Ça marche Pontiac!

Mad Dog Labine est le premier long métrage coréalisé par Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard. Prenant la forme d’une docufiction qui alterne entre les scènes du quotidien des résidants de la région du Pontiac et une intrigue amusante autour de deux jeunes filles qui ont sous la main un gratteux qui vaut de l’or, le film nous fait connaître une région méconnue de l’ensemble des Québécois, une contrée située entre l’Outaouais et l’Abitibi-Témiscamingue. Les deux cinéastes nous ont parlé de leur film qui, depuis sa sortie, suscite de fort belles réactions par sa spontanéité et sa liberté de ton.

Pierre Blais : Votre film semble sortir un peu de nulle part, non?

Jonathan Beaulieu-Cyr et Renaud Lessard : C’est vrai. En tournant à l’extérieur de Montréal, avec un tout petit budget et de façon un peu confidentielle, ça donne cette impression. C’est grâce au Festival du nouveau cinéma que l’effet s’est fait sentir, que notre film a fait parler de lui. Le public réagissait super bien. On y a même gagné un prix.

PB : Cette région du Pontiac m’apparaît comme très méconnue des Québécois. Est-ce pour cette raison que vous y avez tourné?

Renaud Lessard et Jonathan Beaulieu-Cyr, réalisateurs.

JBC et RL : Jonathan est originaire du Témiscamingue et moi d’Aylmer en Outaouais. On était fasciné par ce coin du Québec et en même temps très ignorants face à cette région. Une fois sur place pour tourner notre film, on a adopté une approche très collaborative avec les gens du coin, surtout les jeunes. L’accueil a été formidable. Les gens se sont mis en état de vulnérabilité et ont collaboré de façon étonnante à notre long métrage. On n’avait pas un gros budget, donc le climat d’entraide a été très apprécié.

PB : Parlez-moi de Pascal Beaulieu, le jeune de la chaloupe. Il est incroyable, c’est un personnage vrai et coloré qui donne le ton à votre film dès le départ.

JBC et RL : Nous l’avons rencontré lors d’un casting à son école secondaire qui regroupe les jeunes d’une vingtaine de villages du coin. Face à nous, il démontrait une grande lucidité, une belle franchise, et le tout avec un langage coloré. Il nous a charmés immédiatement. On ne pouvait pas aller dans la fiction avec lui, car il était plus grand que nature. Sa passion pour la pêche nous amenés à le filmer dans sa chaloupe. Tout ça, ça a été très naturel.

PB : Revenons aux réactions que votre film suscite. Quelles sont-elles?

JBC et RL : On revient de projections dans le Pontiac et c’était très positif. Les gens, en général, accrochent sur différentes choses dans notre film, mais surtout sur le territoire. Il y a comme une culpabilité de ne pas connaître ce coin-là. Le Pontiac a une identité culturelle unique. C’est très positif d’entendre ces commentaires. C’est important pour nous d’accompagner notre film, de créer des discussions, des événements et de pousser les jeunes à se déplacer pour voir notre film. On est conscient que la façon de consommer du cinéma est différente aujourd’hui, alors de créer des projections-événements, ça permet de rallier les jeunes qui sont curieux.

PB : Quels sont vos projets? Se feront-ils  encore à deux?

JBC et RL : On en a plusieurs, seul ou à deux, on se donne cette liberté. Mais déjà, nous avons un autre projet commun disponible. Il est en en ligne, c’est une Web série tournée juste après Mad Dog Labine. Ça s’appelle Cœur d’or. Jonathan scénarise et réalise la série et moi je m’occupe de la production. C’est disponible sur Unis TV.

Femmes libérées

Un amour impossible de Catherine Corsini.

Un amour impossible, c’est l’adaptation du livre éponyme écrit par Christine Angot, un drame familial réalisé par Catherine Corsini (La Nouvelle Ève, La Belle Saison). L’histoire est celle de Rachel (Virginie Efira) qui, séduite par Philippe (Niels Schneider), accouche d’un enfant dont il ne veut pas reconnaître la paternité. Les deux vivront séparés, se retrouvant de façon éphémère, Philippe s’intéressant peu à sa fille jusqu’à l’adolescence, période où leur relation sera bouleversée pour le pire. Rencontrée grâce à UniFrance dans le cadre de la promotion du film, la réalisatrice a bien voulu nous donner des détails sur le tournage et sur le choix des acteurs principaux de son long métrage.

Pierre Blais: Catherine, votre film relate une histoire troublante, émouvante et cruelle, et qui s’étale sur plusieurs décennies. En le regardant, je voyais aussi la mini-série qu’Un amour impossible aurait pu devenir.

Catherine Corsini, réalisatrice.

Catherine Corsini : Le livre m’avait bouleversé. Christine a beaucoup aimé le scénario et une fois tourné, c’est vrai que ce genre de récit qui se déroule sur plusieurs décennies aurait pu faire l’objet d’une mini-série, un peu comme Todd Haynes l’a fait avec Mildred Pierce (avec Kate Winslet) qui abordait également les rapports mère/fille. L’adaptation n’était pas simple. Je me suis appliquée à trouver les moments clés dans la vie de cette mère et de cette fille, comment elles traversent le temps ensemble malgré le drame. Mon film, c’est un livre d’images, celles des moments forts et plus anecdotiques qui font de notre vie une sorte de puzzle. C’est au final de savoir manier notre rapport au temps, et ce, à travers l’art narratif du cinéma. Et puis cette histoire, c’est aussi mon enfance. Je suis de la même génération que Christine Angot alors j’ai les mêmes souvenirs de l’époque où l’on écrivait des lettres, l’utilisation du téléphone, l’arrivée d’Internet, nos rapports à la façon dont on communique avec l’autre. L’attente du coup de fil a disparu au profit de l’attente du texto aujourd’hui. Et évidemment, d’aborder le sujet de ces deux femmes qui ont mené un combat pour se libérer, ça m’intéressait énormément. Tout ce projet était pour moi profondément fascinant.

PB : Le personnage de la mère, Rachel, jouée par Virginie Efira est étonnant, car il passe avec beaucoup de résilience à travers toutes les épreuves.

CC: Tout à fait. À l’époque, les femmes étaient conditionnées pour se marier et avoir des enfants. Si ce n’était pas le cas, elles en arrachaient. Mon film, c’est aussi un hommage à ces femmes, ces premières féministes si on veut, qui travaillent, élèvent leurs enfants seules, indépendantes et modernes avant leur temps. Dans le film, Rachel et Chantal dépendent l’une de l’autre. Quand la mère se retrouve devant le fait accompli et découvre que le père de son enfant est un pervers, elle peine à réaliser que c’est possible. C’est la fille qui arme sa mère devant la situation, pour l’aider à combattre à ses côtés et sortir de cette culpabilité énorme du fait de n’avoir rien vu venir.

PB : Le travail de maquillage est bluffant. Virginie Efira et Niels Schneider vieillissent sous nos yeux avec beaucoup de réalisme.

CC: Il y a eu un gros travail de fait en amont avec les maquilleurs et le résultat est incroyable. J’avais même pensé engager une seconde actrice mais au final, Virginie est formidable à l’écran. Pour le personnage de sa fille Chantal, il a fallu engager plusieurs comédiennes : un bébé, une fillette de 4 ans, une fille de 8 ans, une adolescente de 15 ans et enfin une adulte de 30. Au départ, on cherchait les ressemblances physiques puis on est allé vers des petits détails, des rappels, dans les costumes et surtout des personnalités vives. Il fallait sentir l’émotion chez chacune d’elles pour incarner Chantal aux différentes époques.

PB : Niels Schneider joue à la perfection le bellâtre séducteur. Vous aviez vu cela en lui?

CC : Ça a été un coup de foudre incroyable. J’ai fait plusieurs essais avec Virginie et d’autres acteurs et ça ne fonctionnait pas. Niels, je le trouvais trop jeune au départ mais en audition, il a été parfait. À la fin des essais, j’ai confirmé à Virginie que Niels était le comédien idéal pour jouer le rôle de Philippe. Il a trouvé le ton juste, ce flegme inhérent au personnage, une gestuelle qui l’accompagne dans chaque scène pour caractériser ce salaud, cette ordure de père abuseur. Virginie et Niels ont rendu le tournage très agréable.

Un amour impossible, à l’affiche dès le vendredi 5 avril.

Avril 2019 en dix films

Virginie Efira et Niels Schneider dans Un amour impossible.

Avril verra le superhéros de DC, Shazam, survoler le grand écran dans ce qui a tout l’air d’une comédie plutôt loufoque. Il y aura aussi le film d’animation Missing Link et le drame animalier Mia et le lion blanc qui tenteront de séduire les plus jeunes pendant que les films québécois Ville Neuve (dessin animé graphiquement impressionnant) et Mad Dog Labine (comédie sous la forme d’une docufiction) prendront aussi l’affiche. Enfin, on se croise les doigts pour une éventuelle sortie à Québec de High Life de Claire Denis et de L’Heure de la sortiethriller étonnant avec Laurent Lafitte. Mais avril, c’est aussi le mois où nous verrons éclore au grand écran les dix titres suivants :

Un amour impossible : Catherine Corsini adapte le roman autobiographique de Christine Angot relatant comment, dans les années 60, sa mère (jouée par Virginie Efira) est tombée amoureuse de son père (joué par Niels Schneider), véritable séducteur toxique. Une saga familiale belle et douloureuse à la fois.

Hellboy : Le mythique personnage créé par Mike Mignola est de retour dans un film signé Neil Marshall. David Harbour (Stranger Things) interprète le personnage mi-homme, mi-démon, dans cette production fantastique à souhait.

Les Aventures de Rémi (Rémi sans famille) : Daniel Auteuil et le petit Maleaume Paquin font équipe dans l’adaptation pour le cinéma de ce classique littéraire d’Hector Malot et célèbre dessin animé des années 80. Le long métrage profite d’images rustiques de la campagne française pour nous éblouir.

The Beach Bum (Débauche à Miami) : Le toujours très étrange Harmony Korine (Spring Breakers) réalise cette comédie hors normes dans laquelle Matthew McConaughey joue les escrocs à Miami.

L’Empereur de Paris : Vincent Cassel endosse l’uniforme de Vidocq, cet enquêteur des bas-fonds parisiens à l’époque de la France napoléonienne. Jean-François Richet (réalisateur du dyptique sur Mesrine) est aux commandes de ce drame épique.

Avengers : Endgame (Avengers : phase finale) : Inutile de résumer ce nouvel épisode, mais la liste du mois d’avril ne serait pas complète sans cette nouvelle aventure apocalyptique du plus grand regroupement de superhéros Marvel. Épatez-nous!

Mon garçon : Franchement, un bon petit polar haletant mettant en vedette Guillaume Canet. Le film a été tourné sans scénario si ce n’est la prémisse de base, soit celle d’un père qui cherche à tout prix à retrouver son fils victime d’un kidnapping.

Pet Sematary (Cimetière vivant) : Sûrement qu’un élan nostalgique nous donnera envie de voir ce remake basé sur un des nombreux romans de Stephen King adaptés au grand écran. Un film d’horreur animalier et bien évidemment glauque et funeste.

Tanguy, le retour : On espère fortement que ce deuxième volet des aventures de Tanguy, de retour au foyer de ses parents, soit à la hauteur du premier. Le casting est le même et la situation est assurée de dégénérer rapidement.

Grâce à Dieu : François Ozon s’inspire d’une histoire vraie, toujours sous enquête judiciaire, pour donner la parole aux victimes de prêtres pédophiles. Les talentueux Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud jouent les dénonciateurs.

Kim Nguyen vu par son producteur Pierre Even

The Hummingbird Project avec Salma Hayek et Alexander Skarsgard

Le producteur Pierre Even (Item 7) l’avoue, travailler avec Kim Nguyen est une tâche aussi fascinante qu’imprévisible, car le réalisateur québécois (qui a déjà habité dans la Vieille Capitale) arrive toujours avec un nouveau projet de film inusité, inattendu, poursuivant une trajectoire de création très difficile à anticiper, mais non moins passionnante.

Le nouveau film de Kim Nguyen, The Hummingbird Project, met en vedette Jesse Eisenberg, Alexander Skarsgard et Salma Hayek. Il raconte les déboires de deux cousins qui, bravant le milieu boursier avec une nouvelle technologie, tentent de relier par un réseau de fibre optique le Kansas au New Jersey et dans le but de faire un coup d’argent.

Alors que The Hummingbird Project, 7e long métrage du réalisateur de Rebelle et de Two Lovers and a Bear, prend l’affiche en Amérique du Nord (dans plus de 400 salles), son producteur, Pierre Even, l’homme derrière les succès de C.R.A.Z.Y. et Bon Cop Bad Cop 2 a bien voulu revenir sur la production de cette comédie dramatique dotée d’un budget de 16 millions de dollars.

Éditions Le Clap : Pierre, Kim Nguyen semble toujours nous arriver avec des films aux scénarios singuliers et fort différents chaque fois. C’est votre perception?

Jesse Eisenberg dans The Hummingbird Project.

Pierre Even : Absolument. C’est assez rare qu’on n’est pas surpris avec Kim. Il est très curieux et souvent un petit détail va l’accrocher. Ensuite, il en tirera un scénario surprenant. Pour Hummingbird, Kim a lu un article sur le High-Frequency Trading et il a accroché là-dessus. Mais son film parle aussi et surtout de notre obsession pour la réussite et l’argent même si, au départ, le sujet est un fait divers qui n’aurait accroché personne sauf lui. Avec Kim, c’est toujours de l’inattendu. Je me souviens, dès Le Marais, son premier film, on se demandait qui avait écrit cet ovni-là. Depuis ses débuts, il a une approche iconoclaste face aux divers phénomènes sociaux.

ELC: Le film est une coproduction entre le Québec et la Belgique. Les Américains, malgré la présence au générique de grosses pointures hollywoodiennes, ne sont pas impliqués, c’est étonnant.

PE : En fait, il y a beaucoup de règles entourant les coproductions et les avantages sont nombreux quand on travaille avec des Européens. Alexander Skarsgard est suédois et Salma Hayek a un passeport français. Pour faire simple, juste avec eux comme têtes d’affiche, ça nous permettait d’être en règle avec les consignes de financement des coproductions canadiennes et d’avoir davantage de budget grâce à ce partenariat avec un pays là-bas, dans ce cas-ci la Belgique.

Alexander Skarsgard et Pierre Even sur le tournage de The Hummingbird Project.

ELC : The Hummingbird Project est une comédie dramatique, un film québécois tourné en anglais avec des acteurs internationaux et portant sur un sujet très technologique à la base. Comme producteur, comment peut-on vendre ce genre de long métrage aux différents partenaires, diffuseurs et salles de cinéma?

PE : La nature du film et son générique nous permettent de le placer dans le rayon des films indépendants américains et de s’attaquer à ce marché avec une stratégie bien précise. Exemple, la sortie aux États-Unis se fait graduellement. D’abord, on vise New York et Los Angeles pour quelques salles seulement. Un mois  plus tard, on espère grimper le tout à 400 salles. Donc, hausser le nombre de copies, petit à petit, vaut mieux que d’en perdre d’une semaine à l’autre. L’idée, c’est qu’au lancement les salles soient pleines. C’est plus facile à réaliser avec peu de salles qu’avec des centaines. Il faut créer la demande avec une petite offre de départ. Et bien sûr, nos trois comédiens vedettes vont attirer l’attention sur le film de Kim et c’est tant mieux.

ELC : Au Québec, le film sort de quelle façon?

PE : En version originale anglaise, en version doublée et quelques-unes avec sous-titres. Bref, on aura le choix et c’était important pour nous.

ELC : Quelle touche personnelle Kim a-t-il mis dans The Hummingbird Project?

PE : C’est son film le plus accessible pour le grand public pour ce qui est du ton, c’est-à-dire la comédie et l’aventure. En même temps, Kim apporte une forte dose d’imprévu dans son récit comme c’est son habitude. Sa marque de commerce, c’est aussi la note d’espoir qu’il insuffle dans toutes ses réalisations. Il faut se souvenir que malgré toute la dureté du sujet dans Rebelle, le film finissait bien. Dans Hummingbird, l’humanité des personnages finit toujours par ressortir.

ELC: Comme Denis Villeneuve et Jean-Marc Vallée, Kim Nguyen est-il appelé à aller travailler chez nos voisins du Sud dans un avenir rapproché?

PE : Je travaille toujours pour ne pas qu’on le perde, mais selon moi, il sera appelé très rapidement à réaliser de gros films hollywoodiens. Kim est un hyperactif, il mène toujours de front trois ou quatre projets et il va continuer à le faire même si Hollywood tente de le séduire. Donc, nous, notre défi, c’est de garder les Kim, les Xavier (Dolan) et autres talents d’ici avec des projets ambitieux que nous pourrons produire avec l’aide des gouvernements. Pour Jean-Marc et Denis, il est un peu trop tard. Mais les projets à 30 millions, réalisés ici au Québec, on est capable d’y arriver d’après moi. Et je peux vous assurer que Kim a encore la volonté de réaliser des films ici.

Kim Nguyen, réalisateur.

Les premiers vertiges de l’amour

Philippe Lesage, réalisateur de Genèse. Crédit photo Valerian Mazataud.

Après le fort beau et troublant drame Les Démons, Philippe Lesage propose dès le 15 mars Genèse, film qui s’intéresse aux amours adolescentes. Un peu à la manière d’un film choral, son long métrage raconte l’histoire de Guillaume (Théodore Pellerin), un beau parleur charismatique qui verra son amitié avec un compagnon de classe se transformer peu à peu en quelque chose de plus ambigu. Puis, on s’intéressera au destin de Charlotte (Noée Abita), qui, écartelée entre deux relations insatisfaisantes, peine à trouver celui qui s’intéressera à elle pour de bonnes raisons. Enfin, dans un camp d’été,  Félix et Béatrice découvrent tous deux le sentiment amoureux. En promotion pour son nouveau long métrage qui s’apprête aussi à prendre l’affiche en France, Philippe Lesage nous a donné quelques détails sur la réalisation de Genèse.

Pierre Blais : Après Les Démons où les rôles d’adolescents étaient nombreux, pourquoi aviez-vous à nouveau envie d’explorer cette période avec Genèse?

Philippe Lesage : Je voulais surtout me pencher sur la fin de l’enfance et le début de la vie d’adulte, un âge où tout va très vite. Ma vision est bien sûr basée sur des souvenirs de ce que j’ai vécu à cet âge, mais je crois que les jeunes d’aujourd’hui vont se retrouver à travers ce que vivent mes personnages. Mon film, je crois, évite le piège habituel de la nostalgie et donc les réactions de mes personnages sont intemporelles. On vit l’amour et ce qui tourne autour de la même façon aujourd’hui qu’hier.

PB : Philippe, vous avez étudié le cinéma au Danemark et là-bas, les films s’attardent souvent aux situations sociales et aux émotions qui font mal. C’est une influence certaine?

Noée Abita

PL : Oui, du moins avec Lars von Trier qui aime toujours mettre un caillou dans le soulier même si je ne vais pas dans la manipulation comme il aime bien le faire. Pour moi, le cinéma doit refléter la vie telle qu’elle est, c’est ce que je m’attarde à faire. Par exemple, il y a une scène très dure dans Genèse avec le personnage joué par Noée Abita et si elle s’y trouve c’est qu’autour de moi, la plupart des femmes avaient déjà vécu, plus jeunes, une menace sexuelle, une forme ambiguë de la banalité du mal si je puis dire.

PB : Votre film met en vedette la crème des jeunes acteurs québécois actuels dont plusieurs avaient joué dans Les Démons, je pense à Rose-Marie Perreault, Pier-Luc Funk, Émilie Bierre, Théodore Pellerin pour ne nommer qu’eux. C’est facile de les diriger sur un plateau?

PL : Oui, car je les trouve hyper-talentueux et à leur âge, ils comprennent exactement ce que veut dire le jeu naturel devant une caméra. À la télé, les comédiens d’expérience ont souvent un ton plus dramatique et affecté qui ne me plaît pas vraiment, surtout que moi, je recherche toujours un jeu naturaliste chez mes acteurs. Les jeunes acteurs de Genèse, heureusement, comprennent très bien cela.

PB : La Française Noée Abita était formidable dans Ava, est-ce pour ça qu’elle a eu le rôle de Charlotte?

PL : Je l’ai effectivement trouvé incroyable dans Ava, mais c’est aussi un concours de circonstances. J’ai perdu une comédienne à une semaine du tournage et on a dû trouver très rapidement une autre actrice. À ce moment-là, il y avait une belle rumeur autour de la performance de Noée dans Ava qui venait d’être présenté à Cannes. J’ai vu le film, je lui ai envoyé le scénario et rapidement, elle a foncé. Elle avait envie de jouer ce rôle et avait naturellement cette force et cette fragilité qui émanent du personnage de Charlotte.

PB : Paul Ahmarani joue un enseignant qu’on aime détester, un être fascinant, érudit, qui intimide ses étudiants. Ça vient de vos souvenirs du collège privé?

Théodore Pellerin

PL : C’est un mélange de plusieurs profs que j’ai connus et aussi du talent de Paul pour donner une couleur à son personnage, un côté charismatique et cassant, voire imprévisible. Le jeu de pouvoir entre lui et Guillaume joué par Théodore Pellerin est très intéressant.

PB : Y a-t-il une scène que vous préférez dans Genèse?

PL : La dernière partie au camp de vacances et sa fin ouverte. J’aime qu’on se pose des questions en voyant mon film et cette scène est interrogative. On vient y prendre les éléments qu’on aime, mais à la fin, le spectateur interprète le tout à sa façon. C’est vraiment ce que je recherche.

Grand écran et jeune public

Charlotte a du fun réalisé par Sophie Lorain.

Alors que le Festival de cinéma en famille de Québec bat son plein durant la semaine de relâche mise au calendrier par une majorité d’écoles primaires et secondaires de la région, on se doit de remarquer deux phénomènes concernant le cinéma québécois et ce qu’on appelle la clientèle « jeune public ».

Félix et le trésor de Morgäa (Productions 10e Ave)

Bien sûr, les films jeunesse québécois sont encore trop rares dans nos cinémas à part les films d’animation comme La Course des tuques, sorti récemment, et ceux conçus par les Productions 10e avenue (La Légende de Sarila, Nelly et Simon : mission yéti). L’époque glorieuse des Contes pour tous semble bien lointaine et pourtant il n’est jamais trop tard pour changer la donne. Certains pays l’ont bien compris. Par exemple, au Danemark, une part fixe annuelle de 25 % de l’ensemble des subventions offertes à la production de films locaux est consacrée à la réalisation d’œuvres destinées aux enfants. L’idée derrière cette politique est d’habituer très tôt les jeunes spectateurs à voir des films qui leur ressemblent, des longs métrages reflétant leur culture plutôt que de les laisser se nourrir uniquement de productions Disney. L’idée est louable, alors pourquoi ne pas développer davantage ce créneau chez nous? Nos institutions comme la SODEC et Téléfilm Canada n’ont qu’à emboîter le pas.

Enfin, le second phénomène que l’on peut constater présentement dans nos salles, un peu l’inverse du premier, c’est l’abondance de longs métrages québécois mettant en scène des adolescents. Même si ces films peinent à attirer la clientèle visée dans les salles, il y a lieu de remarquer une forte tendance depuis au moins deux ans alors que sont débarqués sur nos écrans 1:54, La Chute de Sparte, Les Faux Tatouages, Charlotte a du fun, Avant qu’on explose, Ailleurs, Wolfe, La Disparition des lucioles, 1991, Une colonie et bientôt, à l’affiche en mars, Dérive et Genèse. Il reste encore à briser certains tabous chez une clientèle cible qui s’abreuve beaucoup à Netflix et qui est plus qu’habituée aux effets spéciaux démesurés des films hollywoodiens pour se divertir. Il faut absolument attiser leur curiosité pour des œuvres qui dépeignent, par le drame et l’humour, leur quotidien, leur réalité québécoise comme on peut le faire dans le réseau scolaire avec nos romans. La qualité de nos films cités plus haut étant au rendez-vous, autant du côté de la réalisation que du côté du talent de nos jeunes acteurs et actrices, il y a lieu d’être optimiste. Soutenir le cinéma de divertissement oui, mais aussi celui qui prend la forme d’un miroir de notre société et de notre jeunesse. Voilà une belle matière à réflexion.

Bande annonce de Mia et le lion blanc, film de clôture du FCEQ.

Mars 2019 en 10 films

Gloria Bell avec Julianne Moore, réalisé par Sebastian Lelio.

Mars est un gros, gros mois de cinéma. Plusieurs productions québécoises débarqueront sur les écrans dont Dérive de David Uloth et Chloé Cinq-Mars, Ca$h Nexus de François Delisle, The Hummingbird Project de Kim Nguyen et Nous sommes Gold d’Éric Morin. Pour toute la famille, il y aura Wonder Park, pour les amateurs de science-fiction Captive State, pour ceux qui veulent rire, Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu? et pour un détour en Espagne, il vous faudra voir Tout le monde le sait. Mais bref, voici les dix titres à voir ce mois-ci.

1-Gloria Bell : Voici une nouvelle version de ce très beau drame chilien que réalise le cinéaste Sebastian Lelio. La magnifique Julianne Moore est Gloria, une femme mature, indépendante et qui flirte à qui mieux mieux dans les bars de Los Angeles. John Turturro et Michael Cera complètent la distribution.

2- Dumbo : Tim Burton revisite ce classique de Disney avec son imagination débordante et une distribution (Eva Green, Colin Farrell, Michael Keaton) enjouée donnant la réplique à un éléphanteau, qui je le rappelle, possède de grandes oreilles qui lui permettent de voler.

3- Sauver ou périr : Pierre Niney incarne avec beaucoup de justesse un père de famille, pompier de carrière, victime d’un violent incendie qui a fait de lui un grand brûlé. Il doit alors se reconstruire physiquement et psychologiquement. Dans le rôle de la conjointe, Anaïs Demoustier est des plus touchantes!

4-Climax : Chaque film de Gaspar Noé est un événement en soi. Loin d’être destinés au grand public, ses films n’en demeurent pas moins des expériences fascinantes et dérangeantes. Ici, sous nos yeux, une troupe de danse vivra intensément une soirée trop arrosée. Musique, délires extatiques et déhanchements au menu. Pour mieux saisir son nouvel univers, il faut le voir et le vivre devant le plus grand écran possible.

5- Les Éternels : Cette saga chinoise (du réalisateur de A Touch of Sin) suit une jeune femme amoureuse d’un gangster et dont la vie tourne entièrement autour du milieu de la petite pègre chinoise. Histoire d’amour sur fond de criminalité avec comme décors la Chine profonde, ce film est aussi étonnant que dépaysant.

6- Captain Marvel (Capitaine Marvel) : Le blockbuster du mois est bien évidemment un autre film de superhéros. On n’y échappe pas. Au moins, après Wonder Woman, on a droit à une autre franchise avec à sa tête une superhéroïne, jouée ici par l’excellente Brie Larson.

7- Avant qu’on explose : Premier long métrage de Rémi St-Michel (originaire de Beauport) qui sous la forme d’une comédie coming of age nous raconte l’anxiété vécu par un adolescent de Baie-Saint-Paul qui craint de mourir puceau alors que la menace d’une Troisième Guerre mondiale pointe à l’horizon. Étienne Galloy joue celui qui tente de perdre sa virginité à tout prix.

8-Genèse : Après Les Démons, Philippe Lesage s’intéresse à nouveau à l’adolescence avec ce drame porté par une ribambelle de jeunes acteurs talentueux comme Théodore Pellerin, Noée Abita, Émilie Bierre et Pier-Luc Funk. En deux heures, le temps d’un été, nous sommes plongés dans le quotidien de personnages découvrant les douloureux premiers sentiments amoureux. GENÈSE est un polaroïd impressionniste qu’il faut voir absolument.

9-Greta : Suspense réalisé par Neil Jordan. Dans GRETA, Chloë Grace Moretz joue le rôle d’une jeune femme qui se lie d’amitié avec une prof de piano attachante et mystérieuse. Isabelle Huppert interprète de façon inquiétante cette dernière avec tout le talent qu’on lui connaît.

10-Us (Nous) : Après Get out, voici le nouveau suspense de Jordan Peele, une histoire de famille en vacances où chacun des membres découvrira son double maléfique. Frissons garantis.

Coralie fait son nid

Revenge, réalisé par Coralie Fargeat.

En voyage à Paris récemment pour une série d’entrevues promotionnelles consacrées aux  films français qui prendront l’affiche ici dans les prochains mois, j’ai eu l’occasion de croiser les cinéastes membres du jury de MyFrenchFilmFestival 2019 dont faisaient partie entre autres le Québécois Kim Nguyen (Rebelle) et le Belge Jaco Van Dormael (Toto le Héros). Au sein du jury se trouvait également Coralie Fargeat, réalisatrice et scénariste âgée de 42 ans qui s’est fait remarquer en 2018 avec la sortie de son premier long métrage, une œuvre féministe sanglante et glaçante titrée Revenge. Son film (sorti en salle à Montréal en 2018) a surpris bien des gens et s’est retrouvé dans la plupart des palmarès de fin d’année consacrés aux longs métrages d’horreur et fantastiques. La cinéaste détonne présentement dans le cinéma de genre, véritable chasse gardée masculine. Voici un résumé de ma rencontre avec une artiste aussi passionnée qu’affirmée et dont il faudra surveiller les prochains projets.

Le Clap : Les films de genre, voire d’horreur français, sont assez rares et ceux réalisés par des femmes le sont encore plus. Il y a eu Grave de Julia Ducournau voilà deux ans et maintenant Revenge que vous venez de signer, deux œuvres très gores. C’est difficile d’arriver à concrétiser ce genre de projets marginaux.

Grave réalisé par Julia Ducournau.

Coralie Fargeat : Oui, effectivement, car l’industrie a une drôle de relation avec ce genre. Les portes ne s’ouvrent pas facilement. Mais là, je sens qu’on surfe sur une belle vague. Le film de genre connaît du succès et ça a été le cas de Revenge et de Grave qui ont tous deux très bien marché à l’international. J’ai profité de l’élan donné par le film de Julie et je sens qu’en France, l’envie de faire ce genre de cinéma, comme aussi La Nuit a dévoré le monde, est réel. Le CNC, l’organisme qui finance nos films, a récemment mis en place une aide financière pour soutenir le genre, ce qui est très bien. Mais encore faut-il que l’institution comprenne cet univers. Ils aiment qu’il y ait une signature d’auteur rattachée à une œuvre. Je comprends l’idée même si, moi, j’aime bien les films moins intellectuels comme ceux de John Carpenter. C’est dans cette lignée que ça devient délicat pour obtenir de l’aide financière. L’arrivée des nouvelles plateformes nous donne aussi un bon coup de main, car les films de genre sont très recherchés dans ce milieu.

LC : L’avenir d’œuvres singulières, violentes, cathartiques, fantastiques, passe-t-il justement par la cohabitation entre les salles de cinéma d’auteur et les plateformes numériques plus nichées?

Coralie Fargeat, réalisatrice.

CF : Absolument. Revenge est sorti en salle, mais dans l’ensemble, les propriétaires de salles sont frileux face à ce type d’histoires. Aux États-Unis, on a battu des records pour les locations en vidéo sur demande, c’est dire qu’il y a un marché pour ça. Ça augmente la durée de vie de notre film.  Mais une sortie uniquement aux plateformes ce n’est pas l’idéal, car ça coupe les rencontres avec la presse lors d’un festival, ça coupe toute l’interaction avec le public regroupé pour voir un film en même temps dans un même lieu. Pour moi, les projections en salle sont encore vitales sinon le film est vite digéré et vite oublié parmi une marre de longs métrages produits en série. Je prône une réelle cohabitation entre la sortie en salle et la sortie numérique et pour les films de genre, c’est d’autant plus vrai et qu’essentiel.

LC : Avez-vous senti qu’en tant que femme qui flirte avec l’horreur, sans pudeur, vous étiez un peu vu comme une intruse?

Near Dark de Kathryn Bigelow.

CF : Oui. On le remarque, car c’est encore inhabituel. Ça l’est encore dans le milieu du cinéma en général hélas. L’horreur lui, est un genre historiquement plus masculin. Hormis Kathryn Bigelow (Near Dark), je n’avais pas vraiment de modèles, mais en même temps, ça m’a permis de me faire remarquer, de me distinguer. Cela dit, regardons les Oscars et on voit encore une fois cette année que les choses évoluent très, très lentement pour les femmes.

LC : Revenge vous a fait connaître et là, inévitablement, on va s’attendre à un autre film du même type de votre part. Ça crée une pression pour votre prochaine réalisation?

CF : C’est une bonne question. Vers où dois-je aller pour mon deuxième film? C’est très difficile, car il y a des attentes et on y réfléchit beaucoup. La seule règle que je me donne, c’est de suivre mes envies profondes. Revenge est un film avec des qualités et des défauts, mais c’est aussi un long métrage vivant, énergique, avec une âme. C’est ça que j’ai encore envie de faire, avec le même élan et possiblement toujours tourné vers l’horreur et le fantastique.

Revenge est présentement disponible ici en DVD ou en VSD.

Une colonie, la nôtre

Une colonie réalisé par Geneviève Dulude-Decelles. Crédit photo Lena Mill-Reuillard & Etienne Roussy

Après plusieurs courts métrages et un documentaire, Bienvenue à F.L. qui se déroulait dans une école secondaire, Geneviève Dulude-De Celles nous raconte avec Une colonie l’histoire de Mylia (jouée par l’excellente Émilie Bierre), une jeune fille de douze ans qui fait son entrée à la polyvalente de sa région. Taciturne, elle anticipe avec une certaine anxiété la rentrée scolaire et sa rencontre avec des jeunes qu’elle ne connaît pas. Ce drame intimiste et touchant, arrive au Cinéma Le Clap le 1er février. Voici ce que sa réalisatrice avait à dire au sujet de son fort beau premier long métrage de fiction.

Pierre Blais : Votre documentaire portait sur la vie des jeunes au secondaire, Une colonie aussi. Il y a un lien évident à faire?

Geneviève Dulude-De Celles : Oui, car j’ai écrit Une colonie en parallèle du tournage de Bienvenue à F.L., donc j’avais en tête cet univers et mes propres expériences vécues à cette époque de ma vie. Tous les jeunes que j’ai rencontrés et mes réflexions sont venus nourrir mon écriture. Je voulais vraiment me rapprocher de quelque chose qui, à l’écran, allait être le plus authentique possible.

PB : L’adolescence des jeunes d’aujourd’hui est-elle similaire à la vôtre?

Émilie Pierre et Geneviève Dulude-Decelles réalisatrice. Crédit photo Julie Caron

GDD : Il y a beaucoup de similitudes entre ce que vivent mes jeunes personnages et ce que j’ai vécu. Même les gens plus vieux que moi se reconnaissent dans la dynamique sociale d’une grande école et dans les cours qu’on y donne. J’ai 32 ans, je suis loin de ce temps-là, et pourtant je sais qu’il y a beaucoup de choses qui sont intemporels. Dans la facture visuelle du film, je voulais justement qu’Une colonie ait une allure intemporelle, sans mette les téléphones cellulaires à l’avant-plan.

PB : La particularité de votre film, c’est aussi qu’on est loin des écoles du centre de Montréal, on est au cœur d’une région rurale.

GDD : Tout à fait, ça se déroule à Pierreville, près de Nicolet et pas tellement loin de Sorel-Tracy, l’endroit où j’ai grandi. C’est un coin où l’on retrouve la communauté des Abénaquis et j’ai donc voulu aussi y faire référence. Les jeunes des villages du coin voyagent en autobus scolaire, font de longs trajets pour se rendre à la polyvalente. Je n’aime pas qu’on idéalise la vie à la campagne, comme si c’était toujours bucolique. Chaque région a ses particularités et je voulais qu’on ressente les grands rangs bordés de maïs, que l’on voit ces villages où les jeunes se retrouvent devant le dépanneur. J’ai fait beaucoup de casting sauvage pour trouver mes jeunes acteurs afin de favoriser le sentiment que mes personnages viennent du coin. Je désirais, de cette façon, aller chercher la couleur locale, l’accent, le style vestimentaire des ados du coin.

Irlande Côté, Émilie Pierre, Jacob Whiteduck-Lavoie. Crédit photo Julie Caron

PB : Comment avez-vous trouvé le titre, quelle signification lui donnez-vous?

GDD : J’y trouve un double sens. Oui, c’est l’histoire d’une jeune fille qui tente de trouver ses repères, mais c’est aussi un reflet de société et de notre ouverture envers l’autre. J’aimais que le titre réfère à un clan, à un groupe et à une colonie de vacances mais aussi à la colonisation et à notre rapport aux Premières Nations.

PB : Le film sort en salle le 1er février. À quoi ressembleront les prochaines semaines pour vous et votre équipe?

GDD : On est très heureux de partir le 7 février pour Berlin, car mon film sera présenté dans la section Generation Kplus du festival, une section consacrée aux longs métrages sur la jeunesse. L’an passé, Les Faux Tatouages de Pascal Plante avait été présenté dans la même section. Ensuite, ce qu’on veut, c’est que le film soit vu par le plus de gens possible, des jeunes surtout. On peut, et je le crois sincèrement, se retrouver facilement dans le parcours de mon héroïne. On tente actuellement d’accompagner le plus possible la diffusion du film un peu partout, car il sera lancé dans des villes comme Joliette, Sorel, Drummondville et Sherbrooke et pas uniquement à Montréal et Québec. On veut aller à la rencontre du public en espérant qu’il soit au rendez-vous.

L’équipe du film sera au Cinéma Le Clap de Sainte-Foy, le dimanche 3 février, pour discuter avec les spectateurs lors la séance prévue à 14 h 10.

Février 2019 en dix titres

Capharnaum de Nadine Libaki.

En ce mois le plus court de l’année et celui de la tenue des Oscars, on sera aussi curieux de voir du Québec Mon ami Walid, Troisième Noces du Belge David Lambert (en coproduction) et Les Routes en février de Katherine Jerkovic ainsi que de France, Edmond, une comédie sur la création de Cyrano au théâtre. Mais bref, voici les dix films principaux dont il faudra surveiller la sortie :

1- Capharnaüm : La Libanaise Nadine Labaki (Caramel) nous offre une nouvelle réalisation troublante sur un enfant qui, ayant rejeté ses parents, doit se débrouiller seul dans les rues de Beyrouth, s’occupant ensuite de subvenir aux besoins d’un bébé en l’absence de sa mère. Ovationné à Cannes où il a reçu en 2018 le Prix du jury, Capharnaüm risque de provoquer un flot de larmes comme Lion l’an passé.

2- Pupille : Ce film signé Jeanne Herry (fille de Miou-Miou et de Julien Clerc) relate toutes les étapes menant à l’adoption d’un jeune enfant en faisant le portrait de tous ceux qui sont impliqués dans le processus : mère biologique, mère adoptive, intervenants des services sociaux, etc. Sandrine Kiberlain, Gilles Lellouche et Élodie Bouchez sont au générique.

3- Avec un sourire, la révolution! : Ce documentaire d’Alexandre Chartrand, qui fait suite au Peuple interdit, met en lumière les efforts des Catalans pour valider leur droit à un référendum sur l’indépendance de leur nation, et ce, face à un gouvernement espagnol intransigeant.

4- Répertoire des villes disparues : On ne sait jamais trop à quoi s’attendre d’un film de Denis Coté. Ici, pour le mieux, il plante sa caméra en milieu rural pour nous raconter une histoire de deuil douloureux qui se transforme en étrange récit de fantômes. Une proposition audacieuse à ne pas rater.

5- 5 Films d’ animation : Difficile d’en choisir un seul car de Miraï, ma petite soeur, en passant par  Astérix : le secret de la potion magique, Alita : Battle Angel, Lego Movie 2 et How To Train Your Dragon 3, les films d’animation destinés à toute la famille seront nombreux ce mois-ci à envahir les écrans. Ça sent la semaine de relâche.

6- Doubles vies : Vincent Macaigne joue un auteur d’autofiction, Juliette Binoche une actrice célèbre et Guillaume Canet un éditeur réfractaire au numérique. Dans cette comédie d’Olivier Assayas, les personnages livrent des dialogues savoureux par l’entremise de scènes drôles et malaisantes. Bref, Tchekhov rencontre Woody Allen dans un univers qui rappelle aussi celui du Déclin de l’empire américain.

7- La Saveur des ramen : Jeune chef réputé au Japon, Masato décide d’aller à Singapour, là où ses parents se sont connus, afin d’en apprendre plus sur ses origines et sur la cuisine locale. Un film aux images gastronomiques qui font saliver à souhait.

8-Fighting With My Family (Lutte en famille): Cette comédie sur une famille de lutteurs met rn vedette Dwayne Johnson. L’intérêt vient de son réalisateur, le Britannique Stephen Merchant, longtemps compère télévisuel de Ricky Gervais misant sur l’humour malaisant.

9- Miss Balle (Miss Bala) : Ce remake d’un polar mexicain fort efficace, sorti en 2011, met en lumière le monde interlope de Tijuana à travers le destin de Gloria qui, une fois sur place, recherche sa meilleure amie récemment disparue. Catherine Hardwicke est aux commandes du long métrage.

10- Une colonie : Ce drame québécois touchant mise sur des acteurs adolescents au grand naturel devant l’écran. Réalisé par Geneviève Dulude-De Celles, Une colonie raconte l’arrivée au secondaire de Mylia dans une polyvalente située en plein cœur d’une région rurale. Un coming of age movie beau et sensible, une vraie belle surprise en ce début d’année.