektoub, my Love de Kechiche et pour le Claude Lelouch revisitant 50 ans plus tard Un homme et une femme avec Les Plus Belles Années d’une vie. Leurs sorties ne seront pas systématiques au Québec puisque les films précédents de ces cinéastes n’ont même pas été présentés dans nos cinémas.

Sur une note plus positive, on surveillera attentivement les œuvres qui causeront la surprise surtout dans les sections parallèles de la compétition (Un certain regard, la Semaine de la critique, la Quinzaine des réalisateurs) et qui seront achetées par nos distributeurs à l’affût de nouveaux talents. Ces films nous donneront un bel aperçu du 7e art mondial actuel et de la couleur que prendra 2019 d’un point de vue cinématographique.

Brad Pitt et Leonardo DiCaprio dans Once Upon a Time in Hollywood de Quentin Tarantino.

Fluide comme Éric Falardeau

Éric Falardeau peut avoir l’air d’un cas à part dans le milieu du cinéma au Québec, lui qui navigue entre la réalisation, l’écriture et l’enseignement. La raison, sa curiosité maladive et son intérêt pointu pour les courants marginaux qui constituent aux yeux de plusieurs le côté plus scabreux de l’univers du septième art. La spécialité d’Éric Falardeau, c’est l’horreur, les effets spéciaux, l’érotisme, la porno et… les fluides. C’est d’ailleurs ce dernier élément qui pique aujourd’hui notre curiosité, car il est au cœur de son nouvel essai intitulé Le Corps souillé : gore, pornographie et fluides corporels, un livre paru récemment aux éditions L’instant même dans la collection « L’instant ciné ». Entrevue avec un passionné d’un cinéma de l’extrême.

Pierre Blais : Éric, comment vous présentez-vous?

Éric Falardeau : Eh bien, je suis avant tout un réalisateur. En 2013, j’ai réalisé un long métrage d’horreur québécois, Thanatomorphose, film qui a fait plusieurs festivals. Depuis, j’ai publié trois livres, l’un, collectif, sur le phénomène Bleu Nuit de TQS, un second sur l’histoire des effets spéciaux au Québec et récemment Le Corps souillé. Finalement, je suis aussi chargé de cours en cinéma, notamment à l’UQAM.

PB : Votre plus récent ouvrage provient d’un travail de recherche qui est devenu votre mémoire de maîtrise à l’Université de Montréal. L’idée principale qui gravite autour des fluides corporels au cinéma, comment vous est-elle venue?

ÉF : Je suis fan des films qui reposent sur l’utilisation de l’image et du son plutôt que sur les dialogues. J’aime donc beaucoup le cinéma d’horreur et le cinéma pornographique qui misent énormément là-dessus. On tend à oublier le pouvoir d’émerveillement de l’image en mouvement et dans l’horreur et le porno, on touche beaucoup à ça. Inévitablement, mon discours s’élabore autour du concept d’Éros et Thanatos. Ce sont les deux côtés d’une même médaille pour moi.

PB : On touche aux tabous quand on écrit sur l’horreur gore et la porno, sur le sang et le sperme, sur les fluides corporels qui éclaboussent dans ces films, non?

ÉF : Absolument, car on aborde des sujets qui touchent la morale. Avec ces genres cinématographiques, on se retrouve très loin de tout ce qui codifie l’industrie mainstream du grand écran. Le gore et la porno, ce sont des phénomènes qui paraissent irrationnels, car c’est du cinéma qui nous bouscule, qui provoque de fortes réactions chez le spectateur, qui nous met en contact avec nos pulsions les plus primaires et tout ça peut prendre une forme cathartique provoquée par la violence et le sexe et leur représentation à l’écran. Les fluides vus dans ces films, c’est ce qu’il y a de plus trivial dans notre rapport au corps humain et c’est ce qui me fascine.

Éric Falardeau, auteur, réalisateur, conférencier, enseignant.

PB : Le cinéma gore montre beaucoup du sang, d’entrailles et le porno, lui, utilise le sperme comme aboutissement d’une relation sexuelle explicite. On peut penser que c’est du cinéma qui montre beaucoup mais qui raconte peu, non?

ÉF : Oui, ce n’est pas le propre de ces productions de raconter une histoire ou du moins d’en faire une priorité. On veut nous montrer des corps qui se rencontrent et le parallèle est le gore et la porno dans leur mécanisme porte à réflexion. En apparence, on trouve tout ça très limité et pourtant quand on s’attarde aux codes du gore et du porno, on découvre des éléments captivants dont principalement l’importance de la mise en images des fluides corporels à l’écran. Le paradoxe vient aussi de la façon dont on regarde le cinéma porno et gore, on aime les voir comme des branches très marginales du cinéma en niant par la bande leur grande popularité.

PB : Votre livre souligne avec raison l’importance des films du cinéaste canadien David Cronenberg dans votre recherche. Les effets gore sont nombreux dans plusieurs de ses films et surtout, le corps est au cœur de plusieurs de ses œuvres.

James Woods dans Videodrome de David Cronenberg.

ÉF : Oui, le genre qualifié de body horror se définit grâce à son cinéma. Son importance est immense, pensons à Rabid, Videodrome, The Fly, Crash, eXistenZ. Cronenberg parle constamment de nos pulsions, des dérèglements du corps, de l’opposition entre sexualité et violence. Il est aussi très fort dans son approche psychanalytique, surtout dans ses derniers films. Ce qu’il nous montre, c’est très esthétique, c’est de l’entomologie. Il a une signature et une intelligence qui, au fil du temps, ont forgé une aura de légitimité autour de ses œuvres.

PB : Vous-même, Éric, trouve-t-on votre discours légitime ou tend-on à lever le nez sur vos travaux, votre discours sur le gore et la porno?

ÉF : Je pense que je réussis à susciter au moins la curiosité avec mes livres, mais on me demande encore souvent pourquoi je m’intéresse à ça. J’aimerais qu’on intègre mieux l’horreur et la porno dans les grands courants cinématographiques. Oui, le porno a ses mauvais côté, mais il est là pour rester, alors parlons-en! Heureusement, les choses changent petit à petit et ça nous permettra de mieux comprendre le phénomène, de discuter intelligemment sur ces genres dans les années à venir.

PB : Que doit-on retenir de votre ouvrage hormis l’analyse surprenante autour des fluides et les liens qui unissent le gore et la porno à travers des œuvres, des créateurs et des courants?

ÉF : Je dirais qu’il faut retenir que le gore et la porno, ce sont des phénomènes existentialistes. Ça nous amène à nous questionner sur ce qu’on aime ou non, c’est un miroir et parfois le reflet qu’il nous renvoie n’est pas rose, et cette réflexion est pour moi des plus intéressantes.

PB : Votre prochain livre, à quoi s’intéressera-t-il?

ÉF : Je suis en train de préparer avec deux amies un ouvrage sur le cinéma porno québécois. La porno légale made in Québec est arrivée en 1994 environ. Nous voulons réfléchir dans ce prochain essai à l’aspect identitaire du porno québécois. J’ai aussi un projet qui touche à la musique au cinéma. Niveau réalisation, je viens de tourner un vidéoclip et je suis en développement de mon 2e long métrage !  »

 

Mai 2019 en dix titres

Sur les toits Havane réalisé par Pedro Ruiz

Mai 2019, c’est un mois où on s’étonne tout d’abord de l’absence totale de fictions québécoises au calendrier. Sinon, dans l’agenda, on remarque la sortie de plusieurs comédies françaises : Mon bébé, Chamboultout, Jusqu’ici tout va bien. Puis, on prend un air suspicieux concernant certains titres comme Aladdin de Guy Ritchie, Rocketman sur la vie d’Elton John et le retour de Godzilla (en avons-nous vraiment besoin?). Enfin, et il faut aussi le souligner fort, c’est le Mois du documentaire au Clap. Sinon, voici les dix films à surveiller durant le mois de Marie.

1- Sur les toits Havane : Assurément le documentaire à ne pas manquer ce mois-ci, et ce, pour voir une autre perspective d’une des plus belles capitales au monde et pour découvrir les Cubains qui habitent dans les hauteurs de ses édifices. Cette réalisation du Québécois d’adoption Pedro Ruiz vaut vraiment le coup d’œil.

2- Noureev (The White Crow) : L’acteur Ralph Fiennes met en scène ce drame biographique sur le célèbre danseur de ballet russe, Rudolf Noureev. Le long métrage reconstitue le voyage à Paris du danseur en 1961, lui qui, surveillé de près par le KGB, tentera de passer à l’Ouest.

3- Monsieur : Cette coproduction indienne est un véritable petit bijou. Drame romantique et social à la fois, le film relate la relation difficile entre un bourgeois et sa servante. Le système des castes en Inde est ici critiqué à travers une histoire d’amour très touchante et pas kitsch pour deux sous.

4- Sofia : La femme qui donne son nom au film est enceinte d’un jeune homme qui ne l’aime pas. Mais au Maroc, les règles sont strictes. Un enfant doit être reconnu par ses géniteurs et un mariage arrangé peut alors à lui seul sauver l’honneur des deux familles impliquées. Un film dur et bouleversant.

5- Asako I & II : Ryusuke Hamaguchi nous offre une histoire d’amour intrigante, celle d’Asako, une jeune Japonaise qui tombera amoureuse tour à tour de deux garçons identiques. Un film mis en scène avec un savoir-faire épatant.

6- John Wick: Chapter 3 – Parabellum : John Wick, c’est le véritable plaisir coupable du mois de mai. Keanu Reeves est de retour pour une troisième fois dans la peau du tueur à gages le plus cool du grand écran.

7- Ad Astra : Un ingénieur se lance dans un voyage à travers le système solaire pour retrouver son père disparu voilà vingt ans lors d’une mission spatiale autour de Neptune. James Gray réalise, Brad Pitt et Tommy Lee Jones jouent le fils et le père en question.

8- Tolkien : On a hâte de voir cette biographie portant sur la jeunesse de J.R.R. Tolkien, et ce, même si la famille du défunt s’oppose au projet depuis son tout début. Nicholas Hoult joue le mythique romancier britannique lors de sa jeunesse et de ses premiers pas dans l’écriture.

9- Brightburn (Brightburn – L’enfant du mal) : Un long métrage d’horreur qui suscite bien des attentes, car il reprend la prémisse de l’arrivée de Superman sur Terre. Mais bref, les films de peur avec un enfant, c’est souvent gagnant. On achète.

10- Leto (L’Été) : Voilà une comédie musicale et romantique recréant la vie à Leningrad au début des années 80 et montrant l’ébullition du milieu rock soviétique de l’époque. La mise en scène du cinéaste Kirill Serebrennikov est réjouissante, imaginative, et rappelle celle de Hedwig and the Angry Inch. Elle nous donne en plus envie de chanter dans les lieux publics. Un incontournable du printemps.

Ça marche Pontiac!

Mad Dog Labine est le premier long métrage coréalisé par Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard. Prenant la forme d’une docufiction qui alterne entre les scènes du quotidien des résidants de la région du Pontiac et une intrigue amusante autour de deux jeunes filles qui ont sous la main un gratteux qui vaut de l’or, le film nous fait connaître une région méconnue de l’ensemble des Québécois, une contrée située entre l’Outaouais et l’Abitibi-Témiscamingue. Les deux cinéastes nous ont parlé de leur film qui, depuis sa sortie, suscite de fort belles réactions par sa spontanéité et sa liberté de ton.

Pierre Blais : Votre film semble sortir un peu de nulle part, non?

Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard : C’est vrai. En tournant à l’extérieur de Montréal, avec un tout petit budget et de façon un peu confidentielle, ça donne cette impression. C’est grâce au Festival du nouveau cinéma que l’effet s’est fait sentir, que notre film a fait parler de lui. Le public réagissait super bien. On y a même gagné un prix.

PB : Cette région du Pontiac m’apparaît comme très méconnue des Québécois. Est-ce pour cette raison que vous y avez tourné?

Renaud Lessard et Jonathan Beaulieu-Cyr, réalisateurs.

JBC et RL : Jonathan est originaire du Témiscamingue et moi d’Aylmer en Outaouais. On était fasciné par ce coin du Québec et en même temps très ignorants face à cette région. Une fois sur place pour tourner notre film, on a adopté une approche très collaborative avec les gens du coin, surtout les jeunes. L’accueil a été formidable. Les gens se sont mis en état de vulnérabilité et ont collaboré de façon étonnante à notre long métrage. On n’avait pas un gros budget, donc le climat d’entraide a été très apprécié.

PB : Parlez-moi de Pascal Beaulieu, le jeune de la chaloupe. Il est incroyable, c’est un personnage vrai et coloré qui donne le ton à votre film dès le départ.

JBC et RL : Nous l’avons rencontré lors d’un casting à son école secondaire qui regroupe les jeunes d’une vingtaine de villages du coin. Face à nous, il démontrait une grande lucidité, une belle franchise, et le tout avec un langage coloré. Il nous a charmés immédiatement. On ne pouvait pas aller dans la fiction avec lui, car il était plus grand que nature. Sa passion pour la pêche nous amenés à le filmer dans sa chaloupe. Tout ça, ça a été très naturel.

PB : Revenons aux réactions que votre film suscite. Quelles sont-elles?

JBC et RL : On revient de projections dans le Pontiac et c’était très positif. Les gens, en général, accrochent sur différentes choses dans notre film, mais surtout sur le territoire. Il y a comme une culpabilité de ne pas connaître ce coin-là. Le Pontiac a une identité culturelle unique. C’est très positif d’entendre ces commentaires. C’est important pour nous d’accompagner notre film, de créer des discussions, des événements et de pousser les jeunes à se déplacer pour voir notre film. On est conscient que la façon de consommer du cinéma est différente aujourd’hui, alors de créer des projections-événements, ça permet de rallier les jeunes qui sont curieux.

PB : Quels sont vos projets? Se feront-ils  encore à deux?

JBC et RL : On en a plusieurs, seul ou à deux, on se donne cette liberté. Mais déjà, nous avons un autre projet commun disponible. Il est en en ligne, c’est une Web série tournée juste après Mad Dog Labine. Ça s’appelle Cœur d’or. Jonathan scénarise et réalise la série et moi je m’occupe de la production. C’est disponible sur Unis TV.

Femmes libérées

Un amour impossible de Catherine Corsini.

Un amour impossible, c’est l’adaptation du livre éponyme écrit par Christine Angot, un drame familial réalisé par Catherine Corsini (La Nouvelle Ève, La Belle Saison). L’histoire est celle de Rachel (Virginie Efira) qui, séduite par Philippe (Niels Schneider), accouche d’un enfant dont il ne veut pas reconnaître la paternité. Les deux vivront séparés, se retrouvant de façon éphémère, Philippe s’intéressant peu à sa fille jusqu’à l’adolescence, période où leur relation sera bouleversée pour le pire. Rencontrée grâce à UniFrance dans le cadre de la promotion du film, la réalisatrice a bien voulu nous donner des détails sur le tournage et sur le choix des acteurs principaux de son long métrage.

Pierre Blais: Catherine, votre film relate une histoire troublante, émouvante et cruelle, et qui s’étale sur plusieurs décennies. En le regardant, je voyais aussi la mini-série qu’Un amour impossible aurait pu devenir.

Catherine Corsini, réalisatrice.

Catherine Corsini : Le livre m’avait bouleversé. Christine a beaucoup aimé le scénario et une fois tourné, c’est vrai que ce genre de récit qui se déroule sur plusieurs décennies aurait pu faire l’objet d’une mini-série, un peu comme Todd Haynes l’a fait avec Mildred Pierce (avec Kate Winslet) qui abordait également les rapports mère/fille. L’adaptation n’était pas simple. Je me suis appliquée à trouver les moments clés dans la vie de cette mère et de cette fille, comment elles traversent le temps ensemble malgré le drame. Mon film, c’est un livre d’images, celles des moments forts et plus anecdotiques qui font de notre vie une sorte de puzzle. C’est au final de savoir manier notre rapport au temps, et ce, à travers l’art narratif du cinéma. Et puis cette histoire, c’est aussi mon enfance. Je suis de la même génération que Christine Angot alors j’ai les mêmes souvenirs de l’époque où l’on écrivait des lettres, l’utilisation du téléphone, l’arrivée d’Internet, nos rapports à la façon dont on communique avec l’autre. L’attente du coup de fil a disparu au profit de l’attente du texto aujourd’hui. Et évidemment, d’aborder le sujet de ces deux femmes qui ont mené un combat pour se libérer, ça m’intéressait énormément. Tout ce projet était pour moi profondément fascinant.

PB : Le personnage de la mère, Rachel, jouée par Virginie Efira est étonnant, car il passe avec beaucoup de résilience à travers toutes les épreuves.

CC: Tout à fait. À l’époque, les femmes étaient conditionnées pour se marier et avoir des enfants. Si ce n’était pas le cas, elles en arrachaient. Mon film, c’est aussi un hommage à ces femmes, ces premières féministes si on veut, qui travaillent, élèvent leurs enfants seules, indépendantes et modernes avant leur temps. Dans le film, Rachel et Chantal dépendent l’une de l’autre. Quand la mère se retrouve devant le fait accompli et découvre que le père de son enfant est un pervers, elle peine à réaliser que c’est possible. C’est la fille qui arme sa mère devant la situation, pour l’aider à combattre à ses côtés et sortir de cette culpabilité énorme du fait de n’avoir rien vu venir.

PB : Le travail de maquillage est bluffant. Virginie Efira et Niels Schneider vieillissent sous nos yeux avec beaucoup de réalisme.

CC: Il y a eu un gros travail de fait en amont avec les maquilleurs et le résultat est incroyable. J’avais même pensé engager une seconde actrice mais au final, Virginie est formidable à l’écran. Pour le personnage de sa fille Chantal, il a fallu engager plusieurs comédiennes : un bébé, une fillette de 4 ans, une fille de 8 ans, une adolescente de 15 ans et enfin une adulte de 30. Au départ, on cherchait les ressemblances physiques puis on est allé vers des petits détails, des rappels, dans les costumes et surtout des personnalités vives. Il fallait sentir l’émotion chez chacune d’elles pour incarner Chantal aux différentes époques.

PB : Niels Schneider joue à la perfection le bellâtre séducteur. Vous aviez vu cela en lui?

CC : Ça a été un coup de foudre incroyable. J’ai fait plusieurs essais avec Virginie et d’autres acteurs et ça ne fonctionnait pas. Niels, je le trouvais trop jeune au départ mais en audition, il a été parfait. À la fin des essais, j’ai confirmé à Virginie que Niels était le comédien idéal pour jouer le rôle de Philippe. Il a trouvé le ton juste, ce flegme inhérent au personnage, une gestuelle qui l’accompagne dans chaque scène pour caractériser ce salaud, cette ordure de père abuseur. Virginie et Niels ont rendu le tournage très agréable.

Un amour impossible, à l’affiche dès le vendredi 5 avril.

Avril 2019 en dix films

Virginie Efira et Niels Schneider dans Un amour impossible.

Avril verra le superhéros de DC, Shazam, survoler le grand écran dans ce qui a tout l’air d’une comédie plutôt loufoque. Il y aura aussi le film d’animation Missing Link et le drame animalier Mia et le lion blanc qui tenteront de séduire les plus jeunes pendant que les films québécois Ville Neuve (dessin animé graphiquement impressionnant) et Mad Dog Labine (comédie sous la forme d’une docufiction) prendront aussi l’affiche. Enfin, on se croise les doigts pour une éventuelle sortie à Québec de High Life de Claire Denis et de L’Heure de la sortiethriller étonnant avec Laurent Lafitte. Mais avril, c’est aussi le mois où nous verrons éclore au grand écran les dix titres suivants :

Un amour impossible : Catherine Corsini adapte le roman autobiographique de Christine Angot relatant comment, dans les années 60, sa mère (jouée par Virginie Efira) est tombée amoureuse de son père (joué par Niels Schneider), véritable séducteur toxique. Une saga familiale belle et douloureuse à la fois.

Hellboy : Le mythique personnage créé par Mike Mignola est de retour dans un film signé Neil Marshall. David Harbour (Stranger Things) interprète le personnage mi-homme, mi-démon, dans cette production fantastique à souhait.

Les Aventures de Rémi (Rémi sans famille) : Daniel Auteuil et le petit Maleaume Paquin font équipe dans l’adaptation pour le cinéma de ce classique littéraire d’Hector Malot et célèbre dessin animé des années 80. Le long métrage profite d’images rustiques de la campagne française pour nous éblouir.

The Beach Bum (Débauche à Miami) : Le toujours très étrange Harmony Korine (Spring Breakers) réalise cette comédie hors normes dans laquelle Matthew McConaughey joue les escrocs à Miami.

L’Empereur de Paris : Vincent Cassel endosse l’uniforme de Vidocq, cet enquêteur des bas-fonds parisiens à l’époque de la France napoléonienne. Jean-François Richet (réalisateur du dyptique sur Mesrine) est aux commandes de ce drame épique.

Avengers : Endgame (Avengers : phase finale) : Inutile de résumer ce nouvel épisode, mais la liste du mois d’avril ne serait pas complète sans cette nouvelle aventure apocalyptique du plus grand regroupement de superhéros Marvel. Épatez-nous!

Mon garçon : Franchement, un bon petit polar haletant mettant en vedette Guillaume Canet. Le film a été tourné sans scénario si ce n’est la prémisse de base, soit celle d’un père qui cherche à tout prix à retrouver son fils victime d’un kidnapping.

Pet Sematary (Cimetière vivant) : Sûrement qu’un élan nostalgique nous donnera envie de voir ce remake basé sur un des nombreux romans de Stephen King adaptés au grand écran. Un film d’horreur animalier et bien évidemment glauque et funeste.

Tanguy, le retour : On espère fortement que ce deuxième volet des aventures de Tanguy, de retour au foyer de ses parents, soit à la hauteur du premier. Le casting est le même et la situation est assurée de dégénérer rapidement.

Grâce à Dieu : François Ozon s’inspire d’une histoire vraie, toujours sous enquête judiciaire, pour donner la parole aux victimes de prêtres pédophiles. Les talentueux Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud jouent les dénonciateurs.

Kim Nguyen vu par son producteur Pierre Even

The Hummingbird Project avec Salma Hayek et Alexander Skarsgard

Le producteur Pierre Even (Item 7) l’avoue, travailler avec Kim Nguyen est une tâche aussi fascinante qu’imprévisible, car le réalisateur québécois (qui a déjà habité dans la Vieille Capitale) arrive toujours avec un nouveau projet de film inusité, inattendu, poursuivant une trajectoire de création très difficile à anticiper, mais non moins passionnante.

Le nouveau film de Kim Nguyen, The Hummingbird Project, met en vedette Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgard et Salma Hayek. Il raconte les déboires de deux cousins qui, bravant le milieu boursier avec une nouvelle technologie, tentent de relier par un réseau de fibre optique le Kansas au New Jersey et dans le but de faire un coup d’argent.

Alors que The Hummingbird Project, 7e long métrage du réalisateur de Rebelle et de Two Lovers and a Bear, prend l’affiche en Amérique du Nord (dans plus de 400 salles), son producteur, Pierre Even, l’homme derrière les succès de C.R.A.Z.Y. et Bon Cop Bad Cop 2 a bien voulu revenir sur la production de cette comédie dramatique dotée d’un budget de 16 millions de dollars.

Éditions Le Clap : Pierre, Kim Nguyen semble toujours nous arriver avec des films aux scénarios singuliers et fort différents chaque fois. C’est votre perception?

Jesse Eisenberg dans The Hummingbird Project.

Pierre Even : Absolument. C’est assez rare qu’on n’est pas surpris avec Kim. Il est très curieux et souvent un petit détail va l’accrocher. Ensuite, il en tirera un scénario surprenant. Pour Hummingbird, Kim a lu un article sur le High-Frequency Trading et il a accroché là-dessus. Mais son film parle aussi et surtout de notre obsession pour la réussite et l’argent même si, au départ, le sujet est un fait divers qui n’aurait accroché personne sauf lui. Avec Kim, c’est toujours de l’inattendu. Je me souviens, dès Le Marais, son premier film, on se demandait qui avait écrit cet ovni-là. Depuis ses débuts, il a une approche iconoclaste face aux divers phénomènes sociaux.

ELC: Le film est une coproduction entre le Québec et la Belgique. Les Américains, malgré la présence au générique de grosses pointures hollywoodiennes, ne sont pas impliqués, c’est étonnant.

PE : En fait, il y a beaucoup de règles entourant les coproductions et les avantages sont nombreux quand on travaille avec des Européens. Alexander Skarsgard est suédois et Salma Hayek a un passeport français. Pour faire simple, juste avec eux comme têtes d’affiche, ça nous permettait d’être en règle avec les consignes de financement des coproductions canadiennes et d’avoir davantage de budget grâce à ce partenariat avec un pays là-bas, dans ce cas-ci la Belgique.

Alexander Skarsgard et Pierre Even sur le tournage de The Hummingbird Project.

ELC : The Hummingbird Project est une comédie dramatique, un film québécois tourné en anglais avec des acteurs internationaux et portant sur un sujet très technologique à la base. Comme producteur, comment peut-on vendre ce genre de long métrage aux différents partenaires, diffuseurs et salles de cinéma?

PE : La nature du film et son générique nous permettent de le placer dans le rayon des films indépendants américains et de s’attaquer à ce marché avec une stratégie bien précise. Exemple, la sortie aux États-Unis se fait graduellement. D’abord, on vise New York et Los Angeles pour quelques salles seulement. Un mois  plus tard, on espère grimper le tout à 400 salles. Donc, hausser le nombre de copies, petit à petit, vaut mieux que d’en perdre d’une semaine à l’autre. L’idée, c’est qu’au lancement les salles soient pleines. C’est plus facile à réaliser avec peu de salles qu’avec des centaines. Il faut créer la demande avec une petite offre de départ. Et bien sûr, nos trois comédiens vedettes vont attirer l’attention sur le film de Kim et c’est tant mieux.

ELC : Au Québec, le film sort de quelle façon?

PE : En version originale anglaise, en version doublée et quelques-unes avec sous-titres. Bref, on aura le choix et c’était important pour nous.

ELC : Quelle touche personnelle Kim a-t-il mis dans The Hummingbird Project?

PE : C’est son film le plus accessible pour le grand public pour ce qui est du ton, c’est-à-dire la comédie et l’aventure. En même temps, Kim apporte une forte dose d’imprévu dans son récit comme c’est son habitude. Sa marque de commerce, c’est aussi la note d’espoir qu’il insuffle dans toutes ses réalisations. Il faut se souvenir que malgré toute la dureté du sujet dans Rebelle, le film finissait bien. Dans Hummingbird, l’humanité des personnages finit toujours par ressortir.

ELC: Comme Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée, Kim Nguyen est-il appelé à aller travailler chez nos voisins du Sud dans un avenir rapproché?

PE : Je travaille toujours pour ne pas qu’on le perde, mais selon moi, il sera appelé très rapidement à réaliser de gros films hollywoodiens. Kim est un hyperactif, il mène toujours de front trois ou quatre projets et il va continuer à le faire même si Hollywood tente de le séduire. Donc, nous, notre défi, c’est de garder les Kim, les Xavier (Dolan) et autres talents d’ici avec des projets ambitieux que nous pourrons produire avec l’aide des gouvernements. Pour Jean-Marc et Denis, il est un peu trop tard. Mais les projets à 30 millions, réalisés ici au Québec, on est capable d’y arriver d’après moi. Et je peux vous assurer que Kim a encore la volonté de réaliser des films ici.

Kim Nguyen, réalisateur.

Les premiers vertiges de l’amour

Philippe Lesage, réalisateur de Genèse. Crédit photo Valerian Mazataud.

Après le fort beau et troublant drame Les Démons, Philippe Lesage propose dès le 15 mars Genèse, film qui s’intéresse aux amours adolescentes. Un peu à la manière d’un film choral, son long métrage raconte l’histoire de Guillaume (Théodore Pellerin), un beau parleur charismatique qui verra son amitié avec un compagnon de classe se transformer peu à peu en quelque chose de plus ambigu. Puis, on s’intéressera au destin de Charlotte (Noée Abita), qui, écartelée entre deux relations insatisfaisantes, peine à trouver celui qui s’intéressera à elle pour de bonnes raisons. Enfin, dans un camp d’été,  Félix et Béatrice découvrent tous deux le sentiment amoureux. En promotion pour son nouveau long métrage qui s’apprête aussi à prendre l’affiche en France, Philippe Lesage nous a donné quelques détails sur la réalisation de Genèse.

Pierre Blais : Après Les Démons où les rôles d’adolescents étaient nombreux, pourquoi aviez-vous à nouveau envie d’explorer cette période avec Genèse?

Philippe Lesage : Je voulais surtout me pencher sur la fin de l’enfance et le début de la vie d’adulte, un âge où tout va très vite. Ma vision est bien sûr basée sur des souvenirs de ce que j’ai vécu à cet âge, mais je crois que les jeunes d’aujourd’hui vont se retrouver à travers ce que vivent mes personnages. Mon film, je crois, évite le piège habituel de la nostalgie et donc les réactions de mes personnages sont intemporelles. On vit l’amour et ce qui tourne autour de la même façon aujourd’hui qu’hier.

PB : Philippe, vous avez étudié le cinéma au Danemark et là-bas, les films s’attardent souvent aux situations sociales et aux émotions qui font mal. C’est une influence certaine?

Noée Abita

PL : Oui, du moins avec Lars von Trier qui aime toujours mettre un caillou dans le soulier même si je ne vais pas dans la manipulation comme il aime bien le faire. Pour moi, le cinéma doit refléter la vie telle qu’elle est, c’est ce que je m’attarde à faire. Par exemple, il y a une scène très dure dans Genèse avec le personnage joué par Noée Abita et si elle s’y trouve c’est qu’autour de moi, la plupart des femmes avaient déjà vécu, plus jeunes, une menace sexuelle, une forme ambiguë de la banalité du mal si je puis dire.

PB : Votre film met en vedette la crème des jeunes acteurs québécois actuels dont plusieurs avaient joué dans Les Démons, je pense à Rose-Marie Perreault, Pier-Luc Funk, Émilie Bierre, Théodore Pellerin pour ne nommer qu’eux. C’est facile de les diriger sur un plateau?

PL : Oui, car je les trouve hyper-talentueux et à leur âge, ils comprennent exactement ce que veut dire le jeu naturel devant une caméra. À la télé, les comédiens d’expérience ont souvent un ton plus dramatique et affecté qui ne me plaît pas vraiment, surtout que moi, je recherche toujours un jeu naturaliste chez mes acteurs. Les jeunes acteurs de Genèse, heureusement, comprennent très bien cela.

PB : La Française Noée Abita était formidable dans Ava, est-ce pour ça qu’elle a eu le rôle de Charlotte?

PL : Je l’ai effectivement trouvé incroyable dans Ava, mais c’est aussi un concours de circonstances. J’ai perdu une comédienne à une semaine du tournage et on a dû trouver très rapidement une autre actrice. À ce moment-là, il y avait une belle rumeur autour de la performance de Noée dans Ava qui venait d’être présenté à Cannes. J’ai vu le film, je lui ai envoyé le scénario et rapidement, elle a foncé. Elle avait envie de jouer ce rôle et avait naturellement cette force et cette fragilité qui émanent du personnage de Charlotte.

PB : Paul Ahmarani joue un enseignant qu’on aime détester, un être fascinant, érudit, qui intimide ses étudiants. Ça vient de vos souvenirs du collège privé?

Théodore Pellerin

PL : C’est un mélange de plusieurs profs que j’ai connus et aussi du talent de Paul pour donner une couleur à son personnage, un côté charismatique et cassant, voire imprévisible. Le jeu de pouvoir entre lui et Guillaume joué par Théodore Pellerin est très intéressant.

PB : Y a-t-il une scène que vous préférez dans Genèse?

PL : La dernière partie au camp de vacances et sa fin ouverte. J’aime qu’on se pose des questions en voyant mon film et cette scène est interrogative. On vient y prendre les éléments qu’on aime, mais à la fin, le spectateur interprète le tout à sa façon. C’est vraiment ce que je recherche.