Play : jouer avec le temps qui passe

Anthony Marciano est un jeune réalisateur français qui aime prendre des risques. Nous avons eu l’occasion de voir en 2013 l’une de ses réalisations, Les Gamins avec Alain Chabat et Max Boublil. Ce dernier est encore la tête d’affiche de son tout nouveau film intitulé Play, le film de notre vie, à l’affiche au Clap dès la mi-février. Sa nouvelle comédie dramatique a un concept étonnant, soit de relater la vie presque entière du personnage principal à l’aide d’archives vidéo.  Pour la promo de ce projet inusité, le cinéaste s’est confié sur le défi que représentant la réalisation peu banale de Play mettant à nouveau en vedette son copain de toujours, l’humoriste et acteur français Max Boublil.

Le Clap : Votre film raconte à l’aide d’images d’archives toute la jeunesse et l’arrivée dans le monde des adultes du personnage de Max joué par Max Boublil. Autant dans la façon d’écrire le scénario que dans la réalisation technique, l’ensemble représentait tout un défi, non?

Anthony Marciano, réalisateur.

Anthony Marciano : Un défi incroyable, oui. Il fallait rendre cohérent toutes les scènes que Max filmait. Il fallait justifier l’utilisation de la caméra par Max, de 1993 jusqu’aux années 2010. Il fallait aussi un casting de gens qui vieillissent ensemble et qui ont l’air réellement d’une bande d’amis. C’était difficile de trouver des acteurs qui se ressemblaient d’une époque à l’autre. Il y a eu également un gros travail de direction artistique pour le maquillage, les coiffures, les costumes.

Le Clap : Max Boublil a un beau capital de sympathie en France, je crois.

AM : Oui, de plus en plus. Il est davantage connu comme humoriste, mais son talent d’acteur se fait sentir d’année en année. Max doit quand même toujours prouver qu’il est bon. C’est un acteur sincère et spontané et il était l’homme idéal pour ce rôle. On l’a d’ailleurs écrit ensemble ce film.

Le Clap : L’originalité du long métrage est un atout mais peut aussi décontenancer le public peu habitué à ce genre d’offre.

AM : C’est le pari qu’on s’est donné au départ. Évitez de faire peur aux gens, les amener à être curieux. On a reçu beaucoup de commentaires élogieux de ceux qui sont allés voir le film. La déception pour la sortie française, c’est que médiatiquement, le film était vu à la base comme une sorte d’ovni alors qu’il est très accessible malgré sa forme. Et puis il y a eu les grèves qui n’ont pas aidé non plus. Plusieurs personnes ont même été leurrées par le film, comme si c’était un peu un documentaire, et ça c’était positif bien évidemment.

Le Clap : Play mise quand même beaucoup sur la nostalgie de jeunesse?

Max Boublil dans Play, le film de notre vie.

AM : Oui, c’est vrai. On avait cette nostalgie de notre adolescence et on a eu l’idée de cette caméra immersive, de mettre en scène quelqu’un qui filme sa vie continuellement. L’idée, c’est de revivre chaque moment marquant. Chacun cherche à retrouver des émotions liées à sa jeunesse et ça, ça touche tout le monde. Moi-même, j’ai filmé tellement de choses depuis l’adolescence. En fait, pour l’écriture, on a pris plein d’anecdotes réelles et on mélangeait le tout pour mieux servir l’histoire. C’est mon vécu et celui de Max transposés au grand écran.

Le Clap : Bien que nostalgique, votre film est très actuel dans sa façon d’aborder la génération de l’image.

AM : Play est rassembleur. Aujourd’hui, tout le monde met sa vie en images. Notre film relate les débuts de cette ère. Le principe du film est particulier, la proposition, on y adhère ou non, mais selon moi Play est intergénérationnel. De plus, on l’a vendu dans plusieurs pays dont aux Américains qui eux vont en faire un remake. Je vais d’ailleurs collaborer pour leur faciliter la tâche. Ils refont le scénario pour que culturellement tout coïncide avec leur mode de vie, leurs références culturelles, etc. On est très flatté de leur intérêt et on a hâte de voir le résultat final.

Cette entrevue a été réalisée dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

Février 2020 en dix films

Mafia Inc. de Podz, avec Marc-André Grondin.

Février, c’est le mois des Oscars et ce sera une période marquée par la sortie de films en tous genres (horreur avec Come to Daddy, comédie avec Downhill, drame biographique avec Le Traître, film d’animation et de superhéros avec Sonic le hérisson et Birds of Prey, etc.). En résumé, voici les dix longs métrages à voir en priorité durant le mois le plus court de l’année.

1- Mafia inc. : Nouvelle réalisation de Podz basé sur un essai portant sur la famille Rizzuto et se penchant sur le milieu de la pègre montréalaise. Marc-André Grondin et Sergio Castellito se donnent la réplique dans un des films québécois les plus attendus de l’année.

2- Le Lion : Il y a trop peu de bonnes comédies, alors on se croise les doigts pour que la réunion à l’écran de Dany Boon et de Philippe Katerine fasse des étincelles dans ce récit d’espionnage sur fond de mythomanie.

Portrait de la jeune fille en feu.

3- Portrait de la jeune fille en feu : Céline Sciamma réunit à l’écran Noémie Merlant et Adèle Haenel dans un drame saphique en costume où une promise devient amoureuse de l’artiste qui doit l’immortaliser sur toile.

4- Wendy : Le réalisateur Benh Zeitlin a connu en 2021 des débuts fracassants avec Beasts of the Southern Wild. Il est de retour huit ans plus tard pour revisiter le mythe de Peter Pan en focalisant son récit sur le personnage de Wendy. Son drame fantaisiste et insulaire pourrait causer la surprise.

5- Prisons sans barreaux : Documentaire troublant portant sur les personnes victimes d’une hypersensibilité environnementale et qui sont grandement affectées par les champs électromagnétiques.

6- Fantasy Island (L’Île fantastique) : Là on risque de s’amuser ferme en revisitant la série télé des années 80 et en la faisant verser littéralement dans le film d’horreur. Un plaisir coupable avoué de février.

7- Les Chatouilles : Ce drame bouleversant met en scène une jeune femme meurtrie par une  enfance marquée par les « chatouilles » que lui faisait subir le meilleur ami de ses parents. Basé sur l’histoire de la coréalisatrice et actrice Andréa Bescond, ce film permet à Pierre Deladonchamps et à Karin Viard d’offrir des performances stupéfiantes.

8-Corpus Christi (La Communion) : Ce film polonais, nommé aux Oscars, raconte comment un jeune homme converti au catholicisme, une fois sorti de prison, se fait passer pour un prêtre auprès de la population d’une petite ville de banlieue. La bande annonce pique fortement notre curiosité.

9- The Invisible Man (L’Homme invisible) : Elizabeth Moss joue le rôle d’une femme qui découvre que son ex-amant suicidé n’est peut-être pas mort. On ne vous divulgâche pas la suite évidemment, mais on est bien curieux de voir ce film fantastique.

10- La FameuseIinvasion des ours en Sicile : Au départ, il y a le conte de Dino Buzzati qui prend vie au grand écran grâce au talent du célèbre auteur de BD Lorenzo Mattotti, aux commandes de cette adaptation en dessin animé qui prendra cinq ans à réaliser et qui, au final, devient un film  aux images et aux couleurs magiques et au rendu intemporel.