« Imperfectionnez-moi! »

Voilà un an, Le Guide de la famille parfaite devait prendre l’affiche. Pandémie oblige, c’est douze mois plus tard que le film réalisé par Ricardo Trogi et coscénarisé par Louis Morissette, François Avard et Jean-François Léger arrive enfin dans les salles québécoises et bientôt à l’international, résultat d’une entente de distribution mondiale avec Netflix.

Le long métrage, qui fait alterner les scènes dramatiques et comiques, explore l’anxiété de performance dans la société d’aujourd’hui en se faufilant dans le quotidien d’une famille recomposée. Louis Morissette joue le père d’une adolescente (Émilie Bierre) dont il exige autant la perfection artistique et sportive que scolaire. Ce papa poule a également un jeune garçon, Mathis (Xavier Lebel), qu’il a eu avec Marie-Soleil (Catherine Chabot), une femme qui désire plaire à tous avec un souci obsessionnel de perfection.

Originaire de Québec, Catherine Chabot a été vue au cinéma dans la comédie Menteur et à la télé dans la série Léo. Participant à la promo entourant la sortie du long métrage, elle a bien voulu nous dépeindre son personnage et les ambitions de ce film qui se penche sur un phénomène social fort actuel, l’anxiété de performance.

Catherine Chabot

Le Clap : Bonjour Catherine! Vous jouez Marie-Soleil…

Catherine Chabot : Bonjour Pierre. Avant, il faut que je vous dise, je viens de Québec et une chance qu’il y avait Le Clap. Ça a tellement été un lieu important pour moi, Le Clap m’a permis de voir des films d’un peu partout dans le monde.

Le Clap : (Rire) Bien. Voilà, c’est dit. Catherine, votre personnage dans le film en a beaucoup sur les épaules. Elle veut être parfaite comme mère, comme belle-mère et comme épouse. Même si l’histoire tourne à la base sur la relation difficile entre le père et sa fille, la description de l’anxiété de performance colle tout à fait à ce que vit votre personnage tout au long du film, non?

CC : Absolument. Quand j’ai eu le rôle, Louis et moi avons beaucoup discuté des instamoms. J’en ai suivi sur Instagram de ces mères parfaites, un peu artificielles, qui mettent leurs vies entières sur les réseaux sociaux. Marie-Soleil se met beaucoup de pression pour réussir son couple, être belle, fière de sa famille, réussir l’éducation de son fils, tout est là pour qu’elle craque éventuellement. Son problème d’anxiété se révèle par son désir d’élever son fils parfaitement et son obsession de performer aux yeux de tous dans la vie réelle et sur les réseaux sociaux. Elle a perdu sa boussole intérieure en voulant faire plaisir à tout le monde, en voulant être l’épouse parfaite et la mère idéale. Avec cette histoire, ces personnages, Louis Morissette nous tend un miroir et je crois sincèrement que beaucoup de famille vont se reconnaître là-dedans.

Émilie Bierre

Le Clap : Les deux enfants sont joués par le jeune Xavier Lebel et l’extraordinaire Émilie Bierre. Leurs rôles sont très importants, car c’est sur eux que se projettent les ambitions des parents. Émilie, vue dans Les Beaux Malaises, Une colonie et Les Nôtres, est à nouveau incroyable. Dans le cas de Xavier, il est haïssable pour mourir dans son rôle d’enfant roi totalement désagréable.

CC : Xavier est dans la famille de Louis, donc ça a été très facile durant le tournage de jouer avec lui. On a beaucoup ri lors de ses scènes. Il est brillant et très coquin. Émilie, elle, a une très grande sensibilité. Sur un plateau, elle traîne sa guitare. C’est une artiste à part entière. Son jeu dans chaque scène nous a jetés à terre. Elle a une grande intelligence émotive et dans le film, sa performance est percutante. Elle va faire pleurer tout le monde.

Le Clap : La promotion du Guide de la famille parfaite vous occupe beaucoup présentement mais sinon, à quoi ressemblera votre été?

CC : Je suis tellement heureuse que le film prenne enfin l’affiche après le report d’un an. Mon mariage aussi a été reporté, mais on a fait un bébé entre-temps, une petite fille qui a cinq mois et qui nous tient assez occupés merci cet été. Sinon, mon deuxième bébé, c’est mon prochain film. Dans les prochains jours, je me lance dans le tournage de la comédie Lignes de fuite que j’ai coscénarisée avec Émile Gaudreault et que je coréalise avec Miryam Bouchard.

Le Clap : En conclusion, quand on ira voir au cinéma Le Guide de la famille parfaite, que devra-on en retenir?

CC: Ce que le film nous dit, c’est que rien n’est plus intéressant que quelqu’un d’imparfait. Soyons imparfait et laissons-nous la possibilité de faire des erreurs dans la vie!

Le Guide de la famille parfaite, en salles dès le 14 juillet.

Les dix films à voir en juillet 2021

Louis Morissette et Catherine Chabot dans Le Guide de la famille parfaite.

Juillet sera le mois où le cinéma américain refera son apparition en salle et où notre attention sur les films à venir pour le reste de l’année sera en partie basée sur les échos que nous aurons du Festival de Cannes qui se déroula exceptionnellement du 6 au 17 juillet. Les divertissements familiaux seront nombreux à prendre l’affiche ce mois-ci. Notons Jungle Cruise, Space Jam 2: A New Legacy, Poly, Hotel Transylvania 4: Transformania, et The Boss Baby 2: Family Business. Plusieurs films de genre seront aussi offerts comme Escape Room 2: Tournament of Champions, The Forever Purge 5, Saint-Narcisse de Bruce LaBruce, le long métrage d’animation Josep ainsi que des productions internationales comme Il était une fois dans l’Est (Russie) et Les Z-Héros (Argentine). Voici en bref les dix films à voir ce mois-ci.

Ajout : KAAMELOTT – PREMIER VOLET : Le film sortira le 23 juillet au Québec, le distributeur MK2 | MILE END vient d’en faire l’acquisition dans le but de le sortir en salle ici. Excellente nouvelles pour les fans de la série française.

1- Le Guide de la famille parfaite : Après Le Mirage, Ricardo Trogi et Louis Morissette refont équipe pour nous offrir une comédie dramatique autour des attentes parfois trop élevées des parents envers leurs enfants. Catherine Chabot et Émilie Bierre sont aussi au générique.

2- Beans : Tracey Deer accouche d’un très beau film dont l’action se situe pendant la crise d’Oka en 1990. Beans, c’est une jeune Mohawk qui désire être acceptée des autres adolescents de la réserve. Autour d’elle, sa jeune soeur, un père engagé et une mère enceinte qui veut l’inscrire dans une école privée pendant que la tension monte entre les Autochtones et la SQ.

3- Stillwater : Dans ce film d’action, Matt Damon joue un foreur de pétrole américain qui se retrouve à Marseille pour libérer sa fille accusée à tort de meurtre.

4- The Green Knight (Le Chevalier vert) : Drame fantaisiste dans lequel Dev Patel plonge dans l’univers médiéval et revisité des chevaliers de la Table ronde et du roi Arthur.

The Green Knight avec Dev Patel.

5- Sam : Yan England dirige Antoine Olivier Pilon dans ce suspense sportif relatant le drame que vit un jeune nageur d’élite. Stéphane Rousseau donne la réplique au jeune et talentueux comédien.

6- Black Widow : Le blockbuster du mois met en vedette Scarlett Johansson à nouveau dans le rôle de l’héroïne de l’univers Marvel, personnage vu à plusieurs reprises chez les Avengers.

7- Snake Eyes: G.I. Joe Origins (Snake Eyes) : Le film d’action et de combats de l’été se déroulant au pays des ninjas. Henry Golding, vu notamment dans Crazy Rich Asians, joue le Snake Eyes en question dans ce troisième long métrage tiré de l’univers des figurines G.I. Joe.

8- Mandibules : La comédie la plus absurde de l’année. Quentin Dupieux nous plonge dans le quotidien de deux ratés sympathiques qui adoptent une mouche géante et s’entêtent à vouloir la domestiquer. Adèle Exarchopoulos, en survivante d’une commotion, est ici admirablement comique.

9- Seize printemps : Suzanne Lindon (fille de Vincent Lindon et de Sandrine Kiberlain) réalise ce film léger comme une brise d’été et centré sur une adolescente (qu’elle incarne avec naturel) qui tombera amoureuse d’un jeune comédien. Avec une touche de poésie, le film rappelle l’esprit de L’Effrontée ou de La Petite Voleuse avec Charlotte Gainsbourg.

10- Old : Adapté d’une formidable BD (Château de sable), ce film fantastique met en vedette Gael García Bernal et nous raconte comment un groupe de plagistes se retrouve piégé au bord de la mer, eux qui l’instant d’une journée se verront vieillir prématurément au gré des heures qui passent. M. Night Shyamalan réalise le tout.

Les films québécois à venir en 2021

Sylvain Marcel et Valérie Lemercier dans Aline.

La pandémie n’a qu’à peine réduit le nombre de tournages au Québec. Les films ont continué de se produire, mais dans des conditions plus difficiles compte tenu des normes sanitaires en vigueur sur les plateaux de tournage. De nombreux titres s’apprêtent à prendre l’affiche dans les 6 prochains mois, des longs métrages récemment tournés ou encore dont les sorties en salle furent reportées à cause des fermetures des cinémas de la province. Voici un survol rapide des films de fiction québécois qui prendront l’affiche d’ici la fin de l’année avec des dates prévisionnelles qui sont évidemment sujettes à changement.

Juillet : Ricardo Trogi nous offrira la comédie dramatique Le Guide de la famille parfaite avec Louis Morissette et Émilie Bierre. Nous pourrons aussi voir le film de genre Saint-Narcisse de Bruce LaBruce, le suspense sportif Sam réalisé par Yan England avec Antoine Olivier Pilon et le fort touchant Beans de Tracey Deer qui revient sur la crise d’Oka de 1990 à travers les yeux d’une adolescente.

Août : Au menu, la comédie La Face cachée du baklava, l’adaptation de la pièce Babysitter réalisée par Monia Chokri, le drame animalier tourné en Mauricie Le Loup et le lion, le drame Live Story avec Sébastien Ricard, la comédie Maria coscénarisée par Mariana Mazza et qui y tient le premier rôle, le film de zombies Brain Freeze avec Roy Dupuis, et le retour en salle du Club Vinland, avec Sébastien Ricard.

Septembre : En salle débarqueront le drame fantastique La Contemplation du mystère, Bootlegger de Caroline Monnet qui se déroule dans une réserve dans le Nord, Le Meilleur Pays du monde réalisé par Ky Nam Le Duc, la nouvelle version très attendue de Maria Chapdelaine concoctée par Sébastien Pilote, Les Oiseaux ivres d’Ivan Grbovic avec Claude Legault qui s’attarde au sort des travailleurs étrangers au Québec et pourraient Tu te souviendras de moi avec Rémy Girard, Il n’y a pas de faux métier d’Olivier Godin, Yankee de Stéphan Beaudoin, Archipel le nouveau film d’animation de Félix Dufour-Lapperrière, les coproductions A Brixton Tale, Memory Box et Best Sellers, sans oublier la comédie française Trois fois rien de Nadège Loiseau avec Antoine Bertrand.

Octobre, novembre et décembre : Au dernier trimestre, nous irons voir le nouveau Luc Picard intitulé Confessions, La Révision avec Patrice Robitaille qui sera aussi au générique de la comédie réalisée par Ken Scott Au revoir le bonheur, L’Arracheuse de temps de Fred Pellerin mis en images par Francis Leclerc, la très attendue coproduction Aline, inspirée de la vie de Céline Dion de et avec Valérie Lemercier et, aussi coproduit, The Power of the Dog réalisé par la grande Jane Campion.

Pour 2022, la liste est aussi longue avec Je suis Arlette de Mariloup Wolfe, l’adaptation du livre de Romain Gary Chien blanc par Anaïs Barbeau-Lavalette, La Bataille de Farador tourné à Québec par Édouard A. Tremblay, Au nord d’Albany de Marianne Farley, Motherhood de Meryam Joobeur, Testament de Denys Arcand, l’adaptation du roman Le Plongeur par Francis Leclerc, l’adaptation de la pièce Lignes de fuite par Miryam Bouchard et Les Jours heureux de Chloé Robichaud. Notons que plus de 80 autres projets de films de fiction québécois ont présentement obtenu du financement (scénarisation/production) des gouvernements fédéral et/ou provincial. Une quarantaine de fictions locales prennent l’affiche au cinéma annuellement au Québec.

Farador, la suite

La Bataille de Farador est un court métrage humoristique de treize minutes, devenu rapidement culte auprès d’une clientèle avide d’oeuvres marginales et un peu nichées sortant du champ gauche. Depuis son lancement, en 2005, ce court a été vu par plus de deux millions de personnes dans le monde grâce à son apparition sur plusieurs plateformes (dont YouTube). Réalisé à l’époque en trois jours dans le cadre du Kino Kabaret de Vitesse Lumière, défunt festival de cinéma de la ville de Québec dédié au cinéma fantastique, Farador a depuis voyagé autour du monde en étant programmé dans plusieurs festivals internationaux. Farador a même raflé plusieurs prix pour son humour, notamment à Juste pour rire en 2005 et au Grand Rire Bleu en 2006, profitant ensuite d’une sortie DVD sur la compilation Tom et ses chums.

Tournage à Sainte-Foy de La Bataille de Farador. Crédit photo Raphaël B. Lévesque

Le réalisateur de Québec, Édouard A. Tremblay, est à l’origine du court métrage et se retrouve aussi aux commandes de la version longue dont le tournage se déroule ce printemps, principalement à Québec. « Principalement » car la production, dotée d’un budget de 2,5 millions de dollars, a comme partenaire financier la Belgique. On prévoit donc envoyer bientôt une partie de l’équipe au plat pays pour y terminer le tournage du film.

La Bataille de Farador met en scène à l’origine quatre amis réunis autour du jeu Donjons et dragons. Le long métrage qui en découle reprend le même univers là où se terminait l’histoire, ou à peu près, voilà plus de quinze ans. Nous retrouverons donc les mêmes personnages dans leur quotidien mais aussi, inévitablement et pour notre plus grand bonheur, dans des scènes tirées de l’imaginaire relié au célèbre jeu de rôles.

Si dans le film, Édouard A. Tremblay se donnait le premier rôle, celui de Tom, ici, il se contente d’être aux commandes comme réalisateur, aidé du directeur photo François Gamache. Des acteurs professionnels, dont Éric K. Boulianne qui joue Charles, le maître de jeu (aussi coscénariste, au même titre que Tremblay et Daniel Boulanger, ex-membres de Phylactère Cola), reprennent les rôles principaux accompagnés notamment par Catherine Brunet (qui interprète Kim, la soeur de Charles). Rappelons que le court métrage faisait au départ partie d’une série de courts films conçus autour des aventures de Tom et de ses amis dans le centre-ville de Québec.

De gauche à droite : Erik K. Boulianne, Edouard A. Tremblay, Catherine Brunet

Bref, l’histoire du long métrage sera maintenant centrée sur Charles qui ne vit que pour mettre en scène le jeu de rôles avec ses colocs Guillaume et Louis. Quand sa soeur revient d’Europe, il sera confronté à sa triste réalité en se demandant ce qu’il veut faire de sa vie? Ce combat intérieur prendra aussi forme dans son imaginaire fantaisiste. D’ailleurs, une scène épique de guerre médiévale a été tournée dans le secteur de Valcartier pour l’occasion et devrait s’avérer, comme pour le court métrage, l’un des moments forts du film.

La boîte de production de Québec Parallaxes est le producteur principal de Farador alors que la Belgique, elle, contribue à plus du tiers du budget du film. L’Ontario pourrait aussi se joindre au montage financier qui, présentement, permet près de 25 jours de tournage. L’argent amassé a notamment permis à l’équipe de tourner plusieurs scènes dans un bungalow de Sainte-Foy, transformé en maison de geek médiéval par la directrice artistique Paskale Jobin, elle qui a tapissé chaque pièce de la demeure aux allures vintage de figurines et d’armes tout droit sorties du Moyen Âge.

Crédit photo : Raphaël B. Lévesque

TVA Films distribuera en salle La Bataille de Farador qui devrait prendre l’affiche vers la fin de l’année 2022. En attendant, vous pouvez découvrir ou revoir avec plaisir le court métrage original.

Un conte qui a du pif

Pinocchio de Matteo Garrone.

Une nouvelle version des Aventures de Pinocchio arrive en salle ce mois-ci. C’est Matteo Garrone, réalisateur italien émérite de Gomorra et Dogman qui s’est attelé à adapter de nouveau le conte écrit par Carlo Collodi en 1881.

La sortie à l’échelle mondiale de son film a été chaotique et s’est échelonnée sur plus d’un an et demi (dans les cinémas italiens puis à la Berlinale en primeur hors compétition). La pandémie a causé bien des soucis à sa distribution, tellement qu’Amazon Prime l’a même offert en ligne au printemps 2020 avant que le long métrage ne retrouve le chemin des salles ces derniers mois. La sortie de cette xième version du conte bâti autour de cette marionnette en bois qui devient un enfant nous permet de revenir rapidement sur les différentes adaptations réalisées au fil des ans comme sur celles à venir.

Après un film muet italien lancé en 1911, c’est Walt Disney qui est le premier à produire, avec succès en 1940, une version grand public du conte en dessins animés. Ce deuxième long métrage des studios Disney, après Blanche-Neige, deviendra un grand classique du cinéma d’animation. Notons par la suite la diffusion télévisuelle de l’inoubliable et baroque version de Luigi Comencini, une minisérie qui fut traduite et mise à l’horaire de la télé québécoise au milieu des années 70. Puis, en 1977, de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est l’ONF et John Weldon qui s’y collent en nous offrant Spinnolio, un court métrage parodique autour du personnage de Pinocchio dont le nez, faut-il le rappeler, s’allonge à chaque mensonge.

En 1996, Martin Landau et Geneviève Bujold sont en vedette dans une coproduction bancale, réalisée au coût de 25 millions de dollars par Steve Barron, un film tout simplement intitulé Les Aventures de Pinocchio. Puis en 2002, c’est Roberto Benigni, fort du succès de La Vie est belle, qui décide lui aussi de proposer son point de vue sur l’oeuvre de Collodi. L’acteur et réalisateur y jouera sans conviction le pantin, avec comme résultat un bide monumental, à la fois critique et public. Deux ans plus tard, retour au film d’animation avec la coproduction canadienne Pinocchio 3000 de Daniel Robichaud qui voit le célèbre pantin parachuté dans un univers futuriste sous la forme d’un robot. Sans être la vedette principale, le personnage de Pinocchio fera son apparition dans plusieurs autres longs métrages d’animation, notamment dans les films Shrek.

Puis en 2020, marqué dans son enfance par ce conte intemporel, le cinéaste italien Matteo Garrone nous offre son Pinocchio pour lequel il a engagé Roberto Benigni pour jouer Geppetto. Soulignons que quelques années plus tôt, Garrone s’était fait les dents avec son drame fantaisiste Tale of Tales qui explorait l’univers des fées et des ogres en mettant en scène Vincent Cassel et Salma Hayek dans un univers visuel aussi singulier que coloré.

Enfin, en 2022, deux projets sont aussi sur les rails. De un, Disney entend lancer sa version en prises de vues réelles dans laquelle on retrouvera Tom Hanks en Geppetto et Benjamin Ainsworth (vu dans la série The Haunting of Bly Manor) dans celui de Pinocchio. Robert Zemeckis réalise le tout pour 150 millions. Et de deux, Guillermo Del Toro travaille sur un Pinocchio musical tourné en image par image (stop motion) pour la plateforme Netflix. À suivre!

Pinocchio de Matteo Garrone arrive en salle au Québec dès le 11 juin.

Juin 2021 en 10 films

Souterrain, film réalisé par Sophie Dupuis.

Le mois de la fin des classes sera la période où plusieurs films d’animation grand public prendront place sur les écrans. Soulignons à ce titre les sorties de Vivo, Spirit : l’Indomptable, Luca et Pierre Lapin 2. Ce sera également le mois du lancement du neuvième Fast & Furious et de la comédie musicale très attendue In the Heights. Mais encore, juin accueillera enfin le deuxième long métrage de Sophie Dupuis, Souterrain, dont le lancement a été repoussé à deux reprises. Voilà plusieurs bonnes raisons pour revivre l’expérience en salle! Bref, voici les dix films à surveiller ce mois-ci.

Souterrain : Après le survitaminé Chien de garde, voici le second film de Sophie Dupuis, qui, de son coin de pays (Val-d’Or), nous raconte un drame minier dans lequel joue l’étonnant Joakim Robillard et le toujours brillant Théodore Pellerin. La sortie québécoise à ne pas manquer ce mois-ci.

Fast & Furious 9 (Rapide et dangereux 9) : Bon, que dire de plus sinon qu’on va entendre des moteurs se faire rincer et sentir le caoutchouc cramé durant un bon deux heures, et ce, au grand plaisir de plusieurs irréductibles. Le cinéma, ça sert aussi à ça.

In the Heights (D’où l’on vient) : En plein coeur de l’été, à New York, au sein de la communauté dominicaine. Une romance entre les jeunes Nina et Benny prend forme, le tout enjolivé de chansons et de numéros de danse. Les attentes sont élevées pour ce film d’ados qui promet d’être très rassembleur.

Pinocchio : Matteo Garrone (Dogman) adapte à son tour le classique de Carlo Collodi et en profite pour faire un clin d’oeil à la version de Roberto Benigni en donnant à l’acteur le rôle de Geppetto. Le résultat, bien qu’inégal, suscitera une réelle curiosité et s’avère visuellement magnifique.

Le Mariage de Rosa : Cette comédie romantique en provenance de l’Espagne profite d’une fort belle réputation. Le long métrage se penche sur Rosa, 45 ans, qui, voulant s’émanciper, verra chaque membre de sa famille la conseiller a contrario sur ce qui est le mieux pour elle.

Adieu les cons : La toute dernière comédie d’Albert Dupontel est sortie grande gagnante de la dernière cérémonie des Césars. Virginie Efira y joue Suze, une femme qui, se sachant condamnée par la maladie, tente par tous les moyens de retrouver son fils qu’elle avait donné en adoption à sa naissance.

Luca : La nouvelle production de Disney promet d’être ensoleillée puisque son récit se déroulera sur la côte italienne. Dans ce petit coin de paradis, le jeune Luca se fera un nouvel ami qui, malgré son apparence humaine, s’avère être en réalité un monstre venu d’un monde sous-marin.

Ondine : Cette nouvelle réalisation du cinéaste Christian Petzold s’inspire d’un conte du XIXe siècle pour mieux mettre en scène une romance touchant aussi au fantastique et tablant sur la beauté de l’architecture berlinoise. Un drame teuton en partie aquatique et à la facture très singulière.

The Hitman’s Wife’s Bodyguard (La Femme de mon meilleur ennemi) : Ryan Reynolds et Samuel L. Jackson refont équipe dans cette nouvelle comédie d’action où les anti-héros devront mettre un terme à un complot international. Salma Hayek, Antonio Banderas et Morgan Freeman se joignent au duo pour le meilleur ou pour le pire.

The Conjuring 3: The Devil Made me Do It (La Conjuration 3 : sous l’emprise du diable) : Les enquêteurs de phénomènes paranormaux, Ed et Lorraine Warren, reprennent du service pour notre plus grand bonheur. Ça va crier d’effroi dans la salle!

Les 10 films de mai 2021

Faisons fi des incertitudes actuelles concernant les dates de sorties en salle des titres américains (Cruella et Spiral : The Book of Saw notamment) et portons notre attention sur quelques fort beaux choix de films québécois (avec en ajout Les Vieux Chums et Le Miroir) et internationaux qui seront lancés en mai. Voici dix longs métrages à voir en salle alors que le printemps se pointe au grand écran!

1- Nomadland : Ce film de Chloé Zhao, réalisatrice du très beau The Rider, est l’un des grands favoris de la prochaine cérémonie des Oscars. Frances McDormand y joue le rôle d’une femme qui erre à travers les États-Unis à bord d’une camionnette en guise de domicile sur 4 roues, rencontrant au passage des dizaines de désoeuvrés de l’Amérique profonde. Un long métrage contemplatif et humaniste à ne pas manquer!

2- Les Trois Accords Live dans le plaisir : Un peu à la manière, toute récente, des Cowboys fringants, le groupe québécois de rock-punk-pop absurde accouche lui aussi d’un film musical qui devrait ravir leurs fans de tous âges.

3- Le Dernier Nataq : Ce documentaire de Lily Marcotte s’intéresse à l’oeuvre de Richard Desjardins (chansons et films) et au lien unique qui l’unit à son territoire abitibien et surtout à la ville de Rouyn-Noranda.

4- Hors normes : Reda Kateb et Vincent Cassel incarnent deux hommes dévoués travaillant auprès de jeunes autistes en plein coeur de Paris. Inspiré d’une histoire vraie, cette comédie dramatique touchante est réalisée par le duo derrière Intouchables, Éric Toledano et Olivier Nakache.

5- Délicieux : Grégory Gadebois et Isabelle Carré jouent dans ce drame historique relatant les débuts de ce qu’on appelle aujourd’hui la restauration gastronomique. Gadebois interprète avec force un chef cuisinier passionné et innovateur qui prépare une douce vengeance face à un vil aristocrate snobinard.

6- Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait : Emmanuel Mouret explore à nouveau les relations amoureuses avec sa nouvelle création mêlant habilement discours de séduction et remises en question amoureuses à la façon d’un marivaudage distingué. Niels Schneider, Camélia Jordana et Vincent Macaigne s’y croisent.

7-En tête de ligne : Le film dresse un fort beau portrait d’André Chagnon, l’homme derrière Vidéotron. Avec ses nombreux témoignages et ses images d’archives éloquentes, le documentaire nous ramène dans les années 60 et 70, lors de l’éclosion du phénomène de la câblodistribution.

8- Mortal Kombat : On laisse notre cerveau au vestiaire et on se croise les doigts pour que cette relecture du populaire jeu vidéo, mêlant science-fiction et arts martiaux, soit aussi divertissante (et aussi franchement kitsch) que l’original lancé en 1995.

9- Nulle Trace : Simon Lavoie est un cinéaste radical fort doué et au parcours singulier. Ici, il réalise un film post-apocalyptique tourné en noir et blanc sur les rails du chemin de fer charlevoisien. Une femme tente de survivre solitairement dans un monde cruel jusqu’à sa rencontre avec une jeune mère en fuite.

10- Un coin tranquille 2 (A Quiet Place Part 2) : Voici la suite tant attendue d’un des plus gros succès du cinéma d’horreur des dernières années. Les cris de peur, c’est dans la salle qu’ils se feront entendre puisque le drame se base sur le silence des protagonistes comme mode de survie face aux créatures voraces qui envahiront l’écran.

Hippolyte Girardot, celui qu’on n’attendait plus

Le film de Jean-Paul Salomé, La Daronne, vient de prendre l’affiche au Québec. Dans cette comédie policière, Isabelle Huppert joue le rôle de Patience Portefeux, une traductrice parlant arabe et travaillant pour l’escouade des stupéfiants de la police. Patience profitera de son talent d’interprète pour faire un coup d’argent lié à une énorme livraison de drogue. À ses côtés, on retrouve Hippolyte Girardot qui joue Philippe, son amoureux, aussi haut gradé de la brigade. Pour les deux acteurs, il s’agit de retrouvailles, eux qui avaient formé un couple torturé dans Après l’amour de Diane Kurys, sorti en 1991 au Clap. Rencontre avec un acteur talentueux, qui a connu un début de carrière fulgurant, que l’on a un peu perdu de vue, et qu’il fait bon retrouver.

Le Clap : Hippolyte, parlez-moi de votre personnage dans cette transposition d’un récent roman à succès de l’écrivaine Hannelore Cayre.

Hippolyte Girardot dans La Daronne.

Hippolyte Girardot : Quand on m’a approché pour jouer le personnage de Philippe, le commissaire de la brigade des stups, je n’avais pas lu le livre, et je préférais ne pas le faire à ce moment. Ça me permettait de partir de zéro, ou du moins, seulement du scénario. Mon personnage, c’est un clown blanc par rapport à Patience jouée par Isabelle. Il est un peu naïf, mais pas trop et il l’aime beaucoup. Cela dit, l’adaptation est très fidèle. L’auteure a d’ailleurs participé au scénario.

Le Clap : Vous connaissiez le réalisateur, Jean-Paul Salomé?

HG : Un peu. Jean-Paul, il est très communicatif. Quand il m’a contacté, je voyais que je correspondais à l’image qu’il se faisait de Philippe. Le rôle du commissaire, c’est d’être l’amoureux de Patience et qu’on sente qu’il est intimidé par elle, comme on tente d’approcher un chat qui souvent possède un caractère imprévisible. C’était chouette à jouer!

Le Clap : Le terme daronne n’est pas très connu, du moins au Québec. On pourrait l’appeler la caïd. En anglais, le titre du film devient Mama Weed. Bref, ça implique un aspect comique, tout comme l’apport exotique de la communauté marocaine et chinoise dans cette histoire rocambolesque.

Hippolyte Girardot

Hippolyte Girardot

HG : Oui, et comme cinéphile, je me suis posé la question sur la façon dont on allait montrer ces communautés à l’écran. En France, elles se sont regroupées pour mieux partager leurs cultures, leurs religions, leurs langues et c’est très normal. Dans le film, la filière marocaine, c’est véridique, c’est la plus grande filière de trafic de cannabis. Pour la communauté chinoise, ce qu’il faut savoir, c’est que le 13e arrondissement est devenu leur quartier. Les appartements étaient vides, les fonctionnaires ne voulaient pas y habiter. Ils ont redonné vie à ce coin de Paris. Cette communauté est d’ailleurs originaire d’un seul village chinois, c’est très particulier. Ils vivent dans un système communautaire presque autonome, et ça aussi c’est une réalité très parisienne. Le film ne stigmatise personne selon moi. Le cinéma, même une comédie, doit parler du réel et ne pas nous offrir une vision idyllique de la vie.

Huppert et Girardot dans Après l’amour.

Le Clap : Ce film vous permet de retrouver au grand écran Isabelle Huppert à qui vous avez donné la réplique voilà près de 30 ans dans Après l’amour. C’est une pointure Isabelle Huppert.

HG : Oh oui! Après le film de Diane Kurys, on s’est recroisés au hasard, mais sans jamais avoir la chance de rejouer ensemble. La retrouver comme camarade de jeu, c’est un grand plaisir. Son parcours d’actrice est tellement formidable. On pense au plaisir narcissique de se faire filmer, mais celui de retrouver des camarades de jeu, c’est une vraie joie et Isabelle n’a pas changé en 30 ans. Elle est concentrée sur ses scènes, elle maîtrise son jeu parfaitement. On est porté par son talent. Elle pense à la scène dans son ensemble et pas seulement à sa personne devant la caméra. Ses conseils sont aussi fort bienvenus sur un plateau.

Le Clap : La gloire est arrivée pour vous avec Un monde sans pitié en 1989. Les rôles se sont succédé ensuite à vitesse grand V. Vous étiez partout au cinéma. Et puis, vous êtes disparu du radar vers la fin des années 90 et on se demande un peu pourquoi.

HG : C’est vrai, j’ai disparu complètement. Durant cette période, mes choix de carrière étaient douteux, j’ai aussi dit non à des films que j’aurais dû faire. Si on parle de carrière, je crois que je voyais ça comme un jeu sans réelle stratégie. J’ai été paresseux, j’ai galéré pas mal aussi. Après, ça a été dur de remonter la pente. Mais ça m’a fait du bien ce recul. J’ai fait oublier le personnage de trentenaire débonnaire que j’incarnais souvent au cinéma. Je me suis renouvelé, du moins je le crois.

Le Clap : On vous a aussi revu dans des séries internationales comme Patrick Melrose et Occupied. Votre image dégage aujourd’hui une sorte d’autorité politique, policière ou autre, un peu comme Michel Bouquet en plus jeune.

HG : Ah merci. Vous savez, quand les Norvégiens m’invitent en tournage pour Occupied, difficile de dire non. Et quand je me retrouve dans Patrick Melrose avec Irène Jacob et Benedict Cumberbatch, c’est un véritable cadeau pour un acteur.

Le Clap : En terminant, votre fille a suivi vos traces. C’est une actrice bien en vue en France actuellement. A-t-elle profité de vos conseils comme comédienne?

Ana Girardot

HG : Ana est une enfant de la balle. Elle a donc vu ses parents dans la galère, dans la gloire, sur des plateaux. Elle a saisi rapidement la fragilité de ce métier. Elle ne se fait pas d’illusion et son image, si elle passe bien à la caméra, elle sait qu’elle ne la contrôle pas totalement. Mais pour le reste, elle est éclairée et très lucide. Sa meilleure éducation, ça a été d’être témoin, très jeune, du métier que sa mère et moi pratiquions. (N.D.L.R. la mère d’Ana est l’actrice Isabel Otero)

En bonus, voici en résumé ce qu’Isabelle Huppert et le réalisateur Jean-Paul Salomé ont à dire de La Daronne.

Isabelle Huppert : C’est un film qui a beaucoup d’humour, mais c’est surtout un beau portrait de femme qui touche aussi au drame sociologique, à ce qui se passe dans un quartier de Paris. Elle travaille pour la police, mais on verra vite qu’avant tout, c’est une femme libre. Dans tout film comique, il y a du tragique et vice versa. Dans ma carrière, j’aime alterner les rôles dramatiques et plus comiques, bref me retrouver dans des genres très différents d’un projet à l’autre.

Jean-Paul Salomé : L’intérêt du film, c’est qu’on ne peut dire comment cette histoire va se terminer tellement Patience est imprévisible. Le roman est formidable, car il montre le Paris d’aujourd’hui à travers une pluralité d’origines, dont la communauté chinoise. Ça nourrissait le polar. Quand on m’a proposé de faire le film, j’ai pensé tout de suite à Isabelle pour le rôle de Patience. Mais même avec la présence d’Isabelle au générique, c’est difficile de monter financièrement un film. Cette comédie sort un peu du cadre habituel de la comédie française très légère et basée sur une recette éprouvée.

La Daronne prend l’affiche en salle au Clap dès le 5 mars. Cette entrevue a été réalisée sur invitation, dans le cadre de la 22e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance 2020, à Paris.

Mars 2021 en dix titres

Oublions les soirées des derniers mois à visionner des films dans notre salon, et retournons en salle avec dix films à voir en mars, le mois de la résurrection des cinémas québécois et, on l’espère, de la fin du couvre-feu. Les prochaines semaines verront débarquer au grand écran un bon nombre de longs métrages dont la dernière comédie d’Albert Dupontel, Adieu les cons, le drame éthéré La Nuit venue se déroulant dans un Paris nocturne, la nouvelle réalisation de Philippe Falardeau, My Salinger Year, la coproduction irlando-québécoise, Mort d’un séducteur, avec Antoine Olivier Pilon et Suzanne Clément, La Nuit des rois, un conte carcéral de la Côte d’Ivoire aussi coproduit avec le Québec, Raya et le dernier dragon de Disney et le possiblement le drame de science-fiction Chaos Walking, avec Tom Holland. Mais bref, voici les dix longs métrages à voir en priorité durant le mois qui annonce le printemps de la renaissance pour le cinéma en salle.

1- Promising Young Woman (Une jeune fille pleine de promesses) : Carey Mulligan est épatante dans le rôle d’une femme qui désire se venger des prédateurs sexuels avec une tactique assez téméraire. Hantée par l’expérience atroce subie par une amie d’université, son personnage devient le porte-étendard d’un film engagé, féroce et provocateur.

2- Druk (Alcootest) : Mads Mikkelsen, égal à lui-même, se distingue dans ce drame danois original signé Thomas Vinterberg (La Chasse), dans lequel des copains enseignants retrouvent en classe une énergie disparue grâce à une consommation éthylique matinale.

3- Godzilla vs. Kong : Gros monstres, gros effets spéciaux, grosses attentes aussi pour cette rencontre au sommet entre deux bêtes mythiques du grand écran. Que dire de plus sinon que le pop-corn se doit d’être vendu légalement sur place lors de la sortie.

4- La Daronne : Isabelle Huppert, toujours aussi talentueuse, joue Patience Portefeux, une traductrice qui travaille pour la police et qui décide de faire un coup d’argent en mettant la main sur une grosse quantité de stupéfiants tout en se faisant passer pour une mystérieuse caïd. Une comédie printanière appropriée, qui marque les retrouvailles au grand écran de l’actrice et d’Hippolyte Girardot, tous deux formidables dans Après l’amour.

5- Falling (Chute libre) : Viggo Mortensen réalise et joue dans ce long métrage portant sur la relation tumultueuse entre un père et ses deux enfants. Des souvenirs douloureux refont surface au moment où le paternel aigri voit sa santé péricliter et que son fils et sa fille désirent le rapatrier près d’eux en Californie, bien loin du ranch où il a toujours vécu.

6- Errance sans retour : La situation catastrophique de centaines de milliers de Rohingyas, entassés dans un camp au Bangladesh car exilés de leurs terres situées au Myanmar, est ici dépeinte avec sensibilité par les documentaristes de Québec, Mélanie Carrier et Olivier Higgins, et par l’oeil averti du photographe Renaud Philippe.

7- Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary : Du même réalisateur que Tout en haut du monde, ce beau et divertissant dessin animé redore le blason d’une femme téméraire du mythique Far West, personnage popularisé grâce aux BD de Lucky Luke.

8- Félix et le trésor de Morgäa : Made in Quebec City, ce nouveau film d’animation de 10e Ave Productions devrait séduire les tout-petits avec son récit d’aventure se déroulant sur une île mystérieuse alors que le jeune Félix, avec l’aide d’un vieux loup de mer, tente de retrouver son père disparu.

9- Slalom : Cet excellent et troublant premier long métrage de Charlène Favier se penche sur la relation toxique entre un entraîneur et l’une de ses jeunes skieuses lors de la saison des compétitions de ski alpin. Jérémie Renier et Noée Abita sont renversants dans les rôles principaux et le film a le mérite de dénoncer un phénomène sur lequel encore bien des gens ferment les yeux.

10- Antoinette dans les Cévennes : Laure Calamy donne la réplique à un âne dans cette comédie réjouissante de Caroline Vignal. La comédienne incarne Antoinette, une femme amoureuse qui veut retrouver son amant parti en voyage familial dans les montagnes des Cévennes. Évidemment, rien ne se passera comme prévu.

Paris, la nuit!

Avec La Nuit venue, le réalisateur Frédéric Farrucci nous offre un premier long métrage qui nous plonge dans la vie nocturne de Paris, dans un Paname clandestin, à la découverte de la pègre chinoise et d’une romance impossible. L’histoire tourne autour de deux personnages, Jin (joué par le nouveau venu Guang Huo), un chauffeur de VTC (sorte de Uber de luxe) qui travaille de nuit afin de rembourser sa dette à la mafia sino-parisienne. Sur son chemin il croise Naomi, une habituée des bars de nuit et du Paris interlope. Tous deux passionnés de musique, ils s’uniront pour le meilleur ou pour le pire. Rencontre avec Frédéric Farrucci qui nous explique son désir de parler des immigrants chinois et de mettre tout ça en scène à travers le quotidien des noctambules de Paris.

Le Clap : Frédéric, la communauté chinoise parisienne n’est sûrement pas facile à apprivoiser, d’autant plus qu’elle apparaît comme beaucoup plus méconnue que tout ce qui entoure l’immigration africaine en France, non?

Frédéric Farrucci : Tout à fait. Et c’est ce qui m’intéressait au départ. Heureusement, j’ai été bien entouré dans l’écriture et la fabrication du film. J’ai travaillé avec des traducteurs et des immigrants qui me ramenaient à leur réalité, car j’avais un souci d’être juste, rigoureux, voire intraitable, afin de montrer de façon réaliste et honnête leur communauté à l’écran. Les Chinois qui immigrent de façon clandestine en France sont des victimes potentielles de la mafia chinoise. C’est difficile de décrire parfaitement ce phénomène mais il existe, et mon film met un peu tout ça en lumière.

Le Clap : De camper l’action dans le monde des VTC (voiture de transport avec chauffeur), un phénomène très français que ces taxis de luxe, est-ce que ça ajoute au réalisme de votre récit?

FF : Là, j’avoue que de ce côté, c’est la partie fiction de mon histoire. Normalement, la communauté chinoise se regroupe beaucoup plus dans les milieux du textile et de la restauration. Mais j’ai eu envie d’explorer l’univers des VTC la nuit. Il y a de l’exploitation d’immigrants et une aura de mystère qui colore ce milieu. Et filmer Paris la nuit, c’est un fantasme. Quand on circule à Paris ou dans toute autre grande ville, on y découvre une faune méconnue, un rythme qui est autre. Le travail des chauffeurs de VTC permettait d’explorer cela. Mais ça pose aussi de grandes difficultés de tournage, surtout que nous n’avions pas le budget pour bloquer des rues. Il fallait faire un excellent repérage dès le départ.

Le Clap : Votre long métrage, avec ses images nocturnes, son urbanité, ses lumières, rappelle Taxi Driver. Est-ce une réelle inspiration?

FF : C’est mon inspiration, cette lumière dans Taxi Driver qu’on distingue à cause de la noirceur. Mais Paris est différente de New York ou encore de grandes villes asiatiques, d’où l’importance dans La Nuit venue d’avoir fait les bons repérages. J’avais envie de mettre à l’écran le Paris qui montre les invisibles, ceux que j’ai appris à voir au fil des années.

Le Clap : Vos deux acteurs démontrent une belle complicité au grand écran, ils se complètent, s’étudient, tout ça avec beaucoup de délicatesse. Vos choix ont porté fruit.

FF : Oh oui, merci! Guang Huo, on l’a découvert lors d’un casting sauvage. C’est son premier film et il est très photogénique. Il a dû apprendre à jouer sur un plateau de tournage, à être naturel devant une caméra, et heureusement Camélia Jordana a été une partenaire exceptionnelle pour lui, et ce, dès les répétitions. C’est plus que du professionnalisme, il y a eu un véritable élan de générosité de sa part comme partenaire de jeu. La chimie entre eux, à l’écran, elle est palpable, et je dois beaucoup à Camélia pour ça.

Le Clap : Le personnage de Jin peut rappeler ceux interprétés par Alain Delon dans les films de Melville dans les années 60. Des hommes de peu de mots.

FF : Absolument, je suis d’ailleurs fasciné par Le Samouraï de Jean-Pierre Melville, c’est la référence qui me trottait dans la tête. Ce film, avec très peu de dialogues et mettant en scène un personnage taciturne, me fascine totalement. Je voulais reproduire cela avec le personnage de Jin et grand merci, la caméra aime Guang littéralement. Si on peut se passer de dialogues dans un long métrage, si on peut éviter d’en dire trop et laisser parler les images et les expressions faciales, et que ça fonctionne, pour moi, on en sort gagnant.

La Nuit venue prendra l’affiche en salle au Clap dès la réouverture. Cette entrevue a été réalisée dans le cadre de la 23e édition des Rendez-vous du cinéma d’UniFrance.