Trio féminin sous le soleil de la Corse

Belle-fille, c’est l’histoire de Louise qui, découvrant que son mari la trompe, décide de penser enfin à elle et de partir à la découverte de la Corse. Mais une aventure d’un soir prendra une tournure funeste. L’amant perd la vie et, rapidement, Louise voit la famille du défunt s’immiscer dans ses vacances, au point de la faire devenir la belle-fille rêvée aux yeux de sa nouvelle belle-mère.

Comédie sans prétention, chauffée par le soleil et les paysages uniques de la Corse, Belle-fille est une réalisation de Méliane Marcaggi qui fournit tout l’espace nécessaire à Alexandra Lamy et Miou-Miou pour se donner la réplique. Brève rencontre avec trois femmes qui ont de la répartie et qui respirent la joie de vivre.

Méliane Marcaggi, réalisatrice.

Le Clap : Méliane, quand on fait une comédie où la Corse, sa culture et ses habitants sont au coeur du récit, on peut facilement tomber dans la caricature. C’était le piège à éviter, selon vous qui êtes de plus Corse d’origine?

Méliane Marcaggi : Oui, j’ai vraiment voulu éviter la caricature tout en exploitant les caractéristiques de mon coin de pays, les paysages, les personnalités fortes. En fait, dans chaque région, on peut trouver des choses très drôles et pittoresques. Mais l’idée première, c’était de situer l’action sur une île, un lieu qui isole. Il faut ensuite trouver le ton juste et réussir à faire rire. Il fallait que la Corse existe en images, qu’on la sente dans l’histoire pour sa dualité mer/montagne et l’âpreté de sa géographie.

Le Clap : Alexandra et Miou-Miou, comment vous êtes-vous retrouvées dans cette aventure?

Miou-Miou : On était en solde, les autres avaient refusé (rire)! Mais c’est  une histoire qui doit faire rire et nous sommes très à l’aise dans la comédie. Méliane a fait de très bons choix pour sa distribution.

Alexandra Lamy : Moi, j’étais très intimidé à l’idée de donner la réplique à Miou-Miou. Ma mère est une de ses grandes fans et, en plus, elle est une Herry alors elle pense être dans la même famille (rire)! (N.D.L.R. Sylvette Herry est le nom de naissance de Miou-Miou).

Le Clap : Le fait de tourner sur une île, ça a sûrement favorisé un lien de camaraderie pour l’équipe entière?

Alexandra Lamy : Absolument! Et en plus, ça nous permettait de rester dans nos personnages. On ne quittait jamais vraiment l’histoire, on en reparlait au repas et ça nous préparait pour le tournage du lendemain. En plus, être en Corse, c’était plus que formidable.

Miou-Miou : Ça me rappelle que l’heure de l’apéro était pour moi le meilleur moment du tournage. On se douche, on redescend voir l’équipe et là, la première question, c’est : « Tu prends quoi ? » (rire).

Le Clap : Tourner en Corse, loin de Paris et des grands centres, côté main-d’Œuvre et facilités pour les lieux de tournage, est-ce une chose facile?

Méliane Marcaggi : Il y avait trois tournages simultanément quand nous y étions, alors tout le monde du milieu travaillait sur l’île. Tous ceux qui avaient de l’expérience sur un plateau étaient au travail. Hormis Belle-fille, deux séries télé se tournaient en même temps, une avec Laetitia Casta et une autre avec Mathilde Seigner. C’était très plaisant de se croiser.

Le Clap : Oui, j’imagine que le soir venu, il y avait de l’achalandage pour l’apéro. Votre film en est un d’engrenages, de scènes malaisantes qui se succèdent. C’est ce qui assure le succès d’une telle comédie, non?

Miou-Miou : Tout à fait, c’est couche sur couche, mensonge sur mensonge, quiproquo sur quiproquo.

Alexandra Lamy : Au scénario, ça fonctionnait très bien, alors ça donnait envie de tourner le tout. Et lors du tournage, la mécanique a suivi.

Le Clap : Patrick Mille, trop peu connu à mon avis, joue votre amoureux Alexandra, un infidèle de première classe. Il a vraiment une bouille qui transpire l’infidélité et le mensonge cet acteur.  Pour une comédie, il a une tête parfaite pour ce rôle ingrat.

Alexandra Lamy : Oh oui, il est formidable. Il joue le fourbe à la perfection. Je suis bien d’accord (rire)!

Le Clap : Thomas Dutronc joue quant à lui votre nouveau prétendant qui, cependant, ne vivra pas très longtemps. Il habite en Corse comme ses parents, Jacques Dutronc et Françoise Hardy. Il devait se sentir chez lui?

Méliane Marcaggi : Oui et en plus il a également composé la musique du film. Il connaît le coin comme le fond de sa poche et, évidemment, le projet lui plaisait encore plus, car il n’avait pas à voyager très loin pour faire son boulot. Même si son rôle n’est pas majeur, son apport, pour la musique, a été essentiel.

Belle-fille prendra l’affiche en salle au Clap dès le 2 octobre. Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

L’effet papillon

La sortie de Nadia, Butterfly, en salle dès le vendredi 18 septembre, était fort attendue des cinéphiles. Avec raison car d’une part, le film a été certifié « Festival de Cannes 2020 » même si l’événement public fut annulé. Ensuite, il a eu l’honneur d’ouvrir l’édition 2020 du Festival de cinéma de la Ville de Québec. Finalement, Pascal Plante, depuis la sortie de son premier long métrage, Les Faux Tatouages, est un cinéaste définitivement talentueux dont on a envie de suivre les traces. De passage à Québec pour souligner le lancement de son film, le réalisateur, accompagné de son actrice principale Katerine Savard, a bien voulu nous donner des détails sur le tournage de ce récit où le sport, au final, est surtout le prétexte pour mettre en scène un personnage qui vit un spleen post-compétition.

Nadia, Butterfly relate la toute dernière compétition olympique d’une nageuse canadienne lors des Jeux de Tokyo en 2020 et la soirée festive qui suivra l’obtention d’une médaille pour cette athlète qui sent qu’une nouvelle vie l’attend. Dans le rôle principal, on retrouve Katerine Savard, nageuse olympique canadienne, originaire de Pont-Rouge, qui entend bien retourner, dans la « vraie vie » aux prochains Jeux d’été de Tokyo en 2021, événement qui a été repoussé d’un an à cause de la pandémie. Katerine partage l’écran avec Ariane Mainville, une autre nageuse émérite qui faisait elle aussi ses premiers pas au grand écran.

Le Clap : Pascal, le sujet de votre second long métrage est très éloigné des Faux Tatouages, est-ce que le désir de parler de natation et d’une athlète est relié à votre propre cheminement d’ex-nageur?

Pascal Plante, réalisateur

Pascal Plante : J’ai fait partie du Rouge et Or de l’Université Laval en natation. Donc, effectivement, c’est un milieu que je connais bien. Mais quand j’ai quitté la compétition, ça s’est bien passé au contraire du personnage de Nadia, car je savais déjà que j’allais me diriger vers le milieu des arts. Donc, même si ce n’est pas autobiographique comme histoire, le temps que j’ai passé dans des piscines, j’avais envie de le réinvestir sur grand écran, de le faire ressentir sur les plans sonore et visuel et, au final, je suis fier du résultat même s’il n’est pas parfait, car c’est un film un peu curieux, j’en suis conscient.

Le Clap : Parlant de curiosité, ce serait une erreur de le qualifier de drame sportif alors que l’atmosphère qui porte le film rappelle beaucoup celle de Lost in Translation, notamment pour les scènes d’errance à Tokyo, non?

PP: Oui, l’errance est là longtemps. Les 25 premières minutes relèvent du film sportif, mais ensuite on est ailleurs. D’ailleurs, dans mes films préférés qui parlent de sport, comme Raging Bull, ce n’est pas le sport qui est au cœur du récit. En même temps, je n’ai pas revisité Lost in Translation, mais le spleen est bien présent. Ça, c’est sûr. Et techniquement, on s’est gâté pour utiliser plein de trucs qui allaient donner du style aux images. Quelque chose peut rappeler des univers comme ceux de My Florida Project, des œuvres d’Andrea Arnold ou même de Fellini. Un réalisme qui peut ou tente de toucher au magique. Bref, je suis loin des films des frères Dardenne ou de Kechiche avec Nadia.

Le Clap : Un récit qui se déroule à Tokyo, pour un long métrage québécois, ça vient automatiquement gruger une grosse partie du budget, non?

PP : On a été à Tokyo pour tourner le quart du film, dont les scènes extérieures évidemment. Mais tout le reste, on était à Montréal et il fallait recréer Tokyo pour les scènes intérieures et sérieusement, c’est aussi très complexe à faire. Les logos, les mascottes, les costumes d’Équipe Canada, ça aussi c’était énorme comme boulot afin d’arriver à donner une impression de réalisme. Il y a eu un gros travail de direction artistique. Les médailles ont été créées avec une imprimante 3D, je n’en revenais pas moi-même de cette possibilité, à quel point ça peut nous aider quand notre budget est relativement modeste.

Le Clap : Le film est certifié Cannes 2020, il vient de faire l’ouverture du FCVQ et sort en salle au Québec, quelle est la suite des choses?

PP : Il sortira en France au printemps prochain, mais les distributeurs internationaux sont frileux à cause de la pandémie. Au moins, Nadia fait plein de festivals dont Busan en Corée du Sud. Donc il y a une belle vie qui se dessine pour le film. Mais d’avoir le label cannois, ça vient avec son lot d’attentes. Ça, ça me stresse. Les gens le voient comme le film à voir et je me dis qu’il ne faut pas avoir de trop grandes attentes. Il faut juste se laisser embarquer par Nadia, Butterfly.

Pascal Plante sera au Cinéma Le Clap le dimanche 20 septembre, à 16 h20, pour rencontrer le public qui assistera à la projection de son film.

En terminant, un petit mot de l’actrice principale au sujet de son expérience de tournage.

Katerine Savard, actrice et athlète olympique.

Katerine Savard : Pascal nous a vraiment bien dirigées et encadrées, Ariane et moi. On ne connaissait rien au cinéma. Oui, il fallait, au moins dans mon cas, me rassurer lors des prises. Durant le tournage, je suivais les directives, j’avais un certain stress de ne pas être à la hauteur. Cela dit, mon personnage était loin de moi. Exemple, je n’ai jamais vécu de fête comme on le voit dans le film, rien d’aussi intense, sans nier que ça peut arriver. On le vit aussi selon nos personnalités, on vit des Jeux olympiques de façon très différentes. Ariane et moi, on s’est réellement rapproché lors du tournage et je suis heureuse qu’on dise que ça transparaît à l’écran. Quand j’ai vu le film la première fois, je me demandais si j’allais être naturelle à l’écran. Je passais mon temps à m’analyser. J’ai hâte de le revoir sans avoir cette réaction. Ensuite, j’avoue que j’aimerais répéter l’expérience et éventuellement obtenir un autre rôle au cinéma.

10 films pour septembre 2020

Septembre verra débarquer sur nos écrans une pléthore de films de tous horizons. Si les Américains se font encore un peu discrets, les films québécois, internationaux et les documentaires seront quant à eux nombreux à atterrir dans les salles de cinéma. Voici donc les titres phares de la rentrée d’automne en commençant par le mois de septembre.

De Gaulle : Lambert Wilson interprète le célèbre homme politique au moment où l’Occupation fait son nid et que, laissant sa famille derrière lui, il se réfugie en Angleterre pour mieux préparer la libération de la France. Un drame historique et biographique qui respecte à la perfection tous les codes du genre.

Sœurs : rêves & variations (Sisters: Dreams & Variations) : Portrait de deux artistes de Montréal, Try et Jasa, deux sœurs d’origine islandaise. L’une est musicienne, l’autre crée des projections multimédias et des installations. Leur univers rappelle celui de CocoRosie. Un documentaire doucereux sur un tandem aussi coloré qu’étrange, lié par des racines nordiques.

Greenland (Groenland) : Voici le film catastrophe par excellence pour laisser notre cerveau au vestiaire et pour regarder Gerard Butler et Morena Baccarin tenter de sauver leur peau en se dirigeant vers le Groenland alors qu’une comète menace de s’abattre sur la Terre. Un scénario plus catastrophique que la pandémie actuelle.

Slaxx : Cette comédie d’horreur est une production québécoise tournée en anglais. Sur fond de militantisme, le film met en scène une paire de jeans cruelle qui n’hésite pas à trucider des vendeurs de vêtements qui, eux, n’en ont rien à cirer du concept d’écoresponsabilité. La revanche sera douce dans le cœur du morceau de denim.

Quitter l’Afghanistan (Bratstvo) : Ce film russe réalisé avec beaucoup de panache par Pavel Lounguine (Taxi Blues) fait le point sur la dernière mission d’un commando d’élite alors que les Soviétiques sont sur le point de mettre fin à leur invasion de l’Afghanistan. Un film de guerre certes, mais qui fait beaucoup réfléchir.

Nadia Butterfly : Pascal Plante a vu son deuxième long métrage être estampillé Cannes 2020 par le célèbre festival. Le cinéaste braque ici sa caméra sur une nageuse québécoise engagée dans une vive compétition lors des Jeux olympiques de Tokyo en 2020 (événement repoussé en 2021). La rumeur est plus que favorable.

The Personnel History of David Copperfield (David Copperfield) : Dev Patel et Tilda Swinton sont en vedettes dans cette comédie dramatique qui transpose à l’écran le célèbre roman de Charles Dickens. Voici un mélange d’humour absurde campé dans des décors et des costumes d’époque qui devraient faire bon ménage.

Kingsman : première mission (The King’s Man) : Ralph Fiennes, Harris Dickson, Matthew Goode et Gemma Atterton sont en vedette dans cet antépisode relatant la création de l’agence de renseignement secrète qui nous a si bien diverti dans les deux premiers films à succès. (la sortie du film vient tout juste d’être repoussée en février 2021).

Jukebox – un rêve américain fait au Québec : Ce documentaire met en lumière tout le travail du producteur Denis Pantis, l’homme derrière la mise en marché de milliers de 45 tours et de la mise sur pied du star-système québécois dans les années 60 autour de nombreux groupes yéyés et de chanteurs pop comme Les Sultans, Michèle Richard et Renée Martel.

La Déesse des mouches à feu : Cette adaptation du roman de Geneviève Pettersen est signée Anaïs Barbeau-Lavalette. Le film s’intéresse à Catherine, une ado de seize ans qui, au milieu des années 90, connaît ses premières expériences sexuelles tout en devenant une consommatrice régulière de PCP.

L’envers de l’homme invisible

L’Angle mort est un film fort singulier. Sur la forme, c’est un long métrage centré sur un homme, Dominick, qui a un superpouvoir, celui de se rendre invisible. Sauf que sur le fond, le récit est avant tout un drame psychologique intimiste, car Dominick garde son secret et hésite à se servir de son invisibilité à outrance. Même sa femme, jouée par Isabelle Carré, n’est au courant de rien. Mais le jour où il rencontre une femme atteinte de cécité et qu’un vieil ami ayant le même pouvoir refait surface dans sa vie, tout se complique!

Ce drame fantastique, signé par deux réalisateurs qui collaborent ensemble depuis 1996. est basé sur une idée de l’auteur Emmanuel Carrère. Les cinéastes Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic ont bien voulu nous donner des détails sur leur tout nouveau long métrage intitulé L’Angle mort. 

Le Clap : Ce projet de film a commencé voilà plus de dix ans. Ça a été long avant de concrétiser la production, non?

Les réalisateurs Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic.

Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic : Oui, ça peut paraître long, mais ça s’explique par la recherche du financement et le long processus d’écriture, car nous n’étions pas toujours satisfaits du résultat. En même temps, tous les deux, nous avons travaillé sur plusieurs autres projets qui nous tenaient aussi à cœur.

Le Clap : Votre film touche à l’univers des superhéros sans en être un véritablement, un peu comme le long métrage fantastique Vincent n’a pas d’écailles. Est-ce difficile de vendre un concept comme le vôtre, sachant qu’il ne correspond pas aux critères très américains du personnage aux superpouvoirs en mission?

PMB et PT : Forcément, car notre idée n’était pas de faire un film spectaculaire mais bien de créer une œuvre très européenne qui respecterait les spectateurs, sans les mépriser, sans les duper. Aujourd’hui, Hollywood nous vend la rentabilité d’un don pour sauver l’univers. Nous, on va à contresens. Est-ce que la force est une vertu? Est-ce qu’un superpouvoir a une valeur marchande? Dominick, notre personnage principal, ne tente pas de rentabiliser son don. On est complètement ailleurs.

Le Clap : Hormis Isaac de Bankolé et Omar Sy, peu d’acteurs noirs trouvent leurs places dans le cinéma français. D’où vient Jean-Christophe Folly qui incarne Dominick?

PMB et PT : Pour nous, le personnage a toujours été noir, et ce, dès le départ dans le scénario. Et on nous demandait constamment à sa lecture pourquoi il est noir? On répondait parce que ses parents sont noirs. Les acteurs de couleur jouent souvent des rôles stéréotypés. Nous, on voulait aller à l’encontre de tout ça. Avec les Maghrébins, le travail est fait, on ne les regarde plus comme des acteurs issus de l’immigration. Jean-Christophe, on le voulait comme acteur, mais en le choisissant, même si on respectait le scénario, inévitablement, on faisait un choix un peu politique. Notre film porte sur le temps qui passe, les choses qui s’en vont. C’est ça qu’on voulait aborder, mais avec un petit côté ludique, soit un pouvoir fantastique. Que le personnage soit noir, ce n’est qu’une caractéristique parmi d’autres.

Le Clap : Le résultat est tout à fait singulier en tout cas.

PMB et PT : Oui, et pourtant notre film est construit de façon très simple. Un peu à la manière d’une partition musicale, si votre oreille est fine, vous allez entendre les différents instruments qui vous amènent sur différentes pistes. Nos personnages, par exemple, sont très différents les uns des autres par leurs caractères, le milieu d’où ils viennent. De les rassembler, ça crée évidemment un arc narratif. L’originalité de notre récit, face aux conventions, c’est de raconter la fin du superpouvoir du héros, son crépuscule. La ligne de conflit, elle est dans le combat intérieur qui mine Dominick. Cette approche nous paraît essentielle afin d’offrir un film original qui saura étonner les cinéphiles.

L’Angle mort prendra l’affiche en salle au Clap le 21 août. Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

Août 2020 en dix films

Tenet de Christopher Nolan

Voici les 10 titres à surveiller en août au cinéma, un mois qui verra finalement arriver sur les écrans le très attendu Tenet de Christopher Nolan. D’autres longs métrages américains, comme Unhinged et Greenland, pourraient aussi aboutir sur nos écrans après une absence de près de 4 mois. Bref, le dossier est à suivre. Heureusement, du côté international et local, le choix est varié en fiction comme en documentaire, et il a de quoi susciter la curiosité d’un bon nombre de cinéphiles.

1- Tenet : L’un, sinon le film le plus attendu de 2020. Christopher Nolan n’a presque rien dévoilé sur le récit de sa nouvelle réalisation qui amalgame le suspense au drame fantastique dans la lignée d’Inception. La bande-annonce est intrigante à souhait et c’est un euphémisme de dire que les attentes sont très élevées. Le film sortira au Canada et au Clap fin août, avant la sortie aux États-Unis.

2- La Bonne Épouse : Juliette Binoche prend beaucoup de plaisir à interpréter la directrice d’une école où l’on enseigne aux jeunes filles à devenir de bonnes ménagères. À la veille de Mai 68, nouvellement veuve, cette femme rigide verra un ancien prétendant, joué par Édouard Baer, venir bouleverser son quotidien et également ses valeurs morales.

3-Mon cirque à moi : Cette comédie dramatique signée par Miryam Bouchard met en scène Patrick Huard, Sophie Lorain et la jeune Jasmine Lemée. Elle relate comment la jeune Laura, 12 ans, tente de faire sa place dans un collège privé alors que son père, clown de profession, veut la maintenir dans un mode de vie plus bohème.

4- La Fille au bracelet : L’un des succès de l’Hexagone du début d’année. Un suspense filmé de façon conventionnel mais qui profite d’un scénario troublant et du jeu remarquable de l’ensemble de sa distribution. Roshdy Zem, Melissa Guers, Anaïs Demoustier et Chiara Mastroianni sont au coeur de ce récit dans lequel une adolescente est accusée du meurtre de sa meilleure amie.

La Fille au bracelet

5- Les Rose : Ce documentaire réalisé par Félix Rose, (le fils de Paul Rose) tente de remettre en contexte les événements de la crise d’Octobre 70, la Révolution tranquille et l’idéologie derrière le Front de Libération du Québec et ce avec de nombreux témoignages et images d’archive.

6- Les Parfums : La formidable Emmanuelle Devos interprète une femme à l’odorat exceptionnel qui a fait fortune en travaillant pour les plus grands fabricants de parfums. Devenue hautaine et précieuse, son nouveau chauffeur, plus terre à terre, aura lui fort à faire pour l’humaniser.

7-Unhinged (Enragé) : Ce suspense met en vedette Russell Crowe en conducteur de pick-up qui pète les plombs, terrorisant une mère de famille et son jeune fils dans le cadre d’une rage au volant qui va rapidement dégénérer. 

8- Femme(s) : Ce documentaire signé par le célèbre photographe Yann Arthus-Bertrand et la journaliste Anastasia Mikova propose des témoignages de femmes provenant de plus de 50 pays différents sur la maternité, la sexualité, l’éducation et surtout les injustices auxquelles elles ont dû faire face. provenant de partout à travers le monde femmes qui relatent leurs parcours, souvent douloureux dans le cadre d’injustices commises envers elles.

9- Flashwood : Jean-Carl Boucher, bien connu comme héros et alter ego de Ricardo Trogi dans sa trilogie autobiographique, passe derrière la caméra pour nous offrir un film choral centré sur une bande de copains de banlieue qui passeront, parfois douloureusement, de l’adolescence à l’âge adulte.

10- Lumière, l’aventure commence : Ce fabuleux documentaire retrace les débuts du cinéma avec pas moins de 108 extraits de films des frères Lumière, les inventeurs du cinématographe. Sous nos yeux, nous voyons revivre la France de la fin du 19e siècle (Lyon, Paris, La Ciotat) ainsi que les lieux visités à l’étranger par ces deux pionniers du 7e art.

Au nom de mon père

Au nom de la terre a connu un énorme succès en France, en 2019. Son histoire, inspirée de la vie du père du réalisateur, Édouard Bergeon, a touché le grand public et mis en exergue toutes les difficultés actuelles auxquelles doivent faire face les agriculteurs et les éleveurs français.

Le récit est celui de Pierre, un homme qui reprend la ferme de son paternel. Ambitieux et passionné, il se lance dans l’aventure avec conviction, entouré de sa femme et de ses enfants qui lui donnent un coup de main. Mais de malheur en malheur, les dettes s’accumulent et Pierre ne cesse d’emprunter et de grossir ses élevages afin de sortir la tête de l’eau.

Alors que son film prend enfin l’affiche au Québec, Édouard Bergeon nous a parlé de sa première fiction, de ses acteurs et de l’importance de débattre de la crise agricole actuelle.

Le Clap : Édouard, votre film est porté par un récit fort, mais aussi par la présence d’Anthony Bajon qui incarne l’enfant que vous étiez, un ado témoin de la détresse de son père. Comment l’avez-vous choisi pour incarner le jeune Thomas?

Édouard Bergeon : J’ai repéré Anthony Bajon dans le film La Prière et j’ai tout de suite remarqué qu’il avait une présence forte, qu’il dégageait une sorte de puissance à l’écran. Il vient du monde ouvrier, moi, du monde

L’acteur Anthony Bajon

agricole, on s’est retrouvé là-dessus. De plus, il travaille fort sur un plateau. Il est toujours d’une grande justesse dans son exécution.

Le Clap : Guillaume Canet, lui, joue Pierre, son père. D’avoir un acteur populaire, comme tête d’affiche, ça assure au film une certaine visibilité dès le départ.

ÉB : Tout à fait. C’est assumé vous savez,  Au nom de la terre est conçu comme un film grand public. Je l’ai fait pour qu’il soit vu le plus possible. Alors d’avoir Guillaume Canet au générique, ça aide à attirer les gens. Et Guillaume, il était habitué avec les animaux, il a fait de l’équitation, il est embarqué entièrement dans le projet, tellement qu’il devenait littéralement mon père sur le plateau. Il a aussi beaucoup participé à la promotion par la suite en m’accompagnant partout. Et côté distribution, il ne faut pas oublier Rufus qui joue mon grand-père. Quelle carrure  il a! Finalement, pour incarner ma mère, j’ai eu la chance d’avoir la formidable Veerle Baetens que plusieurs avaient découverte dans Alabama Monroe.

Le Clap : Votre histoire, c’est la vôtre, celle de votre père, de votre famille et des injustices qui affligent le milieu agricole en France et dans beaucoup de pays. Votre récit, bien que touchant, est assez sombre. Êtes-vous surpris de son succès?

Edouard Bergeon, réalisateur

ÉB :  Oui et non. Mon film, il parle aux gens, il les touche. Plusieurs se reconnaissent là-dedans. Mais c’est sûr que si on fait un résumé rapide, ce n’est pas très vendeur, car ça porte sur un agriculteur qui se suicide. Mais le public s’est pointé à ce rendez-vous et j’en suis très content.

Le Clap : Il parle aux gens et pas seulement aux Français. La situation décriée ici est la même pour bien des fermiers européens et canadiens.

ÉB: Absolument. L’agriculture mondiale est subventionnée, mais mal en point. La situation est pareille partout. Au Canada, en Allemagne, aux États-Unis, en France, le taux de suicide est trop élevé chez les agriculteurs et les éleveurs. Mais je n’étais pas en mission avec mon film, vous savez. Je voulais en faire une œuvre humaine qui est devenue politique par son propos, évidemment. L’histoire crée des débats sur la façon de se nourrir en Occident, sur notre façon de nourrir la planète en entier même.

Le Clap : Alors que des fermiers se battent pour leur survie dans un milieu extrêmement compétitif, ils sont aussi victimes de campagnes de dénigrement de la part de ceux qui s’opposent à l’élevage d’animaux.

ÉB : Oui et c’est injuste de la part de ces organisations de s’en prendre aux agriculteurs. Ces derniers sont les victimes du système. Quand on est végane,  mettre le feu aux poulaillers n’améliorera pas les choses. Il y a d’autres moyens de changer le système. Et ce n’est pas avec du steak végétal ou avec le soja et l’huile de palme qu’on est des consommateurs plus éthiques vous savez, loin de là.

Le Clap : Vous avez réalisé précédemment un documentaire sur le même sujet. Ça a été votre porte d’entrée vers la fiction?

ÉB : Oui. En 2012, mon producteur a été bouleversé par mon documentaire et il m’a convaincu d’en faire une fiction. Moi, j’étais dans le journalisme documentaire. Maintenant, je suis entré de plain-pied dans le cinéma de fiction. Présentement, je baigne dans plusieurs projets, j’ai envie de raconter plein de choses. Entre autres, depuis des années, j’examine l’univers des restos et c’est ce qui m’inspire pour mon prochain film.

Le Clap : L’impact d’Au nom de la terre, concrètement, ça mènera à quelque chose de mieux pour le milieu agricole en France?

EB : Un peu. Il y a déjà des choses qui bougent en France, mais ce sont des petites choses. C’est déjà bien, mais il reste tant à faire. Je n’ai aucune prétention face à l’effet de mon film sur le cours des choses. Au moins, j’ai touché à un sujet délicat et les familles affectées par le suicide des agriculteurs ont été heureuses que je rende public ce phénomène. Ma famille est heureuse du succès de mon film même si c’est plus délicat pour ma sœur. Elle a vécu tout ça différemment de moi. C’est bien ainsi, car on ne vit pas tout ça de la même manière. Bien que mon film s’inspire de la vie de mon père, ça demeure quand même une fiction, une fiction qui a le mérite de faire réfléchir sans non plus trop faire la morale.

Au nom de la terre prendra l’affiche en salle au Clap à la fin du mois de juillet. Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

Perdrix, comme un envol

Perdrix, film réalisé par Erwan Le Duc.

Perdrix, c’est le titre de la comédie réalisée par Erwan Le Duc. C’est aussi un nom de famille dans ce film au ton absurde et déstabilisant qui rappelle l’univers des longs métrages de Pierre Salvadori. Cette première réalisation de Leduc, spécialiste des sports longtemps rattaché à ce domaine dans le journal Le Monde en France, a été tournée dans les décors uniques des Vosges. Perdrix détonne des comédies habituelle, car son humour semble chevaucher autant celui d’un Claude Zidi que d’un Jean-Luc Godard.

Perdrix, c’est l’histoire d’une famille, celle de Pierre, chef de la gendarmerie locale, de son frère Julien, et de sa mère Thérèse jouée par Fanny Ardant. Le quotidien des Perdrix et des habitants du coin sera bouleversée par l’arrivée de Juliette, une jeune femme au tempérament explosif, aussi séduisante qu’imprévisible. Le cinéaste a bien voulu nous donner des détails sur son film qui a séduit le public et surpris les critiques de l’Hexagone en 2019.

Le Clap : Votre comédie est considérée comme l’une des belles surprises de l’année en France. On ne la voyait pas venir si je puis dire.

Erwan Le Duc, réalisateur.

Erwan Le Duc : Effectivement. La réception, critique et publique, a été franchement très bonne. Si on tente d’expliquer ce succès, c’est que le sujet  du film est très universel je crois, et il parle à un peu tout le monde. Mais c’est certain que mon humour est plutôt décalé. D’être à Cannes l’an passé et que le public fut au rendez-vous lors de sa sortie en salle, et ce, malgré cet univers singulier, ça a été mes deux plus grandes joies.

Le Clap : Perdrix, est-ce un vrai nom de famille?

ELD : C’est un nom que j’avais utilisé dans l’un de mes courts métrages. J’aime cette sonorité, ça a un côté évocateur. C’est marrant, car en banlieue parisienne, une dame m’a abordé là-dessus. Elle m’a avoué s’appeler Perdrix, alors, oui, ça existe comme nom de famille (rires).

Le Clap : Avoir Fanny Ardant à son générique, c’est un plus pour un long métrage. On sait qu’on attirera inévitablement l’attention des médias et du public. Et c’est pour le mieux.

Fanny Ardant

ELD : Absolument. Et ce fut une rencontre merveilleuse. Fanny n’a pas à être dirigée, elle propose des choses et  s’approprie le personnage de Thérèse Perdrix entièrement. Fanny, c’est l’élégance et la légèreté incarnées. Ce rôle cassait son image un peu bourgeoise et elle en était heureuse.

Le Clap : Swann Arlaud était formidable dans Petit Paysan. On le retrouve encore dans un rôle campagnard, cette fois en policier. C’est devenu une valeur sûre à l’écran. Mais la révélation du film, c’est Maud Wyler dans le rôle de Juliette, un personnage exécrable à souhait dans votre film.

ELD : Oui, tout à fait. J’ai été chanceux, car mes interprètes incarnent à merveille leurs rôles respectifs. Swann, il a un physique singulier, un visage très expressif. Pour incarner Pierre Perdrix, je voulais un acteur avec un visage honnête, qui ne cache rien. Swann a ça en lui. Pour Maud, son personnage est une tornade. C’est la météorite qui fait exploser la planète Perdrix si je peux dire. C’est une actrice de grand talent avec qui j’avais travaillé sur plusieurs courts métrages. Elle est inventive et me rappelle la grande Katharine Hepburn.

Le Clap : Votre comédie a un ton très particulier. Tout est né de l’écriture ou bien le tournage y a joué pour beaucoup.

ELD : C’est le ton que je recherchais en écrivant le récit. J’aime embrasser différents genres. J’aime être sur une mince ligne afin de garder le spectateur sur le qui-vive. Par exemple, la scène des nudistes révolutionnaires est amusante, oui, mais elle est aussi assez flippante quand on y songe. Il y a une intensité latente dans plusieurs des scènes et ça j’en suis heureux.

Le Clap : Le succès de Perdrix en France crée des attentes. On risque de s’attendre à un Perdrix 2  lors de votre prochain film. Ça vous fait peur?

ELD : Tout ça, ça a du bon et ça fait que je me pose plusieurs questions. Mais je veux demeurer près de personnages colorés, je veux m’assurer de toujours mélanger les genres, de creuser un sillon qui me ressemble. Ce qui me rassure, c’est que le public a semblé apprécier une proposition aussi singulière que celle de Perdrix. Ça me permettra sûrement de poursuivre en toute liberté mon travail en y mettant encore une touche audacieuse.

Perdrix prendra l’affiche en salle au Clap en juillet. Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

Il faut qu’on parle d’Ahmed

La feuille de route des frères Dardenne (Jean-Pierre et Luc) est assez incroyable. En plus 30 ans de carrière, leurs onze longs métrages ont gagné une multitudes de prix internationaux dont deux palmes d’or à Cannes (Rosetta en 1999 et L’Enfant en 2005 ). Jean-Pierre et Luc Dardenne sont non seulement des cinéastes belges mais ils sont aussi scénaristes et producteurs de leurs œuvres.

Avec un fort bel accent belge, ils ont bien voulu discuter de leur plus récent film, Le Jeune Ahmed, un drame bouleversant, Prix de la mise en scène à Cannes en 2019, un long métrage qui relate le destin d’un adolescent prisonnier du dogme de l’islam radical et dont l’entourage fera tout pour l’éloigner du discours haineux d’un imam local.

Le Clap : Je suis votre carrière depuis La Promesse, votre deuxième long métrage, sorti en 1996. J’ai remarqué que vous avez conservé depuis 25 ans un rythme de réalisation très constant, non?

Les frères Dardenne : C’est vrai, nous avons un rythme très régulier. Aux trois ans environ, nous lançons un nouveau long métrage et plusieurs d’entre eux ont de plus été présentés à Cannes. Nous sommes choyés.

Le Clap : Dans votre plus récent film, Le Jeune Ahmed, vous abordez une thématique très délicate, la radicalisation d’un adolescent. Vos œuvres ont toujours une grande portée sociale, celle-là est également politique.

Les réalisateurs Jean-Pierre et Luc Dardenne.

LFD : Le sujet est effectivement très politique. Inévitablement, nous l’avons abordé à notre façon, sans vraiment préméditer toutes les facettes de ce récit malgré ce qu’on peut penser. Nous désirions comprendre comment un gamin peut devenir aussi radical et du même coup, explorer le fanatisme religieux.

Le Clap : Le radicalisme religieux, ça demeure délicat comme sujet…

LFD : Ah non, pas pour nous. Pas en Belgique du moins. Chez vous davantage peut-être. On a un personnage qui voit dans le geste de tuer, un acte qui n’est pas mauvais dans le sens de mal. Il pense faire le bien. Il a comme modèle un martyr. Tuer ou ne pas tuer, au cinéma, c’est très universel. Le fanatisme n’est pas que musulman, il a été chrétien longtemps. Actuellement, c’est associé à l’islam radical, oui. Demain, on verra. Nous, on s’inspire de ce qui se passe présentement dans le monde. Nous avons un ami au Burkina Faso qui nous a raconté toute l’horreur du fanatisme religieux là-bas. En Belgique, c’est différent, mais le problème existe. Et c’est ce qui nous a touchés. Les imams en Belgique ont une réelle emprise sur la jeunesse musulmane. Ils isolent les jeunes, ils leur interdisent de parler aux non-musulmans. Ils polarisent en mettant les bons d’un côté et les mauvais, les non-croyants, de l’autre. C’est un combat entre les purs et les impurs. Dans notre film, la famille d’Ahmed devient impure aux yeux de ce dernier, car elle ne respecte pas les préceptes alimentés par l’imam du quartier.

Le Clap : Votre film fait résonner chez le spectateur un grand sentiment d’impuissance. On le doit à votre façon, très habile, de mettre en scène le scénario, mais aussi à votre jeune acteur, Idir Ben Addi, réellement formidable dans le rôle d’Ahmed.

LFD : Oui. Son radicalisme est sombre, mais heureusement, il y a une belle douceur chez lui. C’est ce qu’il dégage. Il nous fallait un jeune acteur qui n’incarnait pas au premier regard toute la violence qui l’habite dans le récit. Il ne fallait pas voir tous les signes de sa radicalisation dès le départ. On a répété plusieurs semaines, cinq ou six, avec Idir. C’était une forme d’entraînement. Il faut que les mécanismes de défense des acteurs se perdent, que le naturel prenne sa place dans leur jeu, dans leurs gestes devant la caméra. Trouver le juste milieu entre la méthode et l’instinct du jeu de comédien.

Le Clap : Depuis la sortie du film à Cannes, puis dans plusieurs pays en Europe, un débat s’est-il enclenché sur la radicalisation des adolescents?

LFD : Oui, tout à fait. Dans les salles de cinémas, quand nous y étions invités, mais aussi dans les écoles et dans les milieux communautaires qui s’occupent des jeunes radicalisés, les discussions furent nombreuses. Chaque fois, les choses se disent. Oui, il y a une confrontation qui en ressort, mais c’est normal. Un jeune assez grand nous a dit : « Pourquoi vous voyez le côté noir des Arabes. Pourquoi ne pas avoir pris un Blanc? » On lui a répondu qu’avec un Blanc, ça aurait donné un autre film justement. Nous assumons nos choix. Et au-delà de ses origines culturelles, nous voulions prendre un garçon tout à fait normal pour qu’on s’identifie à lui, et ce, même s’il est musulman. Et si nous abordons l’islam radical, c’est parce que ces jeunes sont interpellés par ce phénomène dans la société actuelle en Belgique. Sa question était légitime cela dit. Le fanatisme n’est pas que musulman, une fois cela avoué, notre film a le mérite, nous le croyons, de provoquer une discussion constructive sur ce qui se passe actuellement dans le monde.

Le Jeune Ahmed prendra l’affiche en salle au Clap en juillet. Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

100 kilos d’estime de soi

100 kilos d’étoiles

Il y a de ces films dont l’intention première est de faire du bien. 100 kilos d’étoiles, premier long métrage de Marie-Sophie Chambon, est de ceux-là. Avec humour et légèreté et aussi beaucoup de finesse, le film aborde l’amitié à l’adolescence et surtout l’acceptation de soi malgré la lourdeur du regard des autres qui peut facilement plomber l’estime de soi. Inévitablement, l’œuvre rappelle Jeune Juliette d’Anne Émond, sorti l’été dernier dans nos salles, film qui explorait un peu les mêmes thématiques.

100 kilos d’étoiles raconte l’histoire de Loïs, jouée par la nouvelle venue Laure Duchêne, une ado surdouée en sciences qui rêve de devenir cosmonaute. Mais sa détermination à réaliser son rêve est gravement minée par un surplus de poids qui l’accable et que son entourage se plaît à lui rappeler. Heureusement pour elle, sa rencontre avec trois autres adolescentes, devant composer également avec des troubles divers, aura pour effet de lui redonner confiance et ensemble, les nouvelles amies partiront sur la route afin de participer à un camp spatial unique en son genre.

La réalisatrice Marie-Sophie Chambon explique la genèse de son road movie familial qui prendra l’affiche au cinéma Le Clap dès le début du mois de juillet.

Marie-Sophie Chambon, réalisatrice.

Le Clap : Marie-Sophie, parlez-moi de l’idée de départ de votre film, du message que vous vouliez transmettre avec ce récit d’une adolescente ambitieuse, mais mal dans sa peau.

Marie-Sophie Chambon : L’idée, c’était de parler de jeunes filles qu’on voit peu au cinéma. Jeune, ma sœur a eu un problème de surpoids et pour elle, et toutes celles qui en souffrent, cette situation prend rapidement la forme d’une véritable prison. D’ailleurs, en voyant mon film, ma sœur a réagi en disant : « Enfin, les choses sont dites ». Ça prouve qu’il y a tant à dire sur ce sujet encore un peu tabou. J’avais donc envie, au départ, de raconter l’histoire de jeunes filles un peu décalées et qui peuvent trouver un sens à leur vie. Peu avant de réaliser le film, alors que je peaufinais le scénario, j’ai réalisé Princesse, un court métrage qui est un peu un prequel (antépisode) de 100 kilos d’étoiles. De faire mon court et d’avoir un bel accueil pour ce dernier, ça a définitivement aidé à financer le long.

Le Clap : Trouver la jeune actrice idéale, ça a été facile?

MSC : Oh que non. Et je savais qu’en trouvant l’ado parfaite, mais inexpérimentée pour le rôle, ça n’allait en rien aider à financer mon film, car les investisseurs aiment les stars. Mais bref, ça a pris un an et demi pour trouver Laure et les trois autres actrices. Ces jeunes filles allaient devoir montrer leurs corps au grand écran et ça, ce n’était vraiment pas évident. On a fait du casting sauvage, on a visité des lycées, on a espionné des profils Facebook et finalement, c’est au Salon du livre de Paris qu’on a trouvé Laure. Quand on lui a offert de passer en audition, elle a cru à une blague. Heureusement, elle a embarqué dans l’aventure et lors de l’audition, on a bien vu qu’elle correspondait parfaitement au personnage de Loïs.

Le Clap : Dans votre film, les adolescentes se rendent à un camp d’astronomie étonnant. Ça existe vraiment en France ce genre de rassemblement?

MSC : Absolument. J’y suis allée deux fois et ça se déroule dans des bases militaires. Ils font des lancements de fusées et les jeunes viennent de partout, de Russie, du Japon et d’ailleurs. Il y a cependant très peu de filles dans ce camp, mais c’est marrant de les voir aller. Ils cousent des parachutes, ils font de la soudure. Ils touchent à tout et sont passionnés par cette compétition.

Le Clap : Votre film n’est pas qu’un récit dramatique, vous y avez ajouté plusieurs pointes humoristiques.

MSC : Oui, car si je voulais parler du rapport à notre corps à l’adolescence et parler des rêves adolescents, comme celui de devenir astronaute, il fallait balancer l’histoire et y intégrer un peu d’humour afin d’éviter que le fil narratif ne devienne trop dramatique. Je suis heureuse du résultat. D’ailleurs, au Festival de Cannes l’an passé, notre film a été projeté dans un cadre jeunesse, dans des salles remplies d’ados. La réaction a été hyper-positive. Ils ont rigolé, ils ont été touchés. Une jeune fille nous a remerciés en disant qu’elle se trouvait moche et que notre histoire lui avait fait un bien énorme. J’ai été très émue de sa réaction. Pour moi, ça justifie pourquoi on fait des films. Mon long métrage a un peu changé son regard sur elle-même.

Le Clap : Votre sujet est assez universel, c’est ce qui explique son succès auprès de nombreux distributeurs dans le monde?

MSC : Oui, je le crois, car il a été acheté notamment en Australie, en Corée du Sud, au Brésil et évidemment au Québec. Tout ça, pour moi, c’est magique.

100 kilos d’étoiles est à l’affiche au Clap. Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

Juillet 2020 en 10 titres

Un fils, film réalisé par Mehdi M. Barsaoui.

Ah, le cinéma est enfin de retour en salle après un « confinement obligé sur les différentes plates-formes ». On doit oublier les mois d’avril, mai et juin et se concentrer aujourd’hui sur l’un des plus beaux mois de l’année, juillet. Durant les 31 prochains jours, se succèderont en salle plusieurs films dont les sorties ont été reportées, mais aussi plusieurs nouveautés du côté du cinéma étranger et québécois ainsi que quelques longs métrages américains. Voici les dix films à mettre à votre agenda du mois de juillet pour le grand retour du septième art sur grand écran! 

1- Un fils : Ce film tunisien qui relate le drame qui secoue un couple dont le fils est victime d’un attentat est un réel coup de coeur. Alors que la vie de leur garçon est en danger, le père apprend du même coup qu’il n’est pas le géniteur de l’enfant. Le scénario est fort, le jeu des comédiens très relevé et les questions que suscitent le récit nous touchent fortement. 

2- Nos mères (Nuestras Madres) : Au Guatemala, un jeune anthropologue judiciaire part sur les traces de son père, un chef guérilléro disparu depuis des années. Un drame qui revient sur les profondes blessures d’une population marquée par la guerre civile. 

3- Au nom de la terre : Dans son film, Édouard Bergeon nous raconte l’histoire touchante de son père, un fermier victime de la cruauté du marché agroalimentaire en France. Guillaume Canet joue le rôle principal. 

4-Un divan à Tunis : Comme pour Un Fils, cette jolie comédie dramatique se déroule en Tunisie. Elle se penche sur les aléas de Selma, une psychanalyste jouée par Golshifteh Farahani, qui après avoir travaillé en France retourne dans son pays d’origine pour y exercer son métier. Mais son arrivée sur place ne se fera pas sans heurt. 

5- Unhinged (Enragé) : Si rien ne bouge, ce film sera celui qui marquera le retour en salle du cinéma américain cet été. Le suspense met en vedette Russell Crowe en conducteur de pick-up qui pète les plombs, terrorisant une mère de famille et son jeune fils dans le cadre d’une rage au volant qui va rapidement dégénérer. 

6-Saint Maud (Sainte-Maude) : Dans le milieu du cinéma d’horreur, on parle de ce film comme l’un des plus horrifiant de l’année. L’histoire est celle de Maud, une infirmière très croyante qui se met en tête de sauver l’âme d’une danseuse cloîtrée à domicile et dont elle prend soin. 

7- Target Number One (Suspect numéro un) : Le réalisateur Daniel Roby nous raconte l’histoire vraie et enrageante d’Alain Olivier, condamné pour trafic de drogue en Thaïlande et aussi victime d’un complot impliquant la GRC. Dans le rôle principal, Antoine Olivier Pilon offre une prestation des plus inspirées dans ce thriller québécois haletant tourné en anglais. 

8- Perdrix : Cette comédie joue la carte de l’absurde avec un cadre rustique en toile de fond. Swann Arlaud, Maud Wyler et Fanny Ardant s’en donnent à cœur joie dans cette aventure où un gendarme de campagne voit débarquer dans sa petite bourgade une jeune femme atypique qui aura l’effet d’une tornade.

9- 100 kilos d’étoiles : Comme Jeune Juliette, ce film mêle humour et drame pour mieux parler d’amitié et d’acceptation de soi à l’adolescence, mais ici avec comme héroïne une ado qui, malgré son surplus de poids, veut devenir astronaute. 

10- Le Jeune Ahmed : Les frères Dardenne mise juste avec ce récit bouleversant centré sur la radicalisation islamiste d’un adolescent et les efforts de son entourage pour lui faire entendre raison.