10 titres à voir en juillet 2022

Juillet sera marqué par la sortie d’un grand nombre de films français, près d’une dizaine, dont Les Héroïques, Presque, Les Choses humaines et Playlist. Il y aura aussi deux films québécois, une nouveauté Marvel, des films d’horreur, dont Bed Rest et Vengeance, trois films d’animation familiaux, soit DC Krypto super-chien, Les Minions 2 et Fureur sur pattes, ainsi qu’un documentaire sur Leonard Cohen. Un mois sous le signe des vacances qui devrait satisfaire tous les cinéphiles. Voici les dix films à voir ce mois-ci.

1- Confessions : Dans ce drame policier biographique qu’il réalise et dans lequel il se met en scène, Luc Picard incarne Gérald Gallant, un tueur à gages québécois qui, voilà vingt ans, avait fait les manchettes judiciaires et l’objet d’une chasse à l’homme. Son parcours à titre de meurtrier anonyme est stupéfiant.

2- Avec amour et acharnement : Ce film sur un triangle amoureux est mis en scène par Claire Denis. Juliette Binoche y joue Sarah, en couple avec Jean (Vincent Lindon), qui rencontre par hasard son amour de jeunesse François (Grégoire Colin), celui qui lui avait présenté Jean. Dès lors, plus rien ne sera simple.

3- Thor: Love and Thunder (Thor : amour et tonnerre) : Ce quatrième volet des aventures du célèbre dieu scandinave de l’écurie Marvel promet moult effets spéciaux, des aventures rocambolesques et de multiples personnages nobles ou vils, c’est selon.

4- Lignes de fuite : Catherine Chabot coréalise avec Miryam Bouchard cette comédie dramatique où elle se retrouve aux côtés de Mariana Mazza et Léane Labrèche-Dor. Tiré d’une pièce de théâtre, le film relate les retrouvailles houleuses de trois amies du secondaire. Si le récit commence dans la bonne humeur, il plonge aussi à fond dans les relations d’amitiés aux odeurs d’amertume.

5- Les Passagers de la nuit : Charlotte Gainsbourg est au générique de ce drame situé dans le Paris des années 80. Elle y joue une animatrice de radio récemment séparée, mère de deux ados, qui se lie d’amitié avec une jeune fille un peu paumée. Tout ce beau monde tente de dénicher sa petite partie de bonheur.

6- Where The Crawdads Sing (Là où chantent les écrevisses) : Daisy Edgar-Jones, vue dans la série Normal People, est en vedette dans ce suspense où elle incarne une jeune fille issue des marais que l’on croit coupable de meurtre. Campé en Caroline du Nord, le long métrage est adapté d’un roman à succès et semble fort prometteur.

7- La Croisade : Louis Garrel réalise ce conte familial d’anticipation et forme à l’écran un couple avec son amoureuse à la ville, l’actrice Laetitia Casta. Ils voient ici leur fils fictif de treize ans partir en mission avec des dizaines d’enfants dans le but de sauver la planète de la crise climatique. Une oeuvre environnementaliste à peine poussive (sortie initiale prévue en juin, reportée ce mois-ci).

8- Maigret : Patrice Leconte dirige Gérard Depardieu dans cette adaptation simenonesque des aventures du célèbre inspecteur. On espère que la rencontre de ces deux talents du cinéma français provoque des flammèches dignes de l’imaginaire enflammé du célèbre écrivain.

9- En corps: Voilà un film de danse signé Cédric Klapish, réalisateur de la trilogie de L’Auberge espagnole. L’histoire est celle d’Élise, 26 ans, danseuse classique talentueuse qui, après une grave blessure, réussira à remonter sur les planches, retrouvant un nouvel élan artistique dans la danse contemporaine.

10- Nope (Ben non) : La plus récente réalisation de Jordan Peele, dont la bande-annonce est plus qu’intrigante, est le long métrage d’horreur, flirtant avec le fantastique et la science-fiction, le plus attendu de l’été par les fans de films de genre.

Spira, d’hier à demain

Je me soulève. Film distribué par Spira. Crédit photo : Stéphane Bourgeois & Catherine Tétreault

Spira est une coopérative basée dans le complexe Méduse à Québec. Bien connue des artisans locaux du septième art, Spira portait auparavant le nom de Spirafilm. Sa fusion avec Vidéo Femmes, en 2015, explique sa nouvelle appellation. L’organisme est un incontournable pour assurer la viabilité et la visibilité des courts métrages et documentaires réalisés à Québec et aux alentours, que ce soit pour l’aide à la production, à la distribution et aux prêts d’équipement pour ses membres.

2022 marque un tournant pour Spira, car sa directrice générale, Catherine Benoit, quitte son poste après treize de loyaux services. Sous sa gouverne, Spira a pris du galon. Cette Trifluvienne d’origine a maintenu à flot ce lieu essentiel à la survie du cinéma à Québec. Elle nous fait un petit résumé au moment où elle quitte un milieu qu’elle a contribué à faire rayonner.

Catherine Benoit. Crédit photo Larry Rochefort.

Le Clap : Catherine, commençons par votre arrivée chez Spira. Vous êtes originaire de Trois-Rivières et vous avez une formation universitaire en administration. C’est en 2009 que vous débarquez chez Spira.

Catherine Benoit : Oui, après des stages à l’étranger et un MBA en gestion et développement international, j’ai eu la job chez Spira comme directrice générale et là, je me replonge en développement international au sein de SOCODEVI situé à la haute-ville. Je vais développer des coops à l’international.

Le Clap : Durant vos années chez Spira, un fait très marquant, c’est la fusion avec Vidéo Femmes. Puis, j’ai l’impression que Spira a pris beaucoup de volume par la suite, à tous les points de vue.

CB : Lors des treize dernières années, nous sommes passés de 50 membres à 100 membres. Il y avait beaucoup à faire pour renforcer l’esprit de communauté dans le cinéma à Québec, entre autres en ajoutant des activités rassembleuses. On était quatre employés en 2009 avec un petit budget qui est aujourd’hui cinq fois plus élevé qu’à mon arrivée et au total une dizaine d’employés. La fusion avec Vidéo Femmes, ça a été un gros défi et ça a provoqué le désir de développer davantage de partenariats avec les différents organismes, artisans et techniciens liés au cinéma à Québec. Pour tisser des liens, il fallait organiser davantage d’activités de diffusion, de réseautage. Cet élan-là coïncidait avec mon arrivée, mais aussi avec celle d’une nouvelle directrice artistique. Et puis, on a ajouté le volet distribution qui est un autre gros morceau au coeur de l’évolution de Spira. La distribution a permis d’accompagner les cinéastes du tout début de leur projet jusqu’à la fin, de la scénarisation au prêt d’équipement jusqu’au montage et la distribution. On vient de terminer notre planification stratégique et on veut les accompagner encore davantage en construisant un plan de carrière avec eux. Bref, l’enjeu c’est de créer une communauté forte, mais ça demande beaucoup d’énergie.

Le documentaire Errance sans retour distribué par Spira. Crédit photo Renaud Philippe.

Le Clap : L’industrie du cinéma, l’argent, la main-d’oeuvre, c’est à Montréal que ça se joue. Ça, c’est aussi un combat pour Spira de dire aux institutions que les autres régions méritent également d’être soutenues.

CB : Oh oui, ça a toujours été difficile de démontrer qu’on pouvait faire davantage de cinéma à Québec, encore plus alors qu’il y a une pénurie de main-d’oeuvre et ça se ressent sur les tournages. Avec la création d’une table de concertation interrégionale, on a réussi à mieux se faire entendre, à unir nos forces et à démontrer qu’il y a une volonté commune de développement. Nous, on demande du soutien pour une diversité territoriale en création cinématographique.

Photo tiré de Babushka film de Kristina Wagenbauer distribué par Spira.

Le Clap : Que retenez-vous personnellement de vos années chez Spira et quels sont les nombreux défis qui se pointent pour l’organisme et pour le milieu?

CB : Mes années chez Spira m’ont permis de voir une énorme quantité de courts métrages québécois et internationaux. Ça a été une belle partie de mon travail même si l’administration d’une coopérative, j’adore ça. Pour Spira, l’agrandissement des locaux à Méduse permettra d’accueillir nos membres avec l’ajout de cinq bureaux pour qu’ils puissent travailler sur place, prendre un café, échanger avec des cinéastes et profiter, peut-être, de mentorat du même coup. Ça va coïncider avec l’inauguration de la salle de cinéma d’Antitube et l’ouverture du bac en cinéma à l’Université Laval qui permettra de former davantage d’artisans à Québec. Le collège BART a aussi ouvert un programme en postproduction récemment. Bref, le timing est bon et ça me permet de partir en étant très optimiste.

Les 10 films de juin 2022

Juin sera marqué par les sorties de plusieurs films québécois, fictions et documentaires, par celles de quelques gros films hollywoodiens et le retour attendu de la nouvelle création du Canadien David Cronenberg. Durant ce mois, on annonce aussi les sorties d’Official Competition, une comédie sur le milieu du cinéma avec Antonio Banderas et Penélope Cruz, de Coda : la vie en musique de Claude Lalonde avec Patrick Stewart en pianiste émérite (à ne pas confondre avec l’autre Coda récemment oscarisée) et de Memoria, plus récente réalisation d’Apichatpong Weerasethakul qui fera un bref passage au Clap le temps de nous permettre d’admirer à Bogota la fascinante Tilda Swinton. Mais bref, voici les dix films à surveiller ce mois-ci.

1- Lightyear : Oh que ce film d’animation de Pixar pique notre curiosité! On y retrouvera avec plaisir Buzz Lightyear, dans une aventure qui prendra la forme d’un antépisode de la série de films Toy Story nous faisant ainsi découvrir les origines du plus célèbre jouet astronaute.

2- Babysitter : Monia Chokri nous offre la version filmique de la pièce de théâtre de Catherine Léger, une comédie grinçante sur la masculinité toxique, le désir, le couple et la vie parentale. La réalisatrice de La Femme de mon frère y joue aux côtés de Patrick Hivon, Steve Laplante et de la babysitter en question, interprétée par Nadia Tereszkiewicz.

3- Jurassic World: Dominion (Monde jurassique la domination) : Que dire de plus sinon que ceux et celles qui ne se lassent pas des sauriens géants réalisés avec des effets spéciaux numériques (CGI) y trouveront leur compte.

4- Arsenault & fils : Rafaël Ouellet est derrière cette fiction centrée sur la famille Arsenault qui fait la loi depuis des lustres dans un petit village du Bas-du-Fleuve. Le retour en ville du cadet de la famille bousculera la relative paix de la fratrie qui fait office de petite mafia locale.

5- Pas d’chicane dans ma cabane : Premier long métrage de Sandrine Brodeur-Desrosiers, cette sympathique comédie pour enfants démontre avec candeur l’impact des chicanes familiales sur les enfants. Un divorce peut-il rendre le quotidien plus agréable pour les enfants? Et si ces derniers pouvaient faire comparaître en cour leurs parents pour régler la question?

6- La Croisade : Louis Garrel réalise ce conte familial d’anticipation et formant à l’écran un couple avec son amoureuse, l’actrice Laetitia Casta, qui voit leur fils de 13 ans partir en mission avec des dizaines d’enfants de son âge dans le but de sauver la planète de la crise climatique. Une oeuvre environnementaliste certes un peu naïve mais pas tant.

7- Elvis : Film événement du mois de juin, cette nouvelle réalisation de Baz Luhrmann relate la carrière d’Elvis Presley sur trois décennies. Austin Butler incarne le King aux côtés de Tom Hanks dans le rôle du colonel Parker.

Austin Butler dans Elvis, réalisé par Baz Luhrmann

8- Une histoire d’amour et de désir : Alors qu’ils font connaissance sur les bancs d’école, Farah et Ahmed, deux jeunes adultes issus de la banlieue parisienne, tombent amoureux. Pourtant Ahmed tente de résister, comme s’il ne pouvait admettre ses nouveaux sentiments. Fort jolie romance française réalisé par Leyla Bouzid.

9- The Black Phone (Le Téléphone noir) : La rumeur est très positive concernant ce film d’horreur mettant en vedette le toujours excellent Ethan Hawke. Un ado est kidnappé et, dans la cave où il est séquestré, il reçoit des appels téléphoniques des autres victimes du ravisseur.

10- Crimes of the Future (Les Crimes du futur) : Le nouveau David Cronenberg a récemment fait tourner les têtes à Cannes avec son récit qui met en scène des adeptes de chirurgies corporelles transformées en rites sexualisés. Ça nous rappelle à quel point le réalisateur de Crash et de Videodrome semble n’avoir rien perdu de son aura dérangeante. Viggo Mortensen, Léa Seydoux et Kristen Stewart sont au générique.

Une sensible intranquillité

Les Intranquilles est un film aussi intime qu’universel abordant avec réalisme les troubles mentaux et leurs effets sur la vie de famille lorsque l’un des membres en est atteint. Ici, c’est le personnage de Damien, artiste peintre, conjoint de Leïla et père du petit Amine, qui verra sa bipolarité le plonger dans une spirale infernale. Il refuse une médication qui pourrait miner son élan créatif et du coup gâche ses rapports avec son amoureuse et son enfant. Ce drame inspiré par les écrits de l’artiste Gérard Garouste est réalisé par Joachim Lafosse (L’Économie du couple) et porté par le formidable tandem formé de Damien Bonnard et Leïla Bekhti dont les prénoms ont été conservés. Rencontre avec le trio pour en savoir plus sur un sujet sensible et un long métrage porteur de bienveillance.

Le Clap : Joachim, votre film est puissant et aussi épuisant.

Joachim Lafosse : C’est vrai, car la confrontation avec la psychose est loin d’être reposante. L’inspiration vient de Gérard Garouste qui était bipolaire, mais c’est aussi beaucoup une partie de mon enfance qu’on voit dans ce film pour lequel j’éprouve une réelle affection. On y voit l’incertitude et l’inquiétude que provoquent la psychose. S’il m’a fallu autant d’années avant d’en parler, c’est que ça m’avait fortement ébranlé comme enfant. Garouste a très bien raconté la maniaco-dépression et dépeint ce retour vers le chemin de la création afin de redevenir un père présent. L’histoire de mes parents est plus violente que celle de Garouste. Il fallait, à travers cette violence, qu’on puisse vivre une histoire d’amour. Pour que le spectateur sorte vivant de mon film, ça prenait cela sinon ç’aurait été trop âpre comme récit. Vivre avec quelqu’un en phase maniaque, c’est vivre dans un véritable thriller.

Joachim Lafosse, réalisateur

Le Clap : Leïla, comment se prépare-t-on à un film qui dépeint une telle crise familiale?

Leïla Bekhti : On a heureusement eu du temps pour répéter, plus de dix jours en fait et ça a permis, à Damien et moi, d’être très à l’écoute l’un de l’autre. Les séquences ont été un peu réécrites grâce à ça et le film en a bénéficié. On voulait tous les deux que ce soit une grande histoire d’amour, c’est ce qui devait être raconté. Que ça transparaisse dans les scènes, que la maladie de Damien se joue à deux. D’où le titre qui est au pluriel. La grande patience de mon personnage est portée par son amour pour Damien. Il ne fallait pas en faire une infirmière soumise uniquement. Elle sait aussi qu’elle doit protéger son fils dans cette galère.

Leïla Bekhti

Le Clap : Damien, vous n’étiez pas en vacances en amont du tournage ?

DB : Non… J’ai appris à peindre, à faire du catamaran, à nager le crawl en haute mer, à rencontrer durant plusieurs semaines des personnes atteintes de bipolarité et des spécialistes des troubles mentaux en plus de prendre douze kilos. C’était physiquement exigeant et au tournage émotivement intense. Je devais trouver la façon la plus réaliste possible d’incarner un personnage qui vivait des hauts et des bas intenses.

Le Clap : Joachim, vous le disiez, le récit, c’est une partie de votre enfance. Vos parents ont vu le film?

JL : Oui et c’était très important pour moi. Mon père a cessé de prendre du lithium depuis presque 35 ans. Il a fait une psychothérapie et a beaucoup travaillé sur lui-même. Aujourd’hui, on se rend de plus en plus compte que ces intranquilles sont souvent portés par un immense talent. Churchill était bipolaire, il avait des montées et des descentes. Selon certains, toute création se nourrit d’une dysfonction. L’hypersensiblité de mon père, comme celle de Damien, est magnifique, mais aussi complexe à vivre. Avec l’âge, on sent la fatigue et les moments d’euphorie venir. Il s’agit de trouver le juste milieu et mon père a réussi cela. Son parcours, c’est celui de bien des gens. Je n’avais d’ailleurs jamais fait un film provoquant autant de commentaires de la part des spectateurs touchés par l’histoire.

LB : Moi non plus, je n’avais jamais eu autant de retour de la part des spectateurs lors des séances auxquelles nous étions conviées ou encore sur les réseaux sociaux. Ça touche plein de gens, et ça leur faisait du bien de voir ce film.

Damien Bonnard, acteur

DB : Oui, même chose pour moi. De recevoir autant de messages de gens qui ont des proches qui ont vécu avec la bipolarité, ça m’a permis de constater que Les Intranquilles a fait un bien fou à tous ces gens, ça leur a permis de savoir qu’ils existent aux yeux des autres. D’ajouter un S au mot « intranquille », c’est ça le coeur du film.

Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2022.

Mai 2022 en dix films

En résumé, mai sera un mois de curiosités filmiques en provenance du Québec et de la France, le tout accompagné par quelques blockbusters américains fort attendus. Au menu des 31 prochains jours, les films d’animation pour enfant Bob’s Burgers (tiré de la série présentée à Télétoon) et Pil ainsi qu’une nouvelle adaptation du livre de Stephen King, Firestarter (Charlie en V.F.) à ne pas confondre avec un film éponyme de science-fiction également annoncé ce mois-ci. De France, ajoutons deux films sur l’Occupation, Adieu monsieur Haffmann avec Daniel Auteuil et Coeurs vaillants avec Camille Cottin. Il y aura aussi la sortie du drame intimiste teinté de fantastique Petite maman de Céline Sciamma et le joli film printanier La Fine Fleur avec Catherine Frot. Enfin, les amateurs de documentaires pourront se rabattre sur trois titres québécois aux sujets diversifiés : Gabor (portait touchant et ludique du talentueux photographe hongro-québécois Gabor Szilasi), Humus (sur la nouvelle façon de penser l’agriculture) et La Ville d’un rêve (sur la fondation de Montréal à travers les écrits de Jeanne Mance). Mais bref, voici dix titres qui sont à surveiller ce mois-ci.

1- Doctor Strange in the Muliverse of Madness (Docteur Strange dans le multivers de la folie) : deuxième volet des aventures du plus mystique des superhéros Marvel interprété par Benedict Cumberbatch. Accompagné de Wanda, la Sorcière écarlate, Stephen Strange devra une fois de plus sauver la planète. Juste à visionner la bande-annonce et l’on est étourdi. Ce sera sûrement le spectacle visuel le plus hallucinant des prochains mois sur grand écran.

2- Pleasure (Jessica) : Ce film de fiction suédois s’intéresse au sort d’une jeune immigrante désirant faire carrière dans l’industrie du film pornographique aux États-Unis et en devenir la star du moment. Oui, la nudité est frontale dans cette oeuvre tournée dans le but de démystifier un milieu encore tabou et dans lequel le vedettariat est aussi cruel qu’éphémère.

3- Top Gun : Maverick : Tom Cruise enfile pour une seconde fois l’uniforme du téméraire pilote Maverick qui, au fil du temps, est devenu formateur d’un nouvel escadron volant. Iceman (toujours joué par Val Kilmer) refait aussi une petite apparition dans ce qui s’annonce pour être le film d’action de l’été, nous plongeant de nouveau dans la danger zone.

4- The Innocents : Cette coproduction norvégienne relate l’été que vivront quatre enfants qui découvrent petit à petit qu’ils possèdent des pouvoirs surnaturels. Évidemment, le chaos plane. Le long métrage, qui profite de l’étonnant talent naturel de très jeunes acteurs, navigue avec beaucoup de finesse entre le suspense, le fantastique et l’horreur. Peut-être le meilleur film du genre en 2022.

5- La Panthère des neiges : Sylvain Tesson avait raconté dans son livre à succès son périple au Tibet à la recherche de cet animal rarissime. Dans le documentaire, nous avons maintenant droit aux images spectaculaires de ce voyage immortalisé par la caméra de Marie Amiguet et l’oeil du photographe animalier Vincent Munier qui nous amènent dans les steppes et monts enneigés à la découverte d’une faune et d’une flore aussi sauvages que méconnues.

6- Très belle journée : Juste avant de réaliser Jusqu’au déclin pour Netflix, Patrice Laliberté avait tourné à l’aide d’un téléphone cellulaire ce long métrage se déroulant en plein coeur de Montréal. Son long métrage s’intéresse à un coursier à vélo (Guillaume Laurin) qui travaille pour un petit caïd survolté (Marc Beaupré). Entre deux livraisons douteuses, il développe une fascination pour sa voisine instagrameuse (Sarah-Jeanne Labrosse) tout en se nourrissant d’idées à saveur conspirationnistes.

Très belle journée, film réalisé par Patrice Lalberté.

7- Downton Abbey: A New Era (Downton Abbey : une nouvelle ère) : Cette suite, bien que grand public dans sa facture, s’adresse bien évidemment aux fans invétérés de la série désirant assidûment suivre l’évolution de cette aristocratie familiale anglaise dans un récit qui, cette fois, les amènera dans le sud de la France.

8- Les Intranquilles : Dans ce drame touchant inspiré de la vie d,un artiste peintre et de l’enfance du réalisateur Joachim Lafosse, Damien Bonnard incarne un père et un mari, artiste, qui peine à vivre avec ses troubles de bipolarité. À ses côtés, Leila Bekhti joue l’épouse qui tente d’éviter l’implosion de sa vie amoureuse et familiale.

6- Inès : Voici la plus récente réalisation de la cinéaste Renée Beaulieu qui nous avait offert notamment Les Salopes ou le sucre naturel de la peau. Rosalie Bonenfant et Roy Dupuis sont au générique de son nouveau drame où une jeune femme de vingt ans (dont la mère est dans un état végétatif) étouffe vis-vis son père, tente de s’émanciper puis plonge dans un puits sans fond d’émotions tourmentées.

10- Men (Eux) : À la suite de la mort de son amoureux, une jeune femme se rend dans la campagne anglaise pour mieux vivre son deuil en solitaire. Sur place, des phénomènes surnaturels ébranleront son désir de quiétude et rapidement elle se sentirait traquée. Par qui ou par quoi? C’est à cette découverte que nous invite le brillant réalisateur Alex Garland (Ex Machina).

La rose et la Frot

La Fine Fleur

Le réalisateur français Pierre Pinaud a passé une partie de son enfance dans le jardin fleuri de ses grands-parents. Pour son deuxième long métrage, il avait envie de mettre en scène ce décor mais en abordant la culture de la rose artisanale qui possède une expertise bien française, tout aussi relevée que celle de la gastronomie de son pays. Pour réaliser le tout, il est allé chercher une valeur sûre du cinéma national, Catherine Frot.

Dans La Fine Fleur, l’actrice campe le rôle d’Ève Vernet, une créatrice de roses qui conçoit de nouvelles variétés et qui participe vigoureusement aux concours annuels visant à récompenser les plus belles fleurs au monde. Mais un féroce concurrent veut racheter son entreprise. Pour éviter ce drame, Ève engage des employés en réinsertion en milieu de travail qui n’ont aucunement le pouce vert. Pour mieux comprendre les ressorts de cette comédie dramatique ensoleillée, rencontre avec le cinéaste et son actrice, devenus complices de plateau.

Le Clap : Catherine, Pierre a pensé à vous dès le départ pour interpréter Ève, cette femme d’affaires déterminée et passionnée par les roses. Que connaissiez-vous de cet univers?

Catherine Frot : Bien, il a fallu trouver la bonne note, car je ne connaissais pas grand-chose à ça. Je suis plutôt muguet d’ailleurs. Alors j’ai été à la rencontre d’une professionnelle pour qu’elle m’apprenne les gestes lorsqu’on cueille et qu’on soigne les roses. Il fallait que tout soit naturel à l’écran afin de créer l’illusion. La manipulation des roses, c’est précis. Je m’étais investie tout autant en cuisine dans Les Saveurs du palais ou pour le piano dans La Tourneuse de pages, voire chanter juste assez faux dans Marguerite (rires)!

Pierre Pinaud : De mon côté, en choisissant Catherine pour son talent et son élégance, c’était pour mieux démontrer le savoir-faire typiquement français dans le milieu de la rose. Catherine a, dans sa façon de parler et de jouer, cette graine de folie qui convenait parfaitement à son personnage. J’ai aussi été chanceux, car les valeurs véhiculées dans le scénario lui convenaient parfaitement. Mon film, c’est la lutte contre la production industrielle des roses en provenance de Chine et de Roumanie qui, à moindre coût, menace tout l’aspect artisanal de cette culture qui doit être préservée. Le défi, c’était de montrer en 90 minutes toutes les étapes de la production de cette fleur qui s’étend sur une année. Il fallait donc donner du rythme et une certaine modernité à l’ensemble.

Pierre Pinaud, réalisateur.

Le Clap : Catherine, comment avez-vous trouvé le bon ton pour personnifier Ève Vernet?

Catherine Frot : Je n’ai pas de méthode de travail. Pour tous mes rôles, il y a des ingrédients dont il faut tenir compte, s’en servir adéquatement, comme les vêtements, l’attitude de base du personnage dans le scénario. Je suis partie de ça. L’apparence physique, son allure garçonne avec les vestes de son père, ses bottes, sa pipe et une féminité à l’ancienne avec les lavallières et les chemisiers. Il y a quelque chose de très anglo-saxon chez Ève et dans La Fine Fleur. On m’a même fait remarquer que j’avais quelque chose de Judy Dench dans le film, et c’est un fort beau compliment.

Pierre Pinaud : Pour moi aussi l’influence anglo-saxonne a été importante, mais à un autre niveau complètement. En insérant des travailleurs en réinsertion, ça me permettait de lancer un message ayant une portée plus sociale. J’avais comme référence les oeuvres de Ken Loach pour l’acuité qu’il a pour examiner les enjeux sociaux, un sens du groupe pouvant mêler réalisme et comédie de fiction. Il y a des gens en France sans emploi parce qu’ils ont fait des conneries et aussi ceux qui, à 50 ans, ne se trouvent plus d’emplois stables. Ils ont besoin d’aide. Il faut leur donner une visibilité.

Le Clap : Depuis plus de vingt ans, on a l’impression Catherine que vous êtes devenue une figure importante et toujours fort présente dans le paysage du cinéma français. Est-ce une image ou une perception juste à votre avis?

Catherine Frot : On a souvent l’impression que j’enchaîne les films coup sur coup, mais en fait pas tant que ça. C’est un concours de circonstances lorsque plusieurs longs métrages prennent l’affiche dans une même année. Durant la pandémie, je n’ai pas tourné. Ma réalité, c’est que je travaille normalement au maximum six mois par année. Et heureusement, je n’appartiens pas aux plateformes, mais au cinéma. Les plateformes ne me proposent rien et je ne les regarde pas non plus. Elles sont surpuissantes, surdimensionnées, voire dangereuses, tellement elles s’enrichissent lors d’un confinement. Il y a une injustice à laquelle il faut s’attaquer et qu’il y ait une meilleure répartition des redevances. Mais bref, avec le cinéma, je suis davantage connue qu’avec le théâtre, du moins aux yeux du grand public. J’ai aussi eu la chance de faire depuis 25 ans des films qui marchent, intelligents, qui plaisent au public sans que ça ne soit des films débiles. Ça, c’est ma plus grande satisfaction.

Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

Être en mouvement

À plein temps

Éric Gravel a quitté le Québec pour aller vivre en France il y a maintenant plus de vingt ans. Ce cinéaste qui s’était forgé une belle réputation dans le mouvement Kino à Montréal, à ses débuts, avait lancé en France, en 2017, Crash Test Aglaé, un premier long métrage qui, malgré une sortie discrète, avait été fort bien accueilli dans l’Hexagone. Ce vendredi, il lance au Québec sa deuxième fiction, intitulée À plein temps, une oeuvre haletante qu’il a scénarisée, un film illuminé par la présence de Laure Calamy qui tient le rôle principal.

À plein temps, c’est l’histoire de Julie, une mère monoparentale habitant en banlieue et travaillant dans un hôtel 5 étoiles en plein coeur de Paris. Ses journées, elle les passe à courir pour mener les enfants chez la gardienne avant l’école, prendre les transports en commun pour se rendre au centre-ville et trouver du temps pour chercher un nouvel emploi. Entretien avec le réalisateur qui a porté à bout de bras ce récit portant sur une femme déterminée qui ne fait que courir pour maintenant à flot sa vie familiale et professionnelle.

Le Clap : Éric, votre film devait s’intituler Être en mouvement au départ et…

Éric Gravel : Je sais, pour le Québec, À plein temps, ce n’est pas une bonne idée (rire)!

NDLR : À plein temps étant aussi le titre du téléroman de Radio-Canada qui, dans les années 80, mêlait maladroitement au petit écran des personnages joués par des marionnettes et de vrais acteurs.

Le Clap : Comment est né le film Éric?

ÉG : C’est venu un peu avant la sortie de Crash Test Aglaé. Mon producteur trouvait que j’allais vers un univers très différent de mon premier film, mais ça lui plaisait. J’ai retravaillé le scénario et la structure, sur une grosse année. Mais la COVID est arrivée et nous a fait perdre un bon huit mois. Au final, on s’en est quand même bien sorti et le film a été lancé à la Mostra de Venise.

Éric Gravel, réalisateur.

Le Clap : Julie, votre personnage principal, travaille comme femme de chambre dans un hôtel de luxe parisien. Pourquoi avoir voulu illustrer ce milieu très particulier?

ÉG : Il fallait que je trouve le métier idéal qui allait nous permettre de voir évoluer mon personnage. Dans ma tête, c’était soit un restaurant ou un hôtel. Il fallait un boulot qui force Julie à se déplacer. Un métier aussi reproductible, car elle fait le ménage chez elle et au travail. Sa routine est toujours à recommencer. Je voulais également qu’on apprenne à la connaître sans devoir expliquer trop de choses. Avec cette femme de chambre perfectionniste, mon personnage devenait haut de gamme malgré son dur labeur. Elle aurait également pu être une immigrante, car elles sont nombreuses dans cet univers, mais j’étais moins à l’aise pour scénariser cette réalité. Et je dois avouer que je me suis beaucoup inspiré de mon père qui m’a élevé seul, donc mon scénario partait beaucoup de l’intérieur. Je ne voulais pas d’un film d’observation, je voulais qu’on vive avec le personnage.

Le Clap : Les grèves des transports en commun à Paris, c’est un gros phénomène pour ceux qui y habitent. C’est presque devenu une caractéristique de l’endroit.

ÉG : J’habite à la campagne en France et pourtant je voulais parler de ce phénomène, car les complications sont énormes et affectent tellement de gens, des grèves jusqu’aux travaux routiers. Sachant que c’est un sujet délicat, mon film n’est pas une charge contre les grèves, c’est simplement un facteur qui fait partie du quotidien des Parisiens. En 95, j’étudiais justement à Paris et il y avait une grève. Je me souviens parfaitement de la solidarité qui s’installe entre les automobilistes et ceux qui doivent se déplacer malgré tout pour se rendre au travail. La situation n’a pas changé. Récemment, en France, la colère des oubliés, les manifestations des Gilets jaunes, tout ça s’entremêle dans l’actualité.

Le Clap : C’est voulu et c’est d’une redoutable efficacité, mais votre film est épuisant. Julie ne cesse de courir « après sa vie ».

ÉG : C’était ma base de travail lors de l’écriture du scénario. Pendant le tournage, le montage était en branle. Il fallait conserver cette ligne directrice, sentir ce rythme effréné à l’écran comme dans le scénario. Toutes les scènes de transport ont été tournées à la fin. Ça a été essentiel en montage. Les allers-retours et les transports, c’est la colle du film.

Laure Calamy

Le Clap : Laure Calamy est extraordinaire dans son rôle. On l’a vue notamment dans Antoinette dans les Cévennes et dans la série Dix pour cent. Elle est capable d’être naturellement drôle comme Blanche Gardin et d’être touchante comme Karin Viard.

ÉG : Oui, on la compare beaucoup à Karin Viard. Moi, j’aime dire qu’elle est dans une catégorie à part. Elle a une grande technique, car elle a fait de nombreuses années de théâtre. Sur un plateau, tout a l’air facile avec elle. Quand on tournait une scène, je ne faisais que lui rappeler vers où son personnage se dirigeait et ensuite elle me faisait plein de variations. On avait le choix en montage. Ça nous rendait la vie facile. C’est une travaillante, elle est très préparée et me rappelle le jeu des actrices britanniques davantage que françaises.

Le Clap : Irène Drésel a fait un boulot extraordinaire pour créer les ambiances musicales hypnotiques et répétitives qui accompagnent les scènes où Julie est en mouvement et qu’elle traverse Paris. Pourquoi être allé vers cette artiste associée à la musique électronique?

EG : Mon producteur me l’a proposée. Il la connaissait personnellement, c’était son amie. À la base, je voulais un artiste qui a sa propre personnalité et qui soit capable d’aller vers des ambiances musicales comme celle de Koyaanisqatsi ou encore d’avoir un son à la Tangerine Dream. Irène n’a eu qu’à retirer ses beats et ses musiques se sont automatiquement harmonisées au parcours de Julie. Pour Irène, c’était une première expérience avec la musique à l’écran.

Le Clap : À plein temps est lancé au Québec, vous êtes venu en faire la promotion. Quelle sera la suite des choses?

ÉG : Je ne vais pas me plaindre, mais la promotion du long métrage me demande énormément de temps. Il a été vendu dans beaucoup de pays. J’arrive de New York et je me dirige vers la Corée du Sud, puis il y aura le Brésil, la Pologne. On a évidemment fait une grosse tournée de promotion en Europe et là, j’ai hâte de reprendre l’écriture. J’essaie de développer deux projets en même temps et de les présenter à mes producteurs. Si j’en porte deux, c’est qu’ils me tiennent autant à coeur l’un que l’autre et que j’y crois. C’est à suivre.

Avril 2022 en 10 titres

The Northman
The Northman

Avril débordera de nouveautés en tous genres. Côté divertissement hollywoodien, Memory, drame d’action avec Liam Neeson, Monica Bellucci et Guy Pearce prendra l’affiche tout comme le film de l’écurie Marvel Morbius avec Jared Leto. On verra aussi débarquer les films d’animation Les Méchants et Sonic 2. De la France, beaucoup de titres au menu dont Les Magnétiques (César du meilleur premier film), Twist à Bamako de Robert Guédiguian, le documentaire Animal du réalisateur de Demain Cyril Dion, le pamphlet anti-OGM Goliath avec Gilles Lellouche et Pierre Niney, l’adaptation d’une BD d’Adrian Tomine par Jacques Audiard intitulé Les Olympiades, Notre-Dame brûle de Jean-Jacques Annaud, Madeleine Collins un drame qui rappelle L’Adversaire avec Virginie Efira et Le Temps des secrets tiré de l’oeuvre de Marcel Pagnol. Un vie démente, réalisation belge, nous offre avec humour et sensibilité un récit sur la vieillesse et la démence. Enfin, si on espère la sortie à Québec du film d’horreur You Won’t Be Alone à l’intérieur d’un calendrier mensuel déjà très prometteur côté cinéma.

1- L’Homme du Nord (The Northman) : Ce très attendu film de Vikings, réalisé par Robert Eggers (The Lighthouse, The Witch), met en vedette une pléthore de grands noms : Alexandre Skarsgard, Nicole Kidman, Anya Taylor-Joy, Ethan Hawke, Willem Dafoe et la chanteuse Björk.

2- Tout partout à la fois (Everything Everywhere All at Once) : Michelle Yeoh joue une femme au bord de la crise de nerfs qui peine à remplir sa déclaration de revenus. L’humour déjanté des réalisateurs Daniel Scheinert et Daniel Kwan (Swiss Army Man) sera au centre de cette comédie d’action et de science-fiction aux multiples univers. (la sortie prévue en mars ayant été repoussée)

3-Norbourg : Françoi s Arnaud et Vincent-Guillaume Otis sont en vedette dans ce suspense financier (réalisé par Maxime Giroux) relatant la fraude scandaleuse et la chute vertigineuse de Norbourg, l’entreprise québécoise spécialisée en gestion de fonds de placement au début des années 2000.

4- Un talent en or massif (The Unbearable Weight of Massive Talent) : Nicolas Cage joue un acteur endetté qui se voit offrir un cachet inespéré pour faire une apparition à la fête pour l’anniversaire d’un grand fan milliardaire. Ce dernier baigne aussi dans des activités plutôt louches. Bref, les conditions seront réunies pour que ça dégénère. D’un rôle à l’autre, Cage ne se prend plus du tout au sérieux.

5- Tout s’est bien passé : François Ozon dirige Sophie Marceau et Géraldine Pailhas dans ce drame touchant, adapté du récit de la défunte Emmanuèle Bernheim et qui raconte comment un père de famille (formidable André Dussollier), sentant sa qualité de vie diminuer rapidement, demande à ses deux filles de l’aider à entamer les démarches afin d’obtenir l’aide médicale à mourir.

6- Les Animaux fantastiques 3 : les secrets de Dumbledore (Fantastic Beasts: The Secrets of Dumbledore). La saga pré-Harry Potter prend de plus en plus d’ampleur dans ce volet aux effets spéciaux grandiloquents nous amenant à une confrontation attendue entre Dumbledore (Jude Law) et Grindelwald (maintenant joué par Mads Mikkelsen).

7- Noémie dit oui : Vue dans La Déesse des mouches à feu, Kelly Depeault incarne la Noémie du titre dans un long métrage réalisé par Geneviève Albert. L’histoire, rappelant la série Fugueuse, est celle d’une adolescente qui, ayant fui un centre jeunesse, tombe sous le charme d’un jeune proxénète et qui par amour ira jusqu’à devenir escorte.

8- Eiffel : Romain Duris interprète celui qui donna son nom à la plus célèbre tour du monde. L’histoire se divise en deux dans ce drame biographique et historique. D’une part, elle pose son regard sur les dessous de la conception et de la construction de la tour et d’autre part, elle raconte la triste idylle de Gustave Eiffel avec Adrienne Bourgès (joué par Emma Mackey).

9- Ambulance : La nouveauté de Michael Bay, avec Jake Gyllenhaal en tête d’affiche, est une course poursuite à bord d’une ambulance en plein coeur de Los Angeles et qui fait suite à un braquage de banque évalué à 32 millions de dollars. La célèbre phrase « Silence, moteur, ça tourne, action! » prend ici tout son sens.

10- À plein temps : Ce deuxième long métrage du Québécois Éric Gravel (exilé en France depuis plusieurs années) se concentre sur le personnage de Julie (joué par l’excellente Laure Calamy) qui se démène pour joindre les deux bouts tout en élevant seule ses deux enfants. Une grève des transport en commun mettra à rude épreuve ses ambitions professionnelles.

Rendre les invisibles visibles

Réalisé par Emmanuel Carrère (auteur de L’Adversaire et de La Moustache qu’il a aussi réalisés), le drame Ouistreham, du nom d’une petite ville portuaire normande, met en scène Juliette Binoche dans le rôle d’une écrivaine et reporter, Marianne Winckler. Son personnage est au centre d’un récit ancré dans le cinéma social européen, un courant porté notamment par Stéphane Brizé, les frères Dardenne et Ken Loach. Dans cette adaptation du livre de Florence Aubenas intitulé Le Quai de Ouistreham, Marianne mène anonymement une enquête sur le milieu des femmes de ménage en se faisant engager dans un groupe appelé à travailler sur un traversier.

Accordant de nombreuses entrevues en janvier dernier pour la promotion du film, l’actrice a demandé régulièrement aux journalistes présents de répéter leurs questions. On la sent ainsi légèrement sur la défensive, car le débat autour de Ouistreham rejoint inévitablement celui du livre dont il tire son origine. Comment une écrivaine, ou ici une actrice, peut témoigner avec conviction d’un milieu qu’elle investit secrètement pour mieux ensuite retourner à sa vie d’avant, confortable et embourgeoisée diront les plus méchantes langues? Mais Juliette Binoche ne se défilera pas, défendant ce film qu’elle a depuis le début porté à bout de bras.

Le Clap : Juliette, le livre de Florence Aubenas a beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie voilà plus de dix ans. Comment êtes-vous arrivée au coeur de son adaptation pour le cinéma?

Juliette Binoche : Voilà quelques années, un réalisateur m’avait demandé si je voulais jouer cette journaliste, mais Florence Aubenas ne voulait pas vendre les droits d’adaptation. J’ai quand même terminé la lecture du livre et j’ai appelé Florence pour tenter de la convaincre de nous laisser faire le film. Elle a accepté avec comme seule condition qu’Emmanuel Carrère en fasse l’adaptation. J’ai alors contacté Emmanuel. Nous avons dîné tous ensemble à quelques reprises afin de se mettre d’accord sur l’ensemble de la production. Emmanuel s’est aussitôt mis au travail. Mais Florence et son éditeur continuaient à faire preuve de résistance, et ce, jusqu’à ce que je la rencontre par hasard au Festival de Cannes. Florence, se sentant peut-être coupable de retarder le projet, a fait son mea-culpa et donné son aval. L’éditeur du livre, lui, ne me voyait pas dans le rôle principal, au contraire d’Emmanuel évidemment. Il n’y a rien eu de facile mais heureusement, tout s’est arrangé. Le tournage a finalement eu lieu et a été des plus harmonieux. Et je dois également le préciser, Emmanuel a fait tout un travail d’adaptation et aussi de casting pour trouver les non-acteurs qui allaient jouer dans le film.

Emmanuel Carrère, auteur et réalisateur

Le Clap : Justement, comment travaille-t-on avec des actrices qui ne sont pas des professionnelles, qui ne viennent pas du milieu du cinéma et qui débutent à l’écran?

JB : Il faut les mettre en confiance et cette confiance, heureusement, elle était réciproque. Entrer dans le monde du cinéma, du jeu, elles ont aimé ça. Ensuite, il fallait travailler pour que l’intériorité de chacun des personnages passe à l’écran à travers ces femmes qu’elles incarnent. Il faut être patient. Le choix des actrices était parfait. Ce sont des personnages avec des ego assez forts. Il le fallait pour s’exposer ainsi à la caméra. Elles avaient toutes ces qualités qu’il fallait pour être crédibles à l’écran.

Le Clap : Comment s’est déroulée votre préparation pour un tel rôle?

JB : J’ai bâti mon interprétation comme un mélange entre la personnalité de Florence Aubenas et la mienne, en tenant compte de la vision d’Emmanuel. Je suis arrivée sur le tournage exténuée, grippée, j’étais en train de perdre mon père, j’étais dans un état second et sans le cacher, ça a servi le rôle. Mon but, c’était d’exposer la réalité de ces gens-là en étant avec eux. Emmanuel me déléguait tout l’aspect du jeu avec mes partenaires. J’ai pris cette responsabilité. Il n’y avait pas de défi d’actrice comme tel, car j’étais dans l’abnégation en m’occupant du travail des autres et en m’assurant de rendre les invisibles visibles. Il faut se réhumaniser, c’est le propos du film.

Le Clap : Le film ouvre un débat sur la situation précaire de ces travailleuses tout en montrant que ceux qui veulent les aider, peuvent être vus comme des nantis qui se font du capital sur leur dos, non?

JB : Quand j’ai fait Les Amants du Pont-Neuf, j’ai côtoyé les gens de la rue. Pour Camille Claudel 1915, j’ai été dans un hôpital psychiatrique pour avoir une référence intérieure, pour la transposer dans une oeuvre qui devient une autre réalité parce qu’on recrée le tout. Mais dans tout ça, il faut réussir à atteindre le spectateur. Les liens entre la réalité vécue et la transposition de l’oeuvre s’expriment dans une autre forme que le documentaire, soit la fiction, et il faut en tenir compte. Mais oui, certains peuvent y voir une sorte de trahison du réel. L’intention derrière le projet de Florence Aubenas, c’était de témoigner de ce que ces femmes vivaient au quotidien. Il faut le rappeler. Mais oui, Florence a gagné des sous avec son livre. Ça fait qu’on se pose des questions. Elle avait d’ailleurs peur que le film la fasse retomber dans une sorte de culpabilité. Ouistreham nous fait réfléchir sur le sentiment d’injustice dans la vie et sur la valeur de la condition humaine. Mon désir premier de concrétiser ce projet, d’en faire un film, vient de là.

Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2022.

Trio gagnant

Philippe Rebbot, Antoine Bertrand, Côme Levin

Le deuxième long métrage de Nadège Loiseau, Trois fois rien, prend l’affiche simultanément en France et au Québec à la mi-mars. Cette coproduction franco-canadienne met en vedette Antoine Bertrand, Philippe Rebbot et Côme Levin qui, tous trois, avaient été dirigés par la cinéaste dans sa réalisation précédente Le Petit Locataire (inédit au Québec) sortie en 2016. Dans cette nouvelle comédie dramatique, le trio d’acteurs interprète des itinérants qui ont trouvé refuge dans le bois de Vincennes en banlieue parisienne. Leurs destinées, devenues communes, prendront une drôle de tournure lorsqu’ils gagneront un lot de plus de 200 000 euros au loto. Mais évidemment, le bonheur au quotidien ne se résume pas à une somme d’argent, aussi élevée soit-elle. Nadège Loiseau nous offre quelques minutes de son temps pour nous parler de son film et du pari qui l’accompagne, soit d’en faire un succès alors qu’Antoine Bertrand, encore peu connu en France, en est la tête d’affiche.

Le Clap : Nadège, vos trois acteurs qui jouent Brindille, Casquette et La Flèche avaient joué sous votre direction dans votre premier long métrage qui mettait aussi et surtout en vedette Karin Viard. Qu’est-ce qui vous a poussé à les réunir devant votre caméra à nouveau tout en leur donnant des rôles de plus grande importance?

Nadège Loiseau : L’envie de refaire un film avec eux est né littéralement sur le plateau du Petit Locataire. Ils ont tous les trois une énergie physique incroyable et vraiment très différente. Je suis très rattaché au corps des acteurs à l’écran et ce qu’ils en font. Ici, on voit bien qu’ils se complètent à merveille. Le défi, ici, dans le registre de la comédie, c’était qu’il fallait qu’ils apprennent à danser une valse à trois et ça ce n’est pas évident. L’enjeu, c’est que les trois existent à l’écran, que chacun serve la soupe pour que l’autre soit mis en valeur, et ce, à tour de rôle. Heureusement, cette volonté était bien là pour chacun d’eux.

Nadège Loiseau, réalisatrice.

Le Clap : Les trois acteurs se complètent physiquement et ils ont des têtes et des caractères très différents. Antoine a une tête de Québécois, Philippe de Français, et Côme, il a définitivement une tête pour jouer dans Trainspotting, non?

NL : Ha! Ha! Ha! Absolument. Côme a une tête de Gallois, il a d’ailleurs des origines franco-américaines.

Le Clap : Plus le récit avance dans votre film, plus le personnage d’Antoine, soit Brindille, prend de l’importance. C’est un risque d’en faire votre vedette principale, car même s’il a tourné quelques films et que Starbuck a été un grand succès, il n’est pas encore considéré comme une star en France aux yeux et du public et des médias.

NL : C’est vrai, mais ce film ne pouvait être fait qu’avec Antoine dans le rôle de Brindille. Le budget du film n’était pas élevé et la pression était donc moindre pour avoir un casting flamboyant. Heureusement car pour moi, la présence d’Antoine en tête d’affiche n’était pas négociable. Monter un long métrage avec Antoine, c’est une gageure et la coproduction avec le Québec a aidé à concrétiser le tout.

Le Clap : L’accent d’Antoine n’est pas camouflé, il parle québécois, naturellement, comme il se doit. C’est encore rare la mise en évidence des accents régionaux et étrangers dans le cinéma français.

NL : En France, maintenant, on est prêt, je crois à accueillir, l’accent québécois. Je viens du nord de la France et on m’a fait remarquer rapidement, quand je suis arrivée à Paris, que j’avais un drôle d’accent. Je suis fan des langues et hélas les accents ont de la difficulté à exister au cinéma français. Pourtant les accents, c’est musical, ça raconte un pays, une région, et c’est important. Et Brindille, il doit garder son accent québécois sans pour autant que l’histoire soit celle d’un Québécois à Paris. On est ailleurs. Antoine lui se marre avec son accent quand il vient à Paris. Et nous, on se marre avec lui.

Le Clap : Le sujet principal du long métrage, et il faut en parler, c’est l’itinérance et les SDF. C’est un sujet qui vous tenait à coeur.

NL : Oh oui, le sujet me bouleverse et le regard qu’on pose sur ces gens sans domicile fixe ou encore celui qu’on n’ose pas poser, c’est ce qui est troublant. Même si le visage typique du SDF a beaucoup changé depuis quelques années en France, notamment à cause de l’immigration, j’ai été à même de connaître ce phénomène, car j’ai vécu à côté du bois de Vincennes où plusieurs s’y trouvent, dans des campings de fortune. J’ai rencontré ces gars-là qui ont été mes voisins et qui m’invitaient à prendre un café avec eux. Il y avait 200 000 sans-abris quand j’ai commencé à plancher sur le scénario voilà cinq ans. Aujourd’hui, ils sont 300 000 en France. Ce phénomène, inévitablement et heureusement, fait partie du débat qui va accompagner la sortie du film en salle. Il n’y a pas un message angélique dans mon récit, mais il faut réaliser que les itinérants ont chacun leur propre histoire et qu’il faut s’y intéresser. Je ne voulais pas rire d’eux, mais rire avec eux pour que notre regard ne soit pas au-dessus d’eux mais bien à leur hauteur. Avec le rire, mon film, je l’espère, donnera envie de ne plus les quitter du regard.